Chroniques n°51 nov/déc 2009
Chroniques n°51 nov/déc 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°51 de nov/déc 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : La légende du roi Arthur

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > choses lues, CHOSes vues © Alain Fleischer. spéCIAl lecture Éloge de la lecture Avec Choses lues, choses vues, Alain Fleischer, à l’invitation de Bruno Racine, a réuni dans la salle Labrouste de la Bibliothèque Richelieu des voix et modes d’expression qui se mêlent et se répondent : littérature, peinture et cinéma font résonner une polyphonie d’où jaillissent, intacts, l’émotion et le plaisir de la lecture. Chroniques : L’un des films documentaires présentés porte sur la lecture dans l’histoire de la peinture. Quel en est le propos ? Alain Fleischer : La lecture est un sujet qui a donné lieu à représentation dans tous les arts. En peinture, la lecture est déjà représentée à l’époque des manuscrits, c’est-à-dire avant Gutenberg, avant le livre. Toutes sortes de personnages sont représentés en train de lire : philosophes, savants, princes et princesses, saints… Dans la peinture religieuse, la représentation du texte sacré évoque évidemment la parole divine. Dans l’histoire de la peinture, la lecture est traitée de diverses façons. Lorsqu’elle est un thème, le décor est important : cabinet de travail, salle de bibliothèque. Le portrait d’un personnage qui lit est aussi un éloge de l’étude. Mais la lecture peut n’être qu’un prétexte, et le livre se trouver réduit au rôle d’accessoire, au même titre qu’un éventail ou qu’un animal de compagnie que l’on tient sur ses genoux. Il arrive même que la lecture soit prétexte à des nus féminins où le livre figure en quelque sorte le seul accessoire vestià gauche Séance de lecture dans la salle Labrouste, photographie d’Alain Fleischer, septembre 2009. à droite La Lectrice soumise, René Magritte, 1928, huile sur toile, Londres. Courtesy Ivor Braka Ltd. © Nicolas Desbrières/AKG Images.
Expositions > CHOSeS LueS, CHOSeS VueS mentaire. On peut supposer que ces femmes nues ne sont pas penchées sur les Pensées de Pascal, mais plutôt sur une littérature plus légère, comme la poésie galante. Il existe de nombreux portraits de personnages en situation de lecture ; d’un livre, parfois d’une lettre, d’un traité… A. F. La lecture est une situation noble pour se faire tirer le portrait : on prête volontiers au lecteur ou à la lectrice des qualités de caractère comme la profondeur, la modestie, le goût de la solitude. La lecture, source de culture, est un élément de distinction sociale. On relève trois types d’attitudes dans les représentations de personnages qui lisent. Dans la première, l’homme ou la femme a les yeux baissés sur le livre, on ne voit pas le regard, et l’image est donc moins un portrait que la représentation d’une activité et d’une situation. Dans la deuxième, le personnage vient de lever les yeux de son livre, mais son regard, méditatif, n’est pas tourné vers le peintre, l’expression est encore liée à la chose lue. Enfin, il y a les tableaux qui sont tout simplement des portraits dont le personnage tient un livre comme simple accessoire. Parmi les tableaux que vous avez retenus, l’un est assez mystérieux. Il s’agit de La Lectrice soumise, de Magritte. A. F. On y voit le visage d’une jeune femme penchée vers un livre et qui semble éclairée par la lumière que réfléchit la page. Mais ses yeux sont écarquillés, elle est horrifiée. Le décor se réduit à un simple mur bleu. L’énigme de cette image est que l’épouvante exprimée ne peut provenir de la lecture d’un texte et qu’elle ressemble plutôt à ce que produit la vision d’une image horrible. Pourtant, c’est bien un livre qui suscite cette sorte d’instantané. Cette image évoque la couverture d’un roman policier dans une collection populaire, et son ambiance dramatique prend à contre-pied toutes les représentations traditionnelles de la lecture dans la peinture, empreintes de calme et de sérénité. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Choses lues, choses vues Jusqu’au 31 janvier 2010 Commissariat : Alain Fleischer En partenariat avec France Inter, Le Monde, Beaux Arts magazine et Le Point. Avec la participation de la RATP. Avec le soutien de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent Dans le prolongement de l’exposition Choses lues, choses vues, un comédien, un écrivain et un linguiste se penchent sur la lecture. Points de vue. sPéCIAl leCtuRe Un lecteur amoureux, Fabrice Luchini Fabrice Luchini prête sa voix depuis plus de vingt ans aux très grands écrivains, de Céline à Nietzsche en passant par La Fontaine. Et évoque pour Chroniques les « dangers » de la lecture publique. Ça a débuté comme ça. En 1986, au théâtre Renaud-Barrault, Fabrice Luchini lit Céline, Voyage au bout de la nuit : le spectacle reste à l’affiche pendant cinq ans. Depuis, il a dit La Fontaine, Victor Hugo, Flaubert, Rimbaud et, dans son dernier spectacle, Tout sur Robert, à Paris en décembre, Paul Valéry et Roland Barthes. Chroniques : Qu’est-ce qui vous a poussé à interpréter des textes littéraires au théâtre ? Fabrice Luchini : Jamais cela ne me serait venu à l’idée si Jean-Louis Barrault ne m’avait imposé de jouer Voyage au bout de la nuit pendant huit jours il y a vingt-cinq ans ! Je n’aurais jamais osé affronter la musique célinienne, qui est tout de même l’écrivain d’une musique absolue, qui a inventé une musique essentielle dans l’histoire du xx e siècle. Je n’avais pas imaginé une telle aventure ! Je pense qu’il y a un réel danger de dénaturation, de destruction de l’œuvre dans l’oralisation. Il y a des dangers dans cet engouement actuel pour la lecture de livres en public. La lecture est souvent réductrice. Comme le dit Paul Valéry : « La lecture débauche les intentions de l’œuvre. » On ne peut pas aspirer à une interprétation totalement neutre, même s’il faut essayer de se hisser à ce que Louis Jouvet appelle « l’innocence de la réplique » en s’interdisant l’interprétation personnelle. La lecture à un public d’un texte consiste à essayer d’atteindre la restitution de l’innocence de l’œuvre en sachant bien que c’est impossible. Quel est l’enjeu pour vous, en tant que comédien, de ce travail sur les textes ? F.L. Lorsque j’ai commencé à lire des textes en public, j’ai essayé de mettre en œuvre tout ce que j’avais appris au cours Cochet, et j’ai beaucoup lu Louis Jouvet. Jouvet disait que jouer une scène, c’est d’abord la dire. Lire des textes en public, c’est essayer de restituer l’émotion du langage parlé dans le langage écrit. Mais le lecteur peut être perturbant pour votre propre réception d’une œuvre. Est-ce que le lecteur de Proust ne vous embarrasse pas par rapport à la petite musique que vous vous êtes créé dans votre tête ? Il faudrait que le lecteur atteigne une impersonnalité : elle est souhaitable mais jamais atteinte. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Chroniques de la BnF – n°51 – 11 © Pacome Poirier/Wikispectacle.



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