Chroniques n°50 sep/oct 2009
Chroniques n°50 sep/oct 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de sep/oct 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : Choses lues, choses vues

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Collection privée. © ADAGP 2009. Expositions > Eugène Ionesco, les masques de l’absurde Personnalité complexe, auteur génial d’un « théâtre de la dérision », Ionesco a laissé une œuvre traduite et jouée encore aujourd’hui dans le monde entier. L’exposition que lui consacre la BnF est composée d’un bel ensemble de documents inédits puisés dans les archives de l’écrivain, ainsi que de nombreux documents audiovisuels. « La pièce fit rire beaucoup de gens ; j’en fus tout étonné, moi qui avais cru écrire La Tragédie du langage ! ». Ainsi parle Ionesco de sa célèbre Cantatrice chauve et le malentendu, cinquante ans plus tard, se prolonge encore. Au théâtre de la Huchette, à Paris, depuis sa création en 1950, la salle, comble tous les soirs, se laisse emporter par le burlesque dramatique des dialogues. Un succès inouï pour une pièce d’avant-garde, traduite dans presque toutes les langues et jouée dans le monde entier. Et cependant, pour être célèbre, Ionesco est-il un auteur connu ? L’entrée de ses manuscrits à la BnF va permettre de découvrir une personnalité complexe et de retracer la genèse d’une œuvre abondante. L’exposition consacrée à l’œuvre d’Eugène Ionesco marque à la fois le centenaire de sa naissance et le don de ses archives à la BnF par sa fille, Marie- France Ionesco. La BnF rend ainsi hommage à un fidèle lecteur : jeune boursier roumain aux origines françaises par sa mère, Ionesco est venu y travailler pour sa thèse sur « Le péché et la mort dans la poésie française depuis Baudelaire ». Nourri d’auteurs français, dont Flaubert et Valéry pour ne citer qu’eux, il trouvera dans la salle Labrouste, durant toute sa vie d’écrivain, un lieu de ressourcement. L’exposition s’ouvre sur une fresque du théâtre des années 1950 où dominent les figures de Ionesco, de Beckett et d’Adamov. Représentants du « théâtre de l’absurde » ou, comme Ionesco le suggère avec plus de pertinence, du « théâtre de la dérision », ces auteurs, au-delà de l’expression originale de leur génie propre, ont pour point commun de subvertir les conventions du théâtre dominant. 8 – Chroniques de la BnF – n°50 À gauche Max Ernst, Rhinocéros- Hommage à Ionesco, années 1960. À droite Eugène Ionesco devant ses peintures à Saint-Gall, années 1980. Photo Franziska Rast-Erker Galerie. BnF, Arts du spectacle.
Photo Laurencine Lot. BnF, Arts du spectacle. La première partie de l’exposition est consacrée au langage, à la politique et à la critique, trois axes majeurs dans l’œuvre de Ionesco, sur lesquels il s’est beaucoup expliqué au cours d’entretiens et de conférences recueillis dans Notes et contre-notes. Dans le contexte fort politisé de l’époque, Ionesco fait face à une critique virulente qui lui reproche de ne pas être engagé, ce qui signifie en clair de ne pas être brechtien. Ionesco a toujours récusé le réalisme social qu’il juge didactique, moralisateur et incompatible avec l’idée qu’il se fait de la forme théâtrale. Pour lui, l’œuvre est un matériau poétique qui invente un monde que son créateur lui-même ne découvre qu’en le construisant. C’est une création de l’imaginaire. Ionesco s’insurge contre la critique qui juge en fonction de ses opinions ou de ses habitudes, alors que l’œuvre devrait simplement être prise pour ce qu’elle est : l’expression d’une intuition originale en marche. Ionesco eut des détracteurs féroces mais peut être détestait-il par-dessus tout les laudateurs qui ne voyaient en lui qu’un auteur comique. L’humour ravageur du dramaturge ne saurait occulter la part sombre et inquiète de son œuvre. L’exposition rend compte de cet arrière-plan métaphysique en s’arrêtant sur certains mots clefs de son théâtre, « l’accumulation », « Dieu » ou « la mort », thématiques que Ionesco appelait ses « obsessions ». « Deux états de conscience fondamentaux sont à l’origine de toutes mes pièces : tantôt l’un, tantôt l’autre prédomine, tantôt ils s’entremêlent. Ces deux prises de conscience originelles sont celles de l’évanescence et de la lourdeur ; du vide et du trop de présence ; de la transparence irréelle du monde et de son opacité, de la lumière et des ténèbres épaisses. » Faire dérailler le langage Chaque pièce porte en elle ce malaise qui, décalé, s’insinue dans le langage jusqu’à le faire dérailler, ou, qui, insolite, envahit l’espace scénique, le matérialisant par des chaises, des tasses, des rhinocéros ou un cadavre géant… : tout ce qui nous encombre, nous engloutit et contre quoi nous nous débattons. Le théâtre de Ionesco tire sa force et son originalité de la richesse de sa matière sonore et visuelle propice à toutes les adaptations et transpositions dans d’autres formes artistiques comme la danse, l’opéra, le cirque et les marionnettes. Des audiovisuels présents sur le parcours de l’exposition permettent de découvrir ces créations souvent très originales, comme Les Chaises, chorégraphiées par Béjart, ou Maximilien Kolbe, mis en musique par Dominique Probst. L’exposition est jalonnée d’écrans qui présentent les commentaires de Ionesco sur son œuvre ainsi que des extraits de ses pièces. En regard seront exposés manuscrits, correspondances, photographies de représentations françaises et étrangères, éléments de décors et de costumes, tels les masques de rhinocéros dans la mise en scène de Jean-Louis Barrault ou le casque du pompier de la première représentation de La Cantatrice chauve. Anne Dutertre Un émouvant témoignage Un livre emblématique ne manquera pas de toucher le visiteur : La Pratique de l’anglais, méthode Assimil, 1945. Alors que l’on imagine l’auteur écrivant dans la jubilation sa première pièce, inspirée par les méthodes d’apprentissage des langues dont il parodie avec un humour dévastateur les dialogues stéréotypés, on peut lire à la première page du manuel une annotation au crayon de bois : « Je ne trouve plus mes mots, tout est noir en moi ou plutôt, tout est clair et vide ». Ionesco 6 octobre 2009 - 3 janvier 2010 Site François-Mitterrand, Galerie François I er Commissariat : Noëlle Giret, conservateur général au département des Arts du spectacle. Exposition en partenariat avec l’INA. Un cycle Invention et absurde est proposé, série de projections des œuvres majeures et rares de Ionesco. En partenariat avec France 5 et Le Magazine littéraire. Catalogue coédité par la BnF et Gallimard. Représentation de Le Roi se meurt, d’Eugène Ionesco, avec Michel Bouquet, 2004. Chroniques de la BnF – n°50 – 9



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