Chroniques n°51 nov/déc 2009
Chroniques n°51 nov/déc 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°51 de nov/déc 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : La légende du roi Arthur

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auditoriums > Le dessin de presse, un patrimoine vivant et pluriel De Daumier à Tim en passant par Bib, Effel et bien d’autres dessinateurs des plus célèbres aux plus intimistes, la Bibliothèque conserve des milliers de dessins de presse originaux. Diverses manifestations proposeront au public d’explorer les arcanes de cet univers humoristique, entre caricature et reportage photographique. Par tradition, le département des Estampes et de la Photographie conserve des œuvres originales de dessinateurs qui ont mis leur talent au service de la presse. On dénombre quelques grands ensembles d’artistes réputés, à commencer par l’œuvre complet d’Honoré Daumier qui comprend 4 000 pièces, toutes entrées par dépôt légal. L’exposition Daumier, l’écriture du lithographe qui lui a été consacrée en 2008 sur le site Richelieu a permis de découvrir ou de redécouvrir l’œuvre du maître, qui a travaillé de 1830 à 1871. Citons également Jean- Louis Forain, actif de 1876 à 1925, considéré, dès le début du xx e siècle, comme le digne successeur d’Honoré Daumier pour la liberté de son style 22 – Chroniques de la BnF – n°51 Dessin de Jean Effel publié dans L’Humanité, 14 avril 1972. et la causticité de son esprit. Le département compte plus de 2 000 de ses gravures et dessins originaux entrés essentiellement par acquisition en 1910. Plus récemment, l’œuvre dessiné de Jean Effel (1908-1982) est entré par don (1983) puis par dation (1985) : près de 10 000 dessins originaux et un ensemble de dessins parus dans la presse, découpés, classés et collés dans des cahiers par l’artiste luimême. Plus tard, en 2006, sont entrés par don plus de 17 000 dessins de Tim (1919-2002) sous forme de planches de différents formats ainsi que plusieurs dizaines de carnets de croquis et d’études. Scylla Morel, chercheuse associée à la BnF en 2008-2009, est chargée de classer, d’inventorier et de commenter ce fonds d’une qualité et d’une richesse remarquables. La collection comporte également des ensembles de dessins plus modestes, comme celui de Ferdinand Bac (1859- 1952) qui se rendit célèbre au début du xx e siècle avec ses croquis de demimondaines, ou celui de Bib (1888- 1970), réputé pour ses portraits au trait de personnalités célèbres jusqu’à la fin des années 1960. Le dessin de presse aujourd’hui Au début des années 1970, Michel Melot, alors conservateur au département, a été chargé d’enrichir les collections de dessins de presse d’œuvres plus contemporaines. Il y a consacré deux années au cours desquelles il a rencontré nombre de dessinateurs dont Wolinski, Cabu, Desclozeaux, Ronald Searle, Reiser, Bosc, Pétillon : tous ont donné à cette occasion quelques dessins à la Bibliothèque. Une exposition a vu le jour à partir de cet ensemble, Le dessin d’humour du XV e siècle à nos jours (1971) suivie d’un livre devenu une référence : L’Œil qui rit : le pouvoir comique des images (1975). Dès le début des années 1980, un réel intérêt pour le dessin de presse s’est progressivement manifesté en France, et des associations se sont développées créant des festivals ayant comme objectif, chaque année, de réunir des dessinateurs de tous horizons et d’exposer leurs dessins récents. Les plus actifs aujourd’hui sont les festivals de Saint-Just-le-Martel (Limousin), de Carquefou (Loire-Atlantique) et de Castelnaudary (Haute-Garonne). Ces multiples actions autour du dessin de presse ont conduit le ministère de la Culture, conscient de l’intérêt de ce patrimoine iconographique pluriel et fragile, à commander à Georges Wolinski et Pierre Duvernois un « Rapport sur la promotion et la conservation du dessin de presse : mission Wolinski, mars 2007 » (disponible sur le site du ministère de la Culture). Ce rapport recense les collections de différentes institutions françaises, décrit les animations autour du dessin de presse, aborde le sujet de son enseignement et de sa recherche, et donne quelques pistes d’actions pour sa valorisation. À cette occasion, la BnF a rappelé qu’elle est un acteur majeur et fédérateur pour la mise en valeur de ce patrimoine et s’est proposé de renforcer son action de valorisation. Diverses manifestations sont d’ores et déjà programmées : expositions, rencontres avec des artistes, journées d’étude permettront au public de pénétrer dans cet univers aussi riche que divers. Martine Mauvieux Journée d’étude Le dessin de presse, patrimoine vivant d’hier et d’aujourd’hui mercredi 9 décembre 2009 14 h 30 - 18 heures Site Richelieu, salle des commissions. À venir au printemps 2010 : • Une exposition dans la galerie Julien Cain du site François-Mitterrand présentera une sélection de dessins sur le thème de l’Histoire.• Ouverture, site François-Mitterrand, de la Galerie des donateurs avec une exposition des dessins originaux de Tim.• Biennale du dessin de presseavec des activités orientées vers de jeunes talents.
