Chroniques n°48 mar/avr 2009
Chroniques n°48 mar/avr 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de mar/avr 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Controverses : photographies à histoires

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Collections > Francis Coplan : Objectif BnF Madame Anne Libert vient d’offrir à la BnF les archives littéraires de son père Jean Libert (1913-1995), co-auteur avec Gaston Vandenpanhuyse (1913-1981), sous le pseudonyme de Paul Kenny, de la série populaire d’espionnage des Francis Coplan. De l’espionnage en littérature à la littérature d’espionnage Le roman d’espionnage, qui prend pour cadre le monde du secret et que l’on pourrait définir comme le récit des affrontements souterrains entre pays, puise ses racines dans la littérature anglosaxonne (William Le Queux, Edward Phillips Oppenheim, John Buchan) ; celle-ci lui a donné par la suite ses lettres de noblesse : Graham Greene, Ian Fleming, John Le Carré pour ne citer qu’eux. Si quelques romans français traitent de l’espionnage au début du XX e siècle comme L’Espion X 323, L’Homme sans visage (1909) de Paul d’Ivoi, L’Éclat d’obus (1915) de Maurice Leblanc ou Rouletabille chez Krupp(1917) de Gaston Leroux, ce n’est qu’en 1936 avec Double Crime sur la ligne Maginot que Pierre Nord fonde véritablement le genre en France. Il faut cependant attendre les lendemains de la Seconde Guerre mondiale et le début du conflit Est-Ouest pour qu’il connaisse le succès commercial, avec la création entre autres des éditions du Fleuve noir, en 1949. Le temps des grandes séries populaires est ouvert: Le Gorille (Antoine-Louis Dominique), OSS 117 (Jean Bruce), Force M (Claude Rank), SAS (Gérard de Villiers) et Francis Coplan. Jean Libert et Gaston Vandenpanhuyse, deux amis d’enfance nés à Bruxelles à trois jours d’intervalle, font leur entrée au Fleuve noir au début des années 1950. Jean Libert, journaliste et poète, publiait auparavant des nouvelles et romans d’amour ; Gaston Vandenpanhuyse, capitaine de marine marchande, écrivait, quant à lui, des articles de vulgarisation scientifique. Ils signent d’abord dans la collection « Anticipation » une vingtaine de romans de sciencefiction sous le pseudonyme de Jean-Gaston Vandel, avant d’orienter peu à peu leur écriture vers le roman d’espionnage sous trois autres pseudonymes – Graham Livandert, Jack Murray et Paul Kenny, dont le dernier est passé à la postérité. Jean Bruce, le créateur d’OSS 117, vient 20 - Chroniques de la BnF - n°48 © Claude-Michel Masson Jean Libert (à gauche) et Gaston Vandenpanhuyse (à droite), 1965. Éditions Fleuve noir, BnF/Dépt littérature et art. de quitter le Fleuve noir pour les Presses de la Cité et la demande éditoriale de la collection « Espionnage » reste forte: Francis Coplan, alias FX 18, agent secret français du Sdece (Service de documentation et de contre-espionnage), naît ainsi sous la plume de Paul Kenny en 1953 dans Sans issue ! Ce roman marque le début d’une fructueuse collaboration entre les deux hommes pendant une trentaine d’années et près de 180 missions de Coplan, poursuivie quelque temps par Jean Libert après la mort de Gaston Vandenpanhuyse, avant que Serge Jacquemard ne reprenne le flambeau. La série atteint son apogée dans les années 1960, avec 200000 exemplaires vendus par titre et une Palme d’or pour le roman d’espionnage en 1960 avec Les Silences de Coplan, au point qu’une collection dédiée à Paul Kenny est créée en 1973. Miroir de l’histoire immédiate autant que vision subjective de l’actualité, les aventures de Francis Coplan nous conduisent sur les cinq continents, tout en prenant en compte les inflexions de la politique française à l’échelle internationale. Paul Kenny dévoile ses sources Le fonds Jean Libert est le premier fonds d’archives de littérature d’espionnage conservé dans une bibliothèque patrimoniale et de recherche en France. Il invite à la réévaluation d’une littérature à laquelle les appellations de « paralittérature », de « sous-littérature » ou de « littérature de gare » ont souvent été accolées. Les nombreuses dactylographies corrigées