Chroniques n°48 mar/avr 2009
Chroniques n°48 mar/avr 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de mar/avr 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Controverses : photographies à histoires

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > Lorsque Marc Garanger réalise le cliché ci-contre, il est le photographe du régiment où il effectue son service militaire, en Algérie. Il a reçu l’ordre de faire les photographies d’identité de plus de deux mille Algériens, principalement des femmes, en vue de leur attribuer des papiers français. Nous sommes en 1960, les autorités militaires affirment que « la guerre est gagnée » et parlent de « phase de pacification ». Pour ces femmes, c’est une expérience extrêmement violente : contre leur volonté, leurs croyances et leurs règles, elles doivent montrer, dans la rue, leur visage nu, à un homme inconnu. « Je connaissais les photos prises par Edouard S. Curtis des Indiens d’Amérique au début du XX e siècle, qui montraient un peuple détruit par un autre peuple ; j’ai pensé que c’était une histoire similaire qui recommençait. Dans le cas de ces femmes, la violence de la prise de vue reflète le mépris de la colonisation, le racisme et la brutalité du conflit. J’ai voulu faire des photographies à la gloire de ces gens. La première fois que je les ai montrées au capitaine du régiment, il s’est écrié : « Venez voir comme elles sont laides, venez voir ces macaques ! » Bouleversé, j’ai décidé d’exprimer mon désaccord avec mon objectif et de lancer ces images à la face du monde. Toute la puissance de la photographie est là, dans ce, , Chacun regarde avec ce qu’il est,, , avec ses connaissances et avec son âme pouvoir de protestation, de dénonciation. » Dans cet esprit de témoignage, Marc Garanger, au retour de son service militaire, publie cette série, qui lui a valu en 1966 le prix Niepce. Plus de deux cents expositions ont été présentées de par le monde, et l’ouvrage Femmes algériennes 1960 est toujours diffusé (Atlantica.fr). En 2004, le journal Le Monde lui a demandé de retourner dans cette région de montagnes au sud de la Kabylie où il avait effectué son service militaire. Quarante-quatre ans plus tard, il photographie à nouveau Cherid Barkaoun, cette fois sereine à 84 ans, entourée de ses petits-enfants. 6 - Chroniques de la BnF - n°48 Portrait de Cherid Barkaoun, Algérie, 1960 et entourée de ses petites-filles, Algérie, 2002. juridique et éthique de la photographie, permettant de mieux comprendre le regard que les sociétés et les cultures portent sur les images de leur temps et de mettre en perspective les débats actuels. Une image, un texte: tel est le principe CONTROVERSES. PHOTOGRAPHIES À HISTOIRES 3 mars - 24 mai 2009 Site Richelieu – Galerie de photographie Une exposition du musée de l’Élysée (Lausanne), présentée à la BnF Certaines images sont susceptibles de heurter la sensibilité des visiteurs, et tout particulièrement du jeune public. Avec le soutien de Champagne Louis Roederer En partenariat avec Connaissance des Arts, France Inter, Le Monde, Le Point. de l’exposition. « Nous avons choisi de raconter ces photographies qui illustrent une histoire, une controverse, poursuit Christian Pirker. Au-delà de la querelle, ces controverses nous éclairent sur l’art et sur le droit bien sûr, mais aussi sur l’histoire, leurs auteurs, le public et souvent sur nous-mêmes. » La photographie est née dans la polémique: plusieurs inventeurs en revendiquent en même temps la paternité, en particulier Hyppolite Bayard qui met au point les premiers tirages sur papier en même temps que Daguerre met au point la technique de fixation de l’image sur cuivre. Il publie un Autoportrait en noyé, comme une sorte de manifeste ironique mais aussi une des premières mises en scènes photographiques. © Photo Marc Garanger © Photo Marc Garanger
