Chroniques n°50 sep/oct 2009
Chroniques n°50 sep/oct 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de sep/oct 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : Choses lues, choses vues

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auditoriums > Simone Weil, une pensée sous tension À l’occasion du centenaire de la naissance de Simone Weil, la Bibliothèque, qui conserve ses archives depuis les années 2000, rend hommage à une intellectuelle hors du commun, portée par une insatiable curiosité. Une journée d’étude est consacrée à la philosophe, dont l’œuvre visionnaire et fulgurante reste d’une étonnante modernité. Le 24 août 1943 s’éteignait au sanatorium d’Ashford, dans le Kent, la philosophe Simone Weil dont on célèbre cette année le centenaire de la naissance. Elle n’avait que 34 ans. Sa personne et son œuvre, sa mise étrange, sa maladresse ou son ton péremptoire suscitent à la fois intérêt et perplexité. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel que d’en rester à ces effets d’humeur. Son œuvre est considérable tant par son ampleur que par la diversité des sujets abordés. Il n’est guère de discipline, en effet, à laquelle elle ne se soit pas confrontée, qu’il s’agisse de philosophie, de mathématiques, d’histoire des sciences, d’histoire des religions, de science économique, de politique ou de mystique… Pénétrée de la pensée de Marx et partageant ses idéaux révolutionnaires, elle déploie, sitôt ses examens passés (l’agrégation de philosophie), au sein du monde syndical et parallèlement à ses tâches d’enseignante, une activité qui laisse pantois. Avant de s’engager une année en usine (pas tant pour expérimenter la rudesse des tâches que pour connaître l’état d’esclavage et d’humiliation de la condition ouvrière de l’époque), elle prend le temps de rédiger son premier « grand œuvre », les Réflexions sur les causes de l’oppression et de la liberté sociale, dont maints accents sont prémonitoires, 20 – Chroniques de la BnF – n°50 © D.R. BnF, Estampes et Photographie. Simone Weil, manuscrit autographe, 1929. Simone Weil à Barcelone dans le corps des combattants républicains, 1936. évoquant à 75 ans de distance cette « crise » de civilisation qui est la nôtre actuellement… De la pensée grecque au christianisme Son retour au religieux dans les années 1937-1938 est pour le moins inattendu et paradoxal – il choque profondément les « camarades » dont elle avait épousé les causes avec tant de chaleur. En effet, née dans une famille juive, elle refuse cet héritage et rejette avec véhémence le Dieu de l’Ancien Testament. Par ailleurs, son amour de la Grèce, porté à un degré rare, a fait d’elle une platonicienne accomplie (et même une adepte du pythagorisme) au point que l’on a pu dire qu’il y eut chez elle absorption du christianisme dans la pensée grecque. Elle a du fait religieux une conception très large : son expérience christique présente un caractère irréfutable. Mais sa position est sans enfermement. Elle maintient de nombreux points de passage entre les différentes traditions dont elle se plaît à mettre en valeur la richesse des intuitions. Sa visée est universelle et englobante, et elle cultive avec dextérité l’ambivalence sémantique. On pourrait parler BnF, Manuscrits.
à son propos d’une sorte de christianisme « sauvage », nourri par un savoir encyclopédique et une curiosité dévorante. Ayant échoué en 1940, comme tant d’autres, à Marseille, et exclue par le statut des Juifs de sa charge d’enseignement, Simone Weil connaît quelque dix-huit mois d’une activité intellectuelle intense. C’est aussi à Marseille qu’elle prend l’habitude de consigner ses pensées dans ce qu’on appelle ses Cahiers, qui sont à la fois le journal d’une pensée, des cahiers de laboratoire et des exercices spirituels. Source et clef de l’œuvre entière, ces Cahiers permettent de comprendre la modernité d’une méditation qui, en ayant à cœur de toujours penser à neuf, réajuste foi et savoir aux conditions du monde moderne. Cet exercice quotidien se maintient à New York où Simone Weil trouve refuge avec ses parents en juillet 1942. Quelques mois plus tard, elle passe en Angleterre pour rejoindre De Gaulle et la France libre. C’est à Londres que s’écoulent les derniers mois de sa courte vie, extraordinairement féconds sur le plan de l’écriture. En effet, malgré une santé défaillante et une faiblesse grandissante, elle rédige son second grand œuvre, publié par Camus dans la collection Espoir sous le titre L’Enracinement. Il s’agissait pour elle de proposer quelques directions de réformes destinées à porter remède à sa patrie exténuée et malade. C’était aussi poser le problème à la fois métaphysique et historique des Droits de l’homme. Ce qu’elle fait avec une puissance et une radicalité impressionnante, renversant la problématique des droits en une problématique des « obligations » qu’elle appelle des « besoins » (du corps, de l’âme, collectifs…). Si l’on voulait résumer en quelques mots l’esprit de cette personnalité hors norme, on pourrait évoquer un pessimisme roboratif. Il importe avant toute chose de se délester à son sujet de l’utilisation anecdotique d’un parcours fulgurant, et de se laisser porter par la vitalité et l’énergie que dégage cette pensée constamment maintenue sous tension. Florence de Lussy Œuvres complètes Publication du 10 e volume des Œuvres complètes, aux éditions Gallimard, sous la direction de Florence de Lussy, conservateur honoraire à la BnF. Journée d’étude Simone Weil 23 octobre 2009, 14 h-20 h animée par Laure Adler Site François-Mitterrand, petit auditorium, hall Est RF-C. Abramowitz CULTURE ESPRIT CRITIQUE 9h10 Vincent Josse FRANCE INTER LA DIFFÉRENCE franceinter.com



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