Chroniques n°51 nov/déc 2009
Chroniques n°51 nov/déc 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°51 de nov/déc 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : La légende du roi Arthur

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auditoriums > Semaine turque Yachar Kemal, une conscience turque Pour célébrer la Saison de la Turquie en France, la BnF organise en novembre une Semaine turque rythmée par divers événements. La rencontre avec Yachar Kemal permettra de découvrir un écrivain dont l’œuvre romanesque et la puissance de la langue laissent filtrer les contradictions de la Turquie moderne. Peu d’écrivains peuvent s’enorgueillir d’avoir vu de leur vivant leurs personnages romanesques se métamorphoser en héros de légende : Yachar Kémal, lui, s’en amuse en racontant qu’un jour, dans un café d’Istanbul, il a entendu un conteur ambulant dire, dans la grande tradition de la littérature orale, la fabuleuse histoire du grand Mèmedle Mince, sans savoir que son créateur était dans la salle ! Il n’y a pas plus probante manière de témoigner de la puissance créatrice de ce grand romancier, dont l’œuvre enracinée dans la terre anatolienne vient renouveler l’imaginaire collectif de tout un peuple et réussit l’exploit de le faire partager bien au-delà des frontières de son pays. Né en 1922 dans un village de la plaine 18 – Chroniques de la BnF – n°51 Yachar Kemal. © Ulf Andersen/PxP Gallery. de Tchoukourova (l’antique Cilicie), au moment où la Turquie achève une difficile guerre d’indépendance, Yachar Kemal est un écrivain populaire au sens noble du terme. Issu d’une famille pauvre d’origine kurde, il abandonne ses études très jeune pour exercer divers métiers et part pour Istanbul. Il publie des poèmes, passe plusieurs mois en prison en 1950 pour « propagande communiste » puis devient journaliste reporter au journal Cuhumriyet. En 1955, il publie son premier roman Mèmedle Mince, qui lui apporte d’emblée une reconnaissance nationale et une notoriété internationale. Toute son œuvre romanesque connaîtra un immense succès et sera traduite dans de nombreuses langues. Mais un écrivain à succès n’est pas pour autant un écrivain populaire. Ce qui rend expressément populaire Yachar Kemal, c’est que tout en témoignant de la réalité d’un peuple pauvre, opprimé, et dont les repères traditionnels disparaissent balayés par l’histoire, il transfigure par la luxuriance du verbe, la surabondance des récits et le foisonnement des genres, le témoignage en épopée, la souffrance en destin, le malheur en quête de liberté. La force de la fiction tient à son style hybride qui mélange dans un continuum sauvage toutes les sources, les traditions savantes ou populaires, les langues orales et écrites, tous les genres, épique, lyrique, mythique, réaliste. Les mondes animal, végétal, minéral peuplent cet univers au même titre que les humains, et le naturel côtoie le surnaturel. La prose de Kemal déferle, flamboyante, charriant de nouvelles légendes comme celle de Mèmedle bandit d’honneur qui incarne la Révolte contre l’Injustice ou celle de Meryendjè, la mère têtue qui symbolise dans Le Pilier toutes les femmes fortes de l’Asie mineure. Point de réalisme et pourtant une peinture juste des conflits entre paysans pauvres et féodaux, point de précision historique et néanmoins, toute une vision transversale de l’histoire turque du siècle dernier, dans laquelle se lit le drame universel des hommes confrontés aux mutations économiques et sociétales. À partir du microcosme de la plaine de Tchoukourova, Yachar Kemal brosse un tableau des bouleversements spectaculaires qu’a connu la Turquie : depuis la sédentarisation douloureuse des nomades turkmènes à la fin du xix e siècle, jusqu’à l’urbanisation au xx e siècle marquant la fin de la vie traditionnelle. Son originalité réside dans le fait de mêler son histoire familiale et ses souvenirs d’enfance sans pour autant donner un quelconque dessein autobiographique à ses écrits. Homère, Dostoïevski, Faulkner Son travail d’écrivain se nourrit également des enquêtes de terrain qu’il effectua lorsqu’il était journaliste, sans pour autant afficher un souci documentaire. Cette confusion des genres n’est pourtant pas l’œuvre d’un barde solitaire. Kemal, outre sa connaissance intime du fonds légendaire moyen-oriental, est un grand lecteur universel qui a beaucoup fréquenté Homère, Dostoïevski, Pouchkine, Gogol, Kafka, Faulkner… L’observation du monde a alimenté le laboratoire romanesque de l’écrivain et éveillé en lui une conscience politique qui ne s’est jamais tue. En 1995, Yachar Kemal était jugé pour « propagande séparatiste » par la cour de Sûreté de l’état à Istanbul pour avoir dénoncé, dans un article publié par Der Spiegel, la politique d’oppression menée à l’époque par le gouvernement turc contre les Kurdes. Bien que pétri de culture traditionnelle, Yachar Kemal n’est pas un passéiste ou un nostalgique. À l’image de la Turquie moderne, cette figure historique de la gauche laïque de son pays « n’arrive toujours pas à croire que la France refuse l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ». Anne Dutertre Grandes conférences BnF Institut de France Fondation Del Duca Rencontre avec Yachar Kemal vendredi 27 novembre 18 h 30-20 heures Site François-Mitterrand Grand auditorium – hall Est Avec le soutien de l’Institut de France et de la Fondation Simone et Cino Del Duca.