Par la suite, les photographes ont dû lutter pour faire reconnaître leurs images comme des créations originales et ce médium comme un art à part entière: le jugement du procès Mayer et Pierson établit en France dès avril 1862 que les « dessins photographiques » sont « le produit de la pensée, de l’esprit, du goût et de l’intelligence de l’opérateur ». Mais les développements techniques n’ont cessé de poser de nouveaux problèmes légaux et aujourd’hui notamment les pratiques de mixage et de retouche d’images. « Les tribunaux doivent trancher de plus en plus souvent entre l’inspiration, l’influence, l’interprétation et le vulgaire plagiat », rappellent les deux commissaires. Nasa, Buzz Aldrin on the Moon, July 20, 1969. La réalité de l’expédition américaine sur la Lune a été remise en cause par certains. Les images prises par la Nasa auraient été mises en scène par… Stanley Kubrick, dont le film 2001 Odyssée de l’espace est contemporain de l’événement. Ci-dessous : Lewis Carroll, Alice Liddellas a beggar Child, 1859. « En matière de photographie, nous sommes entrés dans l’ère du soupçon. » Rencontre avec André Gunthert, chercheur en histoire visuelle contemporaine et maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Chroniques : Quelle est votre réaction au propos de cette exposition ? André Gunthert : Controverses illustre parfaitement l’évolution de notre façon de voir les images. Les usages qui sont faits de l’image médiatique et les transformations des techniques d’enregistrement ont modifié au cours des quinze dernières années la perception des images par le grand public. On a vu se manifester un soupçon qui venait contredire la vieille tradition de la vérité photographique, laquelle depuis le XIX e siècle avait établi la validité et l’objectivité du document photographique. Elle permettait en particulier à la presse d’établir la vérité d’un fait par la photographie. Ici, celle-ci n’est pas mobilisée pour ce qu’elle montre mais pour ce qu’elle raconte. Ce n’est plus la question de la vérité qui est posée. Le visiteur regarde l’image comme le sujet d’une controverse et comme le support d’un récit. Par rapport à la vision un peu naïve de la photographie comme d’un médium qui vise à dévoiler le réel, à le documenter, on perçoit ici combien la photographie participe de ce qu’elle représente : elle n’est pas seulement un miroir du monde mais elle est aussi un acteur des débats et des désordres du monde. Elle se constitue comme un laboratoire actif de la controverse, un lieu par lequel la discussion se produit et donne l’occasion à certaines questions de se poser, y compris des questions de société graves et pressantes comme celles qui se posent autour de la pédophilie, de la politique, des faits divers… La signification d’une image change-t-elle au cours du temps et en fonction du contexte historique, culturel ? C’est l’un des sujets de l’exposition. Lorsque Robert Doisneau réalise Le Baiser de l’Hôtel de Ville en 1950, il destine cette photographie à un reportage d’actualité sur les Français et elle est publiée parmi d’autres dans le magazine américain Life. C’est seulement en 1986, lorsqu’un éditeur la choisit pour en faire un poster, que l’image devient célèbre. Avec trente ans d’écart, cette image qui était une photo de presse devient une image nostalgique du Paris d’après-guerre, et c’est ce décalage qui est intéressant. © Ovenden collection, courtesy Akehurst Creative Management L’intérêt de l’exposition est aussi de montrer comment ces histoires se produisent, autour du droit d’auteur, du droit à l’image… Il y a aujourd’hui autour du droit d’auteur et du droit à l’image toutes sortes d’incertitudes et l’exposition a le mérite de répertorier ces différentes formes d’incertitude, juridique, contextuelle, médiatique. Le plus souvent, les histoires surgissent lorsque deux images sont mises côte à côte : l’image retouchée à côté de l’image originale. C’est à partir d’une image de référence que l’on peut dire qu’une image est retouchée. Opérer le procès en retouche, nécessite d’avoir en tête une autre image. Voyez la photographie de la prise du Reichstag par Evgueni Khaldei (voir page 5), par exemple. Certaines images ont fait ou font scandale… Si cette exposition produit du scandale, je pense qu’elle remplira l’un de ses objectifs en montrant que les photos font bouger les mentalités parce qu’elles sont porteuses d’une puissance étonnante, que l’on relie d’ailleurs le plus souvent davantage à l’œuvre d’art qu’à la photo. Il sera intéressant de voir quelles vont être les réactions en France, ce qui va focaliser l’attention : les images pédophiles, ou d’autres ? Ces réactions seront des indications précieuses sur ce que nous sommes collectivement aujourd’hui. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Chroniques de la BnF - n°48 - 7 © Nasa, Washington, DR



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