Chroniques n°50 sep/oct 2009
Chroniques n°50 sep/oct 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de sep/oct 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : Choses lues, choses vues

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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© Michael Kenna. BnF, Estampes et Photographie. Expositions > Michael Kenna, le voyage photographique Né en 1953 à Widnes (Lancashire), Michael Kenna est d’abord un voyageur. Ses images poétiques, prises de nuit ou au crépuscule, suggèrent l’infini et révèlent une nature dépouillée, aux lignes pures. Une rétrospective de l’œuvre de ce grand photographe anglais permet de mesurer la liberté de son approche du paysage et l’évolution de son style. En 1975, l’exposition The Land organisée par Bill Brandt, photographe mythique, est présentée à Londres. Un jeune étudiant en arts plastiques est frappé de stupeur devant le thème et le choix des photographies. Les grands classiques côtoient la jeune garde de l’époque. Brassaï et Atget, Cartier- Bresson et Lartigue, Giacomelli, Uelsmann… Chefs-d’œuvre de la photographie de paysage, mais aussi photographies d’observation géologique construisent un discours percutant sur le genre fondateur de la photographie. Michael Kenna garde un vif souvenir de cette révélation, et entretient une réelle vénération pour Bill Brandt. 10 – Chroniques de la BnF – n°50 Le Désert Retz, Study 4, France 1988. Michael Kenna, Biei, Hokkaido, Japon, 2009. © Mark Silva. « Pour les sujets, la composition, la palette, l’atmosphère, Bill Brandt demeure ma seule grande influence. Je n’ai jamais cessé de regarder ses livres et d’y trouver l’inspiration. Je possède des épreuves que je chéris. » Kenna commence sa carrière par des travaux de commande, mais après s’être installé aux États-Unis, où la vie de la photographie avait quelques longueurs d’avance, il entreprend une œuvre personnelle, exclusivement consacrée au paysage. Il réalise des tirages pour la photographe Ruth Bernhard, qui l’incite à une exigence inouïe. « J’ai tiré pour elle et avec elle pendant des années. Parallèlement, j’ai commencé à tirer mes propres travaux, elle m’a tout appris en matière de tirage. » À l’instar de Giacomelli, le matériau brut du négatif, la chimie du sel d’argent, la virtuosité du virage forment pour lui un champ d’expérimentation fascinant et inépuisable. Rendre perceptible l’âme du lieu L’aspect documentaire, présent dans toute photographie en prise avec le réel, est ici largement transcendé. L’œuvre s’enracine tant dans la grande tradition du paysage pictural ou gravé que dans celle de la photographie elle-même. Rendre perceptible l’âme du lieu, le genius loci, celle des hommes qui y vécurent, y moururent, y laissèrent trace sans que jamais un être humain ne figure dans l’image, tel est le défi que relève Kenna. Face à un champ d’intérêt vaste comme le monde, il construit son œuvre par grands chapitres qui demandent plusieurs années de travail. Les usines de construction automobile de The Rouge, la centrale électrique de Ratcliffe, les marines de tous rivages, les jardins formels français et anglais, l’île de Pâques, le Mont-Saint-Michel… chaque série est le fruit d’un projet à long terme, et se poursuit bien au-delà des publications de livres. « Je reviens maintes fois sur les lieux de mes photos, car ils ne sont jamais semblables. C’est comme une amitié. » Les photographies de Kenna sont mondialement connues, reconnaissables entre toutes. Le style s’appuie sur la lumière atténuée de l’aube ou du crépuscule, le plus souvent sur la photographie nocturne. La surface sensible n’est plus bombardée de photons, mais s’imprègne lentement et rend perceptibles les mouvements des astres, l’évolution de l’atmosphère, la transformation des météores. Les contrastes de texture, de matière, engendrent une rhétorique de l’ombre et de la lumière savante et raffi née. Le temps photographique n’est plus celui de l’instant mais de la durée. « Je m’intéresse plus au temps qui se passe avant ou après « le moment décisif ». La nuit, un moment peut durer dix minutes ou dix heures. Mes photographies de nuit sont les écrins du temps qui passe. » 20 x 20 cm : le format choisi par Kenna induit un rapport particulier à l’image, une relation intime. La photographie, ici, n’est pas un objet surdimensionné devant
© Michael Kenna. BnF, Estampes et Photographie. Huangshan Mountains, Study 1, Anhui, China, 2008. Je reviens maintes fois sur les lieux de mes photos, car ils ne sont jamais semblables. C’est comme une amitié. Michael Kenna lequel on reste médusé, mais une miniature. L’image n’est pas présente d’emblée, il faut s’en approcher, la scruter. Ce choix répond au désir d’impliquer l’imagination du regardeur. Rien d’ostentatoire chez Kenna : « J’aime faire une comparaison avec la littérature. Je considère mes photos comme des haïkus. En peu de mots le haïku suggère l’infini, et le lecteur remplit les vides… Il y a rarement des personnages dans mes photos, cet espace est réservé à celui qui regarde… » Œuvres de jeunesse, paysages industriels anglais et américains, jardins formels, lieux mythiques ou sacrés, paysages d’Orient, 210 photographies permettent de mesurer l’évolution de son style. Les tirages sombres des débuts, à la forme dramatique et au grain puissant, laissent place au dépouillement incisif, à la pureté des lignes, à la délicatesse aérienne des récentes vues d’Orient ou d’Égypte. La photographie n’est pas un butin, mais un dialogue. « La première chose que je fais est de converser avec le paysage, de nouer une amitié avec lui, de lui demander la permission. Je ne me précipite pas sur lui comme un paparazzi qui rafle quelques images avec son Leica… » Pour Kenna, il ne s’agit pas seulement de photographier le monde mais, comme l’a dit Baudelaire, « de saisir les parcelles du beau égarées sur la terre, de suivre le beau à la piste partout où il a pu se glisser à travers les trivialités de la nature déchue. » Anne Biroleau Michael Kenna. Rétrospective 13 octobre 2009 - 24 janvier 2010 Site Richelieu, Galerie de photographie Dans le cadre de Photoquai, Paris Photo. Commissariat : Anne Biroleau, conservateur général, chargée de la photographie du XXI e siècle. Catalogue 232 pages, 156 ill., 49 €. En partenariat avec Connaissance des Arts Photo et La Tribune. © Michael Kenna. BnF, Estampes et Photographie. © Michael Kenna. BnF, Estampes et Photographie. © Michael Kenna. BnF, Estampes et Photographie. De haut en bas : Liliang River, Study 4, Guilin, China, 2006. Moai, Study 16, Ahu Tongariki, Easter Island, 2000. Night Light, Rio de Janeiro, Brazil, 2009. Chroniques de la BnF – n°50 – 11



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