Chroniques n°49 été 2009
Chroniques n°49 été 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°49 de été 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : John Batho, le champ d'un regard

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Expositions > Jean-Michel Alberola le perturbateur Une rétrospective, site François-Mitterrand, présente l'œuvre imprimé d'un artiste agitateur d'images et de mots. Peintures, dessins, photographies, films, objets, installations, l’œuvre de Jean-Michel Alberola compose un ensemble éclectique, qui donne à voir des éléments épars, tronqués, souvent inachevés. Pourtant l’une des constantes de cette production réside dans son intention d’interpeller et de bousculer les consciences – tordre le cou aux images prêtes à consommer et aux mots prêts à penser et faire émerger un sens caché. Outre une prédilection pour l’édition sous toutes ses formes – estampes, cartes postales, livres d’artistes, affiches, tracts… – l’artiste affirme un goût prononcé pour la formule à décrypter, telle « La sortie est à l’intérieur », ou pour la citation pastichée telle « La pauvreté est une idée neuve en Europe », (d’après la fameuse formule de Saint-Just devant la Convention « le bonheur est une idée neuve en Europe »). La lecture d’un texte, une peinture découverte dans un musée, une image trouvée dans une brocante, sont les matériaux de créations qui explorent les infinies possibilités de l’association, de l’interprétation et du jeu des mots avec les images. Une production imprimée très diverse L’exposition présentée à la BnF est la première rétrospective de l’œuvre imprimé de l’artiste. Elle a été élaborée à partir des estampes et des livres présents dans les collections, grâce au dépôt légal des éditeurs et à la générosité de l’artiste qui a fait, à cette occasion, un don important à la Bibliothèque. Né en 1953 à Saïda (Algérie), d’une famille originaire d’Espagne qui s’installe en France en 1962, Jean-Michel Alberola a participé à l’exposition collective Finir en beauté qui, en 1981, consacre la naissance de la figuration libre. Puisant son JEAN-MICHEL ALBEROLA, L’ŒUVRE IMPRIMÉ 19 mai - 23 août 2009 Site François-Mitterrand, galerie François 1 er Commissaires : Marie-Cécile Miessner et Céline Chicha-Castex, conservateurs au département des Estampes et de la photographie. Catalogue coédité par la BnF et les éditions Ereme. 8 – Chroniques de la BnF – n°49 Devenir chien d’aveugle, lithographie en couleurs, 2005. Paris, Item éditions. inspiration dans l’histoire de l’art, il convoque aussi bien la Renaissance que le modernisme et revendique la double filiation de Marcel Duchamp et de Marcel Broodthaers. Ses estampes sont de natures très diverses. Dès le début s’opère un partage entre les éditions réalisées au moyen de techniques de reproduction photoméca- nique et ses œuvres en lithographie ou en taille-douce proches des dessins et des peintures. Dans les années 1980, il est invité à faire de la lithographie par l’atelier Urdla à Lyon (devenu depuis le Centre international de l’estampe): cette première approche lui permet de découvrir toutes les possibilités plastiques de cette technique. C’est là qu’il rencontre l’imprimeur lithographe Patrice Forest avec lequel il continue de travailler régulièrement au sein de l’atelier Item que celui-ci a créé à Paris. © ADAGP, 2009
L’artiste aborde la taille-douce dans les années 1990, à l’invitation de Piero Crommelynck qui, avec son frère Aldo, avait imprimé les dernières gravures de Picasso. Il réalise dans un premier temps des gravures dans des gammes de noirblanc-gris de facture assez classique qui s’inscrivent dans ses recherches plastiques du moment. Pour se libérer de la mémoire de Picasso qui plane dans l’atelier Crommelynck, il entreprend une série de gravures associées à des jurons espagnols qu’il adresse au maître. Il travaille sur le thème du Repas des paysans des frères Le Nain, qu’il décline en plusieurs planches, et de la crucifixion qu’il aborde au même moment dans ses dessins. En 1990, il commence à pratiquer la sérigraphie, sollicité par Éric Linard. Il transpose en sérigraphie des photographies qu’il retravaille. Passé/Présent La référence au passé est omniprésente dans son œuvre imprimé, qu’il cite des peintures ou des textes. « J’ai eu vraiment le sentiment, à la fin des années 1980, avec ma peinture mi-abstraite mi-figurative, que je venais après tout le monde. Je venais après les vénitiens, Cézanne, Matisse… Je me suis dit qu’il fallait les remercier par le dessin, la peinture, l’estampe, même en les citant. Je n’apparais pas comme une génération spontanée dont on ne connaît pas l’origine. […]. Depuis 1983, je n’ai jamais perdu cette idée de citation. Je suis le dernier après tout le monde. Il y a un monde incroyable avant moi qui a fait des choses beaucoup plus éclatantes. Je fais des © ADAGP, 2009 © ADAGP, 2009 © ADAGP, 2009 Ci-contre : RIEN, autoportrait, lithographie 2004. Paris, Item éditions. Ci-dessus : Frères Lénine XI, eau-forte, aquatinte, 1997. Paris, Piero Crommelynck. Ci-dessous : Reprendre la conversation, lithographie en couleurs, 2006. Paris, Item éditions. choses avec ce que j’ai. 1 » Cette pratique de la citation va de pair avec celle du fragment : Alberola cultive les formes brèves, « fragments […] épinglés sur des bouts de papier comme des papillons de langage : parfois ils ne veulent « rien dire », ou plusieurs choses contradictoires. Il arrive qu’ils soient simplement calligraphiés, c’est-à-dire joliment écrits, si l’on accepte que le « joli » en question n’ait pas grand chose à voir avec le joli des étalages. Mais la plupart du temps ils font image en même temps qu’ils se donnent à lire 2 ». Dès le début, l’estampe a aussi été un moyen de diffuser et de faire circuler ses œuvres, en raison du moindre coût des multiples par rapport aux peintures : « J’ai compris, dès mes premières lithos, que cela [les éditions] me permettrait de toucher plus de monde. » À ses yeux, les éditions (estampes, livres, ephemara) sont la seule activité permanente, noble, mobile et démocratique. Céline Chicha-Castex et Sylvie Lisiecki 1. Les citations de Jean-Michel Alberola sont tirées d’un entretien avec les commissaires de l’exposition, retranscrit dans le catalogue. 2. Jean-Michel Alberola, Cartes de visite, vers luisants, Didier Semin, Carnets d’études 5, éd. Ensba. Chroniques de la BnF – n°49 – 9



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