Collections > Tetsu, le dérisoire du quotidien En juin 2009, un fonds de 147 dessins du dessinateur Tetsu a été généreusement donné par son fils au département des Estampes et de la Photographie. Tetsu (1913-2008) débute une carrière de peintre avant de se lancer dans le dessin de presse. Ce n’est qu’en 1953, à 40 ans, qu’il publie ses premiers dessins dans la revue Noir et Blanc. Les quotidiens « au grand tirage, aux petites idées et à l’humour lourd » tels que France Dimanche, Ici Paris, Samedi Soir, l’accueillent ensuite. Tous ces journaux partagent une culture commune du rire, un rire populaire et loufoque proche de celui entretenu par les chansonniers en vogue ou les émissions radiophoniques de l’époque. Tetsu prend un grand plaisir à s’associer à cette hilarité médiatique. Ses débuts sont semblables à ceux de tous les jeunes dessinateurs : il démarche les rédacteurs en chef, carton à dessins sous le bras. Dans les années 1960, il collabore à l’Inter Monde Presse (IMP), co-dirigée par François Gratier, ex-chef de rubrique d’Opera Mundi. Un agent s’occupe de placer ses dessins dans les journaux français ou étrangers (l’édition allemande de Lui, par exemple). Le ressort comique des dessins de Tetsu réside davantage dans la légende que dans le dessin lui-même. On est ici bien loin d’un Chaval ou d’un Bosc qui, eux, pratiquent un humour absurde inspiré du nonsense anglo-saxon. Les gags de Tetsu puisent directement dans la vie des gens simples. Son univers est marqué par ses origines familiales. Le mari souffre-douleur et la femme autoritaire s’inspirent de ses propres parents, ils rappellent également les personnages de Bellus, dessinateur contemporain dont il n’appréciait que modérément le trait. Le « petit homme rassis » et la « grosse bonne femme » évoquent également le couple croqué par Albert Dubout. Cependant, comme le remarque Tetsu, « son gag venait simplement du côté visuel. Moi […] c’est beaucoup plus de la psychologie. » Dans cet univers banal de petits-bourgeois, la femme incarne les normes sociales, et le mari souvent trompé ou éconduit s’y adapte avec candeur et philosophie. On retrouve dans ce petit monde sans envergure tous les stéréotypes du quotidien du Français moyen des Trente Glorieuses : visites au Salon des Arts ménagers ou de l’Auto- Ci-dessus Tetsu. Ci-contre C’est drôle, tu me rappelles quelqu’un, dessin de Tetsu. D.R. mobile, scènes de pique-nique et de pêche à la campagne, vacances à la plage, fêtes de famille, scènes de la vie de bureau et de la vie de couple avec, au premier plan, la mise en exergue de situations cocasses : femme adultère, cadeaux peu appréciés, mari attendu à la maison avec le rouleau à pâtisserie… Tetsu explore le quotidien dans ses moindres détails. Les dessins les plus irrévérencieux de Tetsu n’ont pas été publiés dans les journaux mais en albums : La Vie est belle collationne ainsi des dessins qu’aucun journal ne peut accueillir. Attentif à la censure gaullienne, Tetsu joue avec l’image du sexe sans tomber dans la grivoiserie. Tout son talent tient dans la suggestion érotique, comme cette scène de mariés heureux accueillis par une pluie de phallus à la sortie de l’église. Ami de Siné, ils « se rencontrent dans la vacherie ». L’album Erotissiné (Pauvert, 1980) et celui de Tetsu, Les Belles Manières (Glénat, 1980) témoignent de leur tendance commune à « choquer le bourgeois » avec des dessins provocants. Une version plus crue non signée des Belles Manières, publiée à 400 exemplaires et diffusée sous le manteau, aurait ainsi toute sa place parmi les plus belles pièces de l’Enfer de la BnF. À côté de ces dessins, miroirs de la petite-bourgeoisie qui se divertit et se défoule dans des limites toujours mesurées, Tetsu a réalisé des dessins plus insolites et quasi fantastiques (une souris sur le nez d’un homme, une femme à quatre yeux) ou d’humour noir (thèmes du pendu ou de l’unijambiste). Il évoque aussi fréquemment sa première passion, la peinture, en représentant des artistes peintres dans des situations absurdes, peignant avec candeur des tableaux un tantinet offensants pour leurs modèles féminins dénudés qui s’appliquent dans leurs poses. Enfin il fait volontiers référence à des œuvres célèbres (La Joconde par exemple). Tetsu a également fait de l’illustration de romans et écrit quelques nouvelles. Il a reçu le prix Carrizey en 1955 et celui de l’humour noir en 1964. Martine Mauvieux et Scylla Morel Chroniques de la BnF – n°51 – 23 © BnF, Estampes.



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