Chroniques n°48 mar/avr 2009
Chroniques n°48 mar/avr 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de mar/avr 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Controverses : photographies à histoires

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 22 - 23  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
22 23
Collections > Chez les Zola à Médan L’important fonds Zola vient de s’enrichir de la collection de lettres et de photographies d’Albert Laborde, grâce à une dation en paiement des droits de succession. Zola et les siens. Émile Laborde (1846-1882) était le cousin germain d’Alexandrine Zola, épouse de l’écrivain. Les deux familles, très liées, se rapprochent encore à la mort d’Émile Laborde. Celui-ci laisse son épouse Amélie avec deux enfants Albert, quatre ans et Elina, sept ans qui nomment les Zola « oncle » et « tante », Alexandrine étant en outre la marraine d’Albert. Dès 1883, les Laborde accompagnent les Zola pendant les vacances d’été à Bénodet puis à nouveau en 1888 à Royan. C’est là que Zola s’éprend de Jeanne Rozerot, la jeune lingère embauchée par Alexandrine. Deux enfants naissent de leur union : Denise en 1890 et Jacques en 1891. Alexandrine n’apprend la double vie de son mari qu’en septembre 1891. Peu à peu, une sorte de compréhension succède à la colère initiale et l’épouse de Zola se met à s’intéresser aux enfants et à leur mère. Après la mort brutale de l’écrivain, en septembre 1902, elle prend en charge cette seconde famille, surveillant avec attention les études de Denise et de Jacques. Pendant toutes ces années, Amélie Laborde joue le rôle de confidente et de consolatrice, cependant qu’Albert et Elina sont un peu pour Alexandrine les enfants qu’elle n’a pu avoir. Zola, quant à lui, se partage entre ses deux « familles », considérant les jeunes Laborde comme des neveux très aimés. Albert Laborde (1878-1968) publia, en 1963, Trente-Huit Années près de Zola. La Vie d’Alexandrine Émile Zola. Il devint l’assistant de Pierre et Marie Curie et sa fille Colette Morin- Laborde, membre de l’équipe Zola de l’ITEM/CNRS 1, fit don en 1986 à la BN de la correspondance de son père avec les Curie. Un témoignage exceptionnel et émouvant. Les soixante-dix lettres de Zola aux Laborde, comme celle ci-dessus, connues et publiées, sont passionnantes ; celles, plus nombreuses et inédites, d’Alexandrine ne le sont pas moins. Cette belle correspondance témoigne de la vie à Médan, animée, dans une atmosphère bon enfant, par une double passion pour la bicyclette et la photographie, mais aussi assombrie par des drames 22 - Chroniques de la BnF - n°48 Médan, L’heure du thé dans la salle de billard. Elina Laborde. Alexandrine Zola. Émile Zola. Amélie Laborde. BnF/Dépt des Estampes et de la photographie. successifs : tensions familiales bien sûr mais surtout événements tragiques liés à l’engagement de Zola dans l’affaire Dreyfus. À ce bel ensemble sont jointes les premières épreuves corrigées par l’auteur, des Contes à Ninon, premier livre publié par le jeune Zola en 1864 chez Hetzel et Lacroix, document d’autant plus précieux que seuls des fragments du manuscrit sont conservés en mains privées et que ces épreuves n’ont pas été utilisées La Meule. BnF/Dépt des Estampes et de la photographie. pour l’édition de la Pléiade. Cette dation comporte également près de deux cents photographies. Zola avait été initié à cet art en 1888, par Frédéric Garnier, maire de Royan où il passait des vacances. Mais c’est à partir de 1894 que ce loisir devint chez lui une passion dévorante. Il aurait possédé trois laboratoires, au moins une dizaine d’appareils et réalisé près de 10000clichés dont il ne resterait aujourd’hui que quelques centaines. Son œuvre est très variée : souvenirs de ses séjours à l’étranger, vues instantanées de Paris, Exposition universelle de 1900. Mais Zola excelle surtout dans la peinture de la vie familiale. Comme il avait deux ménages et deux maisons, il avait deux versants à son œuvre photographique. Le plus publié et exposé jusqu’ici est dédié à son ménage avec Jeanne Rozerot. Le second versant, moins connu mais non moins intéressant, conservé par Albert Laborde, entre aujourd’hui au département des Estampes et de la photographie. On y voit Zola à Médan se livrant à l’expérimentation de diverses techniques : instantané, vues panoramiques. Il s’agit principalement de portraits, de scènes prises dans le jardin, de parties de bicyclettes, de canotage, de repas amicaux, de paysages. Cet ensemble est très cohérent et complète admirablement l’œuvre photographique déjà célèbre. Michèle Sacquin, avec la collaboration de Sylvie Aubenas 1. Institut des textes et manuscrits modernes du Centre national de recherche scientifique.
