Chroniques n°51 nov/déc 2009
Chroniques n°51 nov/déc 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°51 de nov/déc 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : La légende du roi Arthur

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auditoriums > Ionesco de A à Z à l’occasion de l’exposition Ionesco, Frédéric Sonntag, auteur et metteur en scène, a conçu à partir des archives de l’écrivain un spectacle en forme d’abécédaire. Il raconte ici ses dilemmes et ses choix. « Il est toujours très émouvant de se plonger dans les manuscrits d’un auteur, d’accéder à son écriture dans son sens le plus concret, le plus matériel. Il est encore plus émouvant d’avoir accès aux archives de cet auteur, à ses brouillons, ses notes, ses lettres, ses étapes de travail, ses travaux inédits. On a le sentiment de pénétrer dans une pièce où nous ne devrions pas nous trouver, d’atteindre une part d’interdit. On entre alors avec précaution. 16 – Chroniques de la BnF – n°51 Mes réactions face à la découverte des archives de Ionesco mises à ma disposition comme matière de travail pour établir le corpus d’une soirée de lecture consacrée à l’auteur ont, je crois, été les suivantes : l’émotion d’avoir accès à la part « cachée » du travail de l’auteur (émotion d’autant plus grande que j’étais un des premiers à la découvrir) ; un sentiment d’infraction, de violation d’une intimité, de voyeurisme, qui l’accompagne (un sentiment d’illégitimité) ; Ci-dessus Frédéric Sonntag. Ci-contre Carnet de notes d’Eugène Ionesco : « Faire des pièces avec la matière des rêves… » © BnF, Arts du spectacle. © Jean-Paul Lozouet/CIT’en scène. le plaisir de la plongée dans cette intimité, plaisir de la découverte (on ne sait jamais sur quoi on va tomber), plaisir aussi d’une familiarité progressive avec l’auteur, comme si au fil des documents, une discussion entre nous s’engageait ; le vertige devant la somme des textes dont je disposais ; le doute sur la pertinence d’exhumer certaines parts de ces archives et de les donner à entendre. Interroger la notion d’inédit Très vite, il a donc fallu faire des choix, sachant qu’il était impossible de prendre toute cette matière comme corpus de travail, il a fallu aussi interroger la notion d’inédit qui avait tout d’abord suscité beaucoup d’émotion, mais qui ne me semblait pas un critère de sélection. La notion d’inédit est d’ailleurs toute relative, une œuvre, une pensée, est toujours en mouvement, et chaque élément, chaque texte, en est le développement. Un texte inédit n’est jamais purement un inédit, il est toujours contenu dans un texte précédent, en germe dans un autre. D’autre part, si un inédit est resté un inédit, si l’auteur n’a pas souhaité le révéler, c’est qu’il y a des raisons. La plupart du temps, l’inédit n’est d’ailleurs qu’une version préparatoire d’un texte qui, lui, n’est pas inédit et dont la valeur est plus importante. La rencontre avec Marie-France Ionesco m’a conforté dans mon intuition. Ne pas faire de l’inédit un critère de choix. En accord avec elle, je me suis donc orienté vers une sélection de textes qui ne soient pas obligatoirement inédits (mais en privilégiant les textes les moins connus) et qui ne soient pas uniquement théâtraux (il y aura donc un équilibre entre extraits de journal, pièces et lettres). Pour le montage, j’ai décidé de faire un lien avec la dramaturgie de l’exposition dirigée par Noëlle Giret ; il me semblait pertinent d’établir une connexion entre la soirée et l’exposition, et j’ai pensé que la dramaturgie pouvait être cette connexion. J’ai donc établi un abécédaire Ionesco qui, de mot-clé en mot-clé, d’obsession en obsession, nous promènera dans l’œuvre de l’auteur, en essayant de conserver un parcours chronologique afi n d’éprouver également l’évolution des thèmes, de la pensée, de l’œuvre, au cours des années. » Frédéric Sonntag spectacle inédit mis en espace par Frédéric sonntag mardi 17 novembre, 18 h 30-20 h 30 Site François-Mitterrand Grand auditorium – hall Est – entrée libre
