Chroniques n°50 sep/oct 2009
Chroniques n°50 sep/oct 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de sep/oct 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : Choses lues, choses vues

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > CHOSES LUES, CHOSES VUES Le plaisir jubilatoire de la lecture Chroniques : Quel est votre propos dans cette exposition ? Alain Fleischer : Je suis parti d’une observation simple : on lit tout le temps, toutes sortes d’écrits, et dans toutes sortes de situations : des textes littéraires, mais aussi des recettes de cuisine, on lit pour s’informer, pour s’orienter dans la rue, pour se distraire ou pour réfléchir, dans le métro, à la terrasse d’un café, au lit, à l’école, dans un jardin… La lecture est une activité que l’on peut pratiquer n’importe où, à la différence d’autres activités culturelles qui nécessitent un matériel et un environnement précis, comme le théâtre ou le cinéma. J’ai voulu manifester cette diversité et cette richesse de la lecture en la mettant en images. Faire une sorte d’éloge de cette cosa mentale. La lecture est quelque chose que l’on acquiert de façon irréversible – une fois que l’on a appris à lire on ne peut plus voir un mot écrit sans le lire – et l’on ne cesse de la pratiquer : il y a de l’écrit partout. J’ai voulu parler aussi du bonheur de la lecture – par exemple de la jubilation intense des enfants lorsqu’ils peuvent lire « tout seuls ». Philippe Sollers raconte dans ses Mémoires cet instant où « le monde s’ouvre à moi ». Qui sont les lecteurs de vos cent films ? Ils sont très divers, viennent de différents horizons en termes de catégories sociales, d’âges, de pays. J’ai commencé par filmer des amis, des enfants d’amis, ce qui m’a permis d’être avec la personne fi lmée dans une relation naturellement intimiste. J’ai ainsi fonctionné par réseaux, de proche en proche ; c’est comme cela que je suis arrivé à atteindre des gens 6 – Chroniques de la BnF – n°50 dans des milieux que je connais peu, comme cet électricien du Fresnoy. On verra une étudiante lisant une lettre de Camille Claudel à son frère Paul, une classe de CP apprenant à lire avec son manuel d’apprentissage, un jeune apprenti cinéaste dans une cabine téléphonique, un sénateur à la bibliothèque du Sénat lisant le début d’Aurélien, de Louis Aragon… Quant aux textes, ils vont de La Petite Marchande aux allumettes d’Andersen aux Considérations inactuelles de Nietzsche, en passant par Stendhal, Gérard de Nerval, Louis-Ferdinand Céline, les frères Grimm, Maurice Blanchot, Jorge Luis Borges, Winston Churchill, Douglas Kennedy, Yoko Ogawa… Je suis tout le contraire d’un artiste de la matière ou du matériau. Je suis un artiste du projet et de la projection. […]. En fait la seule matière que j’arrive à maîtriser est la lumière. Alain Fleischer Alain Fleischer. © Danielle Schirman. Comment cela se traduit-il visuellement ? En plus des films qui seront diffusés sur la centaine d’écrans disposés dans la salle, le visiteur pourra consulter certains manuscrits ou éditions originales des œuvres lues, provenant des collections de la BnF. À intervalles réguliers, tous les postes de lecture s’éteindront et se tairont ensemble. Ils feront place à un intermède visuel et sonore de cinq à six minutes : par exemple une scène du film Fahrenheit 451 de François Truffaut, où l’on voit, dans une forêt, des résistants à un régime où les livres ont été interdits, apprendre par cœur des textes lus à voix haute, ou encore un parcours du thème de la lecture dans l’histoire de la peinture… La fin de la journée sera ponctuée par un montage sonore de toutes les lectures dans une sorte de polyphonie foisonnante. Vous montrez la diversité des lectures à travers la diversité des situations. On ne lit pas la même chose selon le moment, le lieu, les circonstances… Il y a un lien parfois arbitraire entre ce qu’on lit et le contexte dans lequel on le lit : sous un certain ciel, dans la solitude d’une chambre ou le brouhaha d’un café… Un livre est également souvent associé au moment où il a été lu : je me rappelle avoir lu La Chartreuse de Parme à Majorque et Thomas Bernhard à Rome. Les circonstances de la lecture, la saison, le lieu imprègnent la perception que l’on a d’un livre et le souvenir que l’on en garde. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki © Alain Fleischer.