L’écrivain vient de donner généreusement à la BnF les manuscrits de ses fictions. L’atelier d’écriture de Claude Ollier L es notes de travail, les manuscrits autographes et les dactylographies corrigées qui composent le fonds Claude Ollier nous font entrer de plainpied dans un atelier d’écriture exigeant qui met en question la notion même de fiction. Le Jeu d’enfant Né à Paris en 1922, licencié en droit et diplômé de l’École des hautes études commerciales, Claude Ollier travaille dans les assurances (1947-1950) puis dans l’administration civile au Maroc (1950- 1955), avant de publier La Mise en scène aux éditions de Minuit en 1958. Premier Prix Médicis, cette œuvre inaugure un des grands cycles romanesques de l’aprèsguerre, Le Jeu d’enfant, composé de huit livres, dont Le Maintien de l’ordre (1961), Été Indien (1963), L’Échec de Nolan (1967), La Vie sur Epsilon (1972), Enigma (1973), Our ou Vingt ans après (1974) et Fuzzy Sets (1975). Inscrit dans l’esthétique du Nouveau Roman, ce cycle transforme profondément les structures narratives et entremêle des genres qui font écho aux lectures d’enfance de l’auteur, comme Robert Louis Stevenson, Jules Verne ou Edgar Poe : « Durant vingt ans, se poursuivra l’errance d’un jeune Européen coupé de ses origines et dont les aventures successives seront autant de découvertes de l’Autre (du monde arabe, de l’Islam, de l’Amérique, du Moyen-Orient, de planètes lointaines), périple au terme duquel ce héros sans « qualités » particulières – curieux mais sans témérité, un peu somnambulique, solitaire, intrigué – entreverra un court moment sa ville natale, porteur d’un destin dérisoire et déconcertant. Tout au long de cet ensemble en forme de suite, intitulé Le Jeu d’enfant, c’est bien souvent par imitation des genres traditionnels (aventures coloniales, exotiques, policières, conte fantastique, récit d’apprentissage, d’idylle ou d’anticipation) que sont narrés ses pérégrinations, ses étonnements, ses déconvenues, ses avatars d’un monde à l’autre. » (Claude Ollier, Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française, par eux-mêmes, Jérôme Garcin dir., 2004). Une histoire illisible. Manuscrit autographe, premier feuillet. BnF/Dépt des Manuscrits. Portrait de Claude Ollier par © John Foley/OPALE. « Suis-je dans le livre ? » (Fuzzy Sets) À partir de 1959, Claude Ollier se consacre exclusivement à l’écriture, nourri de son expérience personnelle et de ses séjours au Maroc (Médine, 1979), en Asie (Mon Double à Malacca, 1982), en Australie (Outback ou l’Arrière-Monde, 1995), en Amérique (Missing, 1998), en Europe (Obscuration, 1999) et au Moyen-Orient. Si l’œuvre de Claude Ollier gravite autour de thèmes récurrents comme le voyage, ‘‘ » Ce héros sans « qualités » particulières… un peu somnambulique l’enquête, les fluctuations de l’identité, le statut de l’image, elle est d’abord marquée par une volonté radicale de renouvellement des formes et des codes de la fiction. C’est sans doute l’une des beautés de cette œuvre de permettre, par les moyens d’une écriture descriptive d’une grande puissance plastique et sonore, la fusion permanente de l’existence et de la littérature (Une Histoire illisible, 1986). Dans ses derniers romans – publiés chez POL depuis 1995, comme Wanderlust et les Oxycèdres (2000), Préhistoire (2001), Qatastrophe (2004) ou Wert et la vie sans fin (2007) – Claude Ollier retrouve la magie des contes à travers des périples où le narrateur s’identifie peu à peu aux figures des grands mythes de l’humanité. Il est également l’auteur d’un Journal, de critiques cinématographiques, de pièces radiophoniques et de livres publiés en collaboration avec des peintres. Clément Pieyre Chroniques de la BnF - n°48 - 23



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :