Chroniques n°49 été 2009
Chroniques n°49 été 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°49 de été 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : John Batho, le champ d'un regard

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > John Batho, le champ d’un regard Une œuvre photographique singulière, entre jouissance de la couleur et méditation sur l’effacement. Au premier regard, les photographies de John Batho pourraient sembler légères. Elles mettent en scène avec insolence la jubilation de la couleur, éveillent le regard à sa sensualité à partir d’objets ordinaires. Bâches de tentes saturées de rouge, de jaune, parasols repliés aux teintes acidulées, manèges aux couleurs diffractées par la vitesse. Nuages. Nageuses. Ici moins qu’ailleurs la question n’est réductible à celle de la représentation du sujet. « Ce ne sont pas les parasols qui importent, c’est le motif, qui, constamment repris, permet d’éprouver l’approche […]. Ce travail, insistant, oblige aussi à penser à ce qui surprend encore, pourquoi un sujet ne semble pas épuisé, pourquoi persiste le désir de photographier », dit l’artiste. Présence de la couleur John Batho, né en 1939, s’est fait connaître dès les années 1970 par ses travaux sur la couleur à une période où le 6 – Chroniques de la BnF – n°49 © John Batho Parasols, Série 1981-2008. Ci-dessous : Présents et absents, Série 1998. noir et blanc prédominait largement dans la création photographique. Il obtient en 1977 le prix Kodak de la critique photographique ; de nombreuses expositions et publications suivent, qui donnent à son travail une diffusion internationale. Si l’artiste a continué à s’intéresser à la couleur, il a également investi d’autres champs, celui du noir et blanc, du jeu de la lumière avec la surface, et travaille aujourd’hui sur l’effacement et la disparition. Ces espaces explorés donnent for - me à des séries, manières de déposer sur la feuille impressionnée une suite de traces. L’exposition Le Champ d’un regard rassemble 144 photographies prises entre 1974 et 2008. « Sans qu’il s’agisse d’une rétrospective, le parcours nous mène d’une méditation sur la lumière et l’ombre, le passage du temps et le vertige de l’espace y compris le plus banal, à un suspens devant la présence des choses, leur matière, leur forme et leur contingence », remarque Anne Biroleau, commissaire de l’exposition. Celle-ci est entièrement composée de tirages par impression jet d’encre, une des particularités du travail de l’artiste : la chimie du papier sur lequel la photo- © John Batho
© John Batho ‘‘ Du noir et blanc, je retiens la simplicité et la gravité, de la couleur, la jouissance et la subversion. Ces deux modes ne sont pas opposables, ils ne résument pas non plus la préférence que l’on porte à certaines photographies. L’image aimée demeure une énigme, pour celui qui l’a faite, pour celui qui la voit. John Batho graphie est tirée joue un rôle dans le rendu final, d’où l’importance des supports dans le jeu des images entre opacité et transparence. « La scénographie délimite clairement les espaces de l’exposition, créant des aires visuelles propres à chacune des recher - ches. Quiétude et mystère des études sur l’ombre et la lumière répondent au dynamisme, à la vibration, au volume de la couleur », poursuit Anne Biroleau. Effacements En ouverture de l’exposition, les séries Ombres (1999 et 2000), un travail sur l’apparition de la lumière et Présents et absents (1998), une série composée de tirages noir et blanc, sur toile, non encadrés. Réalisées à Vilnius (Lituanie) à l’occasion d’une commande, ces images ont été inspirées par l’histoire de ce pays profondément marqué par la Seconde Guerre mondiale. « J’ai imaginé ces présents et absents comme une allégorie de ce qui résiste en l’homme et survit aux vicissitudes de son histoire. J’ai conçu un dispositif me permettant de photographier les visiteurs du centre d’art contemporain, lieu de l’exposition, derrière un grand verre embué pour emprunter leur silhouette. Je voulais obtenir une sorte d’album de famille, composé de personnes à la fois présentes et impossibles à identifier ; des visages qui se dérobent, des identités incertaines, évoquant l’absence, la perte, mais aussi la tendresse ; Nageuses, Série 1990. John Batho, autoportrait, 2009. » j’ai voulu parler de l’humanité », confie John Batho. Ce travail sur l’effacement se retrouve dans Visages (1998) ou Cartes (2008) : formes occultées, traces, érosion des identités et des objets que le temps altère jusqu’à leur quasi-disparition. Autre champ de recherche du photographe, la couleur, qu’illustre notamment la série Manèges (1980). « Dans une fête foraine, la couleur est utilisée pour sa puissance hypnotique, pour sa capacité à divertir. J’ai choisi un manège en particulier, je l’ai photographié pendant trois années avant qu’il ne disparaisse. […] Je voulais retenir et partager une joie simple, un émerveillement devant des couleurs qui participent à une fête pour les yeux. J’avais envie de déployer par des images successives le mouvement du manège, de montrer les multiples aspects de cette curieuse machine à couleurs. » D’autres séries, comme Photocolore (1974-1992), saisissent des objets ordinaires, des fragments de ciel ou de paysages qui offrent une approche de la couleur dans sa primarité, sa masse et sa matière. D’autres encore, Nageuses (1990), jouent des ambiguïtés optiques engendrées par l’eau pour déstabiliser les repères visuels du spectateur : nage, ou envol… Parcourant cette exposition, nous emboîtons le pas à John Batho, et découvrons ses réponses à la question de la couleur en photographie. Qu’ajoutait la couleur à ce médium ? Quel champ spécifique fallait-il lui offrir, alors que le noir et blanc était dominant ? La vocation de la photographie, telle que Batho nous en instruit, est peut-être de cristalliser une simple et fugace apparition, et parfois de transformer le processus de la dissolution en échappée vers l’onirique. Sylvie Lisiecki JOHN BATHO. LE CHAMP D’UN REGARD. PHOTOGRAPHIES 23 juin - 6 septembre 2009 Site Richelieu – Galerie de photographie Commissariat : Anne Biroleau, conservateur général, chargée de la photographie du XXI e siècle ; avec la collaboration de l’artiste. Chroniques de la BnF – n°49 – 7



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