© Stéphane Bechaud/Opale. Auditoriums > Le souffle brûlant de la poésie Dans le cadre d’un cycle consacré aux grands poètes d’aujourd’hui, une rencontre avec le poète libanais Salah Stétié rappelle que la poésie vivante est l’écho des questions de notre monde. Le Liban était encore une terre biblique de lait et de miel quand Salah Stétié vit le jour en 1929. Bercé par deux langues et deux cultures, le jeune Beyrouthin est devenu au fil des ans passeur entre le monde arabo-islamique et l’univers français. Il est aujourd’hui l’un des plus grands poètes contemporains de langue française. Salah Stétié a mené de front une brillante carrière de diplomate et une vie d’écrivain. Pourtant, la poésie n’est pas pour lui une activité subalterne : elle est sa colonne vertébrale et son souffle vital. Quand il explique que « la poésie est le lieu spirituel où l’homme avance à la découverte de sa raison d’être et de son secret le plus intime », on comprend combien l’acte poétique est pour lui chose infiniment sérieuse. Ambassadeur du Liban aux Pays-Bas, à l’Unesco et au Maroc, essayiste, traducteur de Khalil Gibran et de Badr-Shakeir-Es-Sayab, biographe, critique, arabophone écrivant dans un français parfait, pétri des imaginaires de l’Orient et de l’Occident, passionné par les religions abrahamiques mais aussi par le bouddhisme, solitaire et ouvert à l’autre, l’homme est marqué par une vertigineuse multiplicité qui se résout dans une farouche recherche d’unité. L’expérience poétique stétienne est un constant dépassement de tous les credo, de toutes les doxa, pour dévoiler un ailleurs, point de convergence où s’affirme cette unité qui est une preuve d’humanité. La poétique du dépassement vers l’ailleurs ne se détache pourtant jamais du réel pour s’abîmer dans l’obscur. Le poète est au monde dans toute sa subjectivité : « Non, je ne suis pas pour la vie recluse en poésie. Je suis pour que portes et fenêtres soient ouvertes et que les milliers de présences viennent agresser la langue. » Il sait que la poésie est parfois aussi résistance car « la poésie amplifie la lumière d’une cause quand cette cause est lumineuse ». Sans doute pense-t-il alors au poète palestinien Mahmoud Darwich, l’ami célébré : « Attention à ses pas, ce sont des pas de pauvre Sur des chemins bleuis éblouis et bleuis Par l’acier démesuré des armes Et seulement il a des yeux pour la lumière. » « Femme, elle va selon sa solitude Comme l’étoile éblouie des prairies D’où le cheval a disparu et seulement Il y a il y a une rosée qui tombe Il n’y a rien : la terre avec l’oubli. » Salah Stétié. Ainsi, les textes de Stétié demeurentils ancrés dans notre ici ; ils portent en eux la lumière et la douleur méditerranéennes, le feu et la brûlure, les fleurs et les fruits, la mort et l’enfance, la femme et l’amour, la fraîcheur et la transparence. L’Eau froide gardée, L’Autre côté brûlé du très pur, Réfraction du désir, Fluidité de la mort… les titres des ouvrages se déploient dans une majesté qui les transforme en objets précieux avant que le voyage vers l’essentiel se déroule dans une langue sobre et pure. Quand celui qui fait de la poésie « l’aboutissement de l’acte vital » affirme « la poésie, on l’a retirée du jeu, on l’a tuée », on pressent qu’une part matricielle de notre civilisation est en train de s’abolir dans le langage codé des machines. Salah Stétié aime à rappeler que « tous les grands monuments de l’humanité sont des monuments poétiques. L’Iliade, l’Odyssée, la Divine Comédie ou même les textes sacrés possèdent un rayonnement poétique, comme si l’homme, dès l’origine, pour exprimer sa prise de conscience du monde avait eu recours à ce langage majoré qu’est la poésie ». Alors que la société industrielle occidentale s’est complexifiée, nous sommes happés par des urgences extérieures d’une telle violence que « le règne de l’intériorité s’est trouvé réduit comme peau de chagrin. » À l’heure où, trop souvent égarés dans nos existences décentrées, nous n’entendons plus la parole poétique, la poésie de Salah Stétié se fait « incendie des aspects » pour nous inviter à prendre le risque et le plaisir paradoxal de la brûlure : « Ma poésie est, elle aussi, brûlée, elle aussi consumée par on ne sait quel feu secret, qui la sous-tend de l’intérieur et en même temps la dévore. » Delphine Andrieux Cycle Grands poètes d’aujourd’hui L’Arsenal de la poésie Salah Stétié lundi 23 novembre, 18 h 30-20 heures Bibliothèque de l’Arsenal entrée libre sur inscription au 01 53 79 49 49 Chroniques de la BnF – n°51 – 17



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