© Alain Fleischer. Photo Paul Tahon. Le Fresnoy Studio national des arts contemporains L’exposition Choses lues, choses vues a été produite à Tourcoing par le Fresnoy, Studio national des arts contemporains dirigé par Alain Fleischer. À la fois centre de formation, de recherche et de production dans les domaines de l’audiovisuel et du multimédia, Le Fresnoy a parfois été surnommé la « Villa Médicis high tech » : lieu de création et laboratoire artistique, il accueille des étudiants pour des cursus de deux ans sous la direction d’artistes-professeurs invités qui y réalisent eux-mêmes des projets. Au programme, le croisement des disciplines, la création d’œuvres en grandeur réelle avec des moyens de production professionnels dans l’univers des technologies de l’image et du son, y compris les plus contemporaines. C’est aussi un lieu de diffusion culturelle avec une programmation proposant des films d’auteurs, des expositions d’art contemporain, des concerts… Le Studio national des arts contemporains, ouvert depuis 1997, est abrité par un bâtiment de l’architecte franco-américain Bernard Tschumi, qui sauvegarde les espaces d’un ancien établissement de distractions populaires dont il a hérité son surnom. Il est financé par le ministère de la Culture et de la Communication et le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais avec la participation de la ville de Tourcoing. www.lefresnoy.net Un studio de production audiovisuelle au Fresnoy. « Un cheminement technique et artistique » Chroniques a rencontré l’équipe qui réalise l’exposition. Entretien avec Jacky Lautem, son scénographe. Chroniques : Quelle est la spécificité du travail de production de ce projet ? Jacky Lautem : Dans un projet de ce type, les tâches sont à la fois successives et partagées ; nous travaillons avec une vingtaine d’intermittents, notamment pour l’aspect informatique qui est fondamental. C’est un travail d’équipe qui demande un recadrage permanent : chaque décision peut avoir un effet collatéral et faire évoluer le projet – et le budget ! Même le menuisier qui réalise les coffrets pour les écrans doit travailler par rapport à une conception dramaturgique : c’est à l’équipe de l’informer de l’enjeu scénographique de ce qu’il réalise. Un des intérêts majeurs du projet est aussi la possibilité qu’il offre de rebondir en fonction des contraintes et des idées qui émergent. Comment s’articule-t-il avec le travail de création qui se fait au Fresnoy ? Ce projet d’exposition s’inscrit dans un cheminement technique et artistique. Chaque projet est pour nous une occasion d’élaborer des prototypes ; dans un univers de technologies très pointues, nous utilisons des techniques éprouvées mais nous cherchons toujours à aller plus loin, à trouver du nouveau, à détourner l’existant, à pousser l’expérimentation. Nous avons également des étudiants que nous conduisons à trouver un équilibre entre un enjeu artistique et sa faisabilité technique. Une exposition est pour nous l’occasion d’une sorte de point d’étape : à un moment donné, voilà ce que nous sommes capables de faire. Comme les technologies évoluent très rapidement, nous sommes obligés de nous remettre en question sans cesse et de renouveler aussi nos méthodologies de travail : par exemple, en apprenant à travailler avec des professionnels de la robotique qui ignorent tout de la pratique du cinéma… car nous sommes tous issus d’univers très différents, ceux du spectacle et de la technologie. Le « challenge » permanent est de rassembler ces compétences au service d’un projet. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Chroniques de la BnF – n°50 – 7



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