© Gautier Pallancher Aux Portes de l’Orient Et un concert fera entendre des pièces de musique ottomane issues d’un manuscrit turc inédit du xvii e siècle, ainsi que des airs des cours française et italienne. Entre Orient et Occident, une confrontation des partitions et instruments d’époque. « L’un des moteurs de ce projet était le désir d’explorer les liens entre les répertoires de musique de cour ottomane et européenne de la même époque », confie Chimène Seymen, musicologue et chanteuse française initiatrice de cet événement. Au xvii e siècle, Venise et Istanbul sont de hauts lieux de rencontre pour les voyageurs, les marchands et les musiciens de l’Europe entière. Les ambassadeurs européens et les érudits reviennent du Levant avec des instruments, des airs, des miniatures décrivant la vie musicale dans l’empire ottoman. À Istanbul, les sultans, pour leur plaisir et leur prestige, s’ouvrent aux influences étrangères et emploient des musiciens d’origine européenne convertis à l’islam, qui exercent leur art au sein de l’école de musique du Sérail. Ali Ufkî incarne à lui seul la confrontation des pratiques musicales qui inspire le projet artistique de ce concert. Son Ci-dessus Les interprètes des ensembles Cevher-î Musikî et La Turchesca. Ci-dessous Recueil composite de Ali Beg Bobowski, dit Ali Ufkî, Turquie, fin du xvii e siècle. © BnF, Manuscrits. manuscrit Siir ve Sarkı Mecmuası (Recueil de Poésie et de Chant), conservé à la BnF, est une transcription de la musique ottomane jouée et chantée à la cour du sultan, et témoigne de la présence du répertoire européen à cette époque à Istanbul. érudit musicien, transcripteur de près de 600 pièces instrumentales et vocales, Ali Ufkî s’appelait Albert Bobowski avant d’être capturé par les Tatars, converti à l’islam et employé au Sérail de Topkapi de 1650 à 1665. Grâce à sa connaissance des langues étrangères et de la musique, Ufkî occupe une place de traducteur auprès du sultan Mehmet IV et est affecté à la chambre de musique du Sérail. Il fait la rencontre de nombreux voyageurs, érudits et marchands de passage à Istanbul, prépare le dictionnaire français-turc pour Antoine Galland, traducteur des Mille et Une Nuits, et devient ainsi le témoin privilégié des courants artistiques, religieux et diplomatiques au carrefour de l’Orient et de l’Europe. Dans ce recueil de musique, Ufkî a noté de nombreuses observations sur la musique ottomane, la comparant avec la musique européenne à laquelle il a été formé. Ce recueil, avec celui conservé à la British Library, Mecmua î Saz ü Söz, a inspiré la programmation de ce concert, interprété par deux ensembles de musiciens qui œuvrent conjointement depuis 2006 : l’ensemble de musique traditionnelle turque Cevher-î Musikî, dirigé par Hakan Cevher, l’auteur de la transcription du recueil Mecmua î Saz ü Söz, et l’ensemble La Turchesca, qui réunit des spécialistes de la musique baroque autour de Françoise Enock. « L’idée de créer deux ensembles est venue de la volonté de leur permettre de s’écouter et d’apprendre les uns des autres tout en conservant les identités culturelles propres à ces deux univers musicaux. La musique savante turque étant de tradition orale, ce projet autour des manuscrits d’Ali Ufkî lui apporte une perspective historique et un partage de savoir avec les musiciens français dans une démarche de découverte du répertoire de la musique ancienne », poursuit Chimène Seymen. Ainsi, cette rencontre des musiques savantes et traditionnelles apporte un autre regard sur l’interprétation de ces répertoires du xvii e siècle. Anne Dutertre les inédits de la BnF Concert Aux Portes de l’Orient mardi 24 novembre, 18 h 30-20 heures Site François-Mitterrand Grand auditorium – hall Est Musique inédite de divertissements et airs des cours ottomanes. Avec Chimène Seymen, les ensembles La Turchesca et Cevher-î Musikî. Chroniques de la BnF – n°51 – 19



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