des Coplan illustrent les méthodes d’écriture de Paul Kenny. Habitant à quelques kilomètres l’un de l’autre dans le Val- d’Oise, Jean Libert à Montmorency et Gaston Vandenpanhuyse à Eaubonne, les deux amis tiennent une conférence de travail deux fois par mois afin d’élaborer l’intrigue, de fixer le décor et de décider des rebondissements et du dénouement de leur prochaine histoire. Après la séance, chacun regagne son domicile et écrit de son côté un livre différent. Ainsi, tous les deux mois, avec une belle régularité, un « Kenny » peut-il sortir, écrit par roulement tantôt par Jean Libert, tantôt par Gaston Vandenpanhuyse. La genèse des Coplan est, en outre, éclairée par une source peu courante. Tous les ans, les deux hommes organisent un grand voyage dans un secteur « chaud » de la planète – ou qui risque de le devenir – et se répartissent les villes traversées. Pendant leur séjour, ils repèrent l’hôtel où peuvent se croiser les agents internationaux, les boîtes de nuit à double issue, les quartiers interlopes où les agressions sont monnaie courante. Armés d’appareils photographiques, ils fixent sur la pellicule les plaques des rues, les places, les lieux typiques. Ces albums de voyage sur lesquels ils ont accumulé photos, notes, timbres ou tickets d’autobus, leur permettent des descriptions fidèles qui servent l’effet de réel. C’est désormais au département des Manuscrits que Paul Kenny nous livre ses secrets. Clément Pieyre
Le manuscrit du Mystère de la chambre jaune retrouvé On le pensait perdu, il a été découvert par un des petits-fils de Gaston Leroux qui a retrouvé le manuscrit de ce roman policier culte dans le grenier de sa maison, caché sous de vieux journaux. L e manuscrit du Mystère de la chambre jaune, premier épisode des Aventures extraordinaires de Joseph Rouletabille reporter, paru en douze livraisons dans le supplément littéraire de l’Illustration du 7 septembre au 30 novembre 1907, a été récemment retrouvé par un des petits-fils de Gaston Leroux. Longtemps resté inconnu des chercheurs, il a pu être présenté au public durant le dernier mois de l’exposition Gaston Leroux, de Rouletabille à Chéri-Bibi (BnF, site François-Mitterrand, octobre 2008-janvier 2009), avant de rejoindre le fonds Gaston Leroux du département des Manuscrits. Il livre aujourd’hui les premières pistes susceptibles d’éclairer la méthode de travail du romancier et la genèse de l’œuvre. Des feuillets très corrigés Le texte est écrit à l’encre noire sur 176 feuillets. Il s’agit d’un manuscrit de travail très corrigé portant un état intermédiaire entre un premier brouillon, ou une première version, et le texte paru dans L’Illustration. En effet, des fragments d’au moins une version antérieure, réutilisés par Gaston Leroux pour composer son manuscrit, peuvent être identifiés. Dans certains cas, ces fragments, recollés sur de nouveaux feuillets, alternent avec l’écriture des passages de transition qui garantissent la continuité du récit. Dans d’autres cas, Gaston Leroux recombine directement entre eux les fragments découpés issus du brouillon ou de la première version, en faisant l’économie des passages de transition. Le support de l’écriture prend alors la forme d’un collage tellement composite qu’il ne peut plus guère porter le nom de feuillet. Le texte avant impression y est saisi dans toute la dynamique de sa (re)composition, dont témoignent, en outre, la nervosité de la graphie et l’apparence bricolée des opérations de « couper-coller », avant que le fascicule puis le volume n’en figent la forme « définitive ». À cet égard, le feuillet numéroté 24 par Gaston Leroux est un cas limite : composé de huit fragments découpés et recollés, porteurs d’au moins deux campagnes d’écriture distinctes (d’après les différences entre les graphies alternativement fines-serrées et épaissesdéliées), il se déplie sur 750 mm de hauteur. Un certain Joseph Boitabille La comparaison du manuscrit et du texte publié jette, en outre, un éclairage inédit sur la genèse de la fin du roman. En effet, les ajouts sur épreuves sont venus amplifier la fin du texte de ses 6/8 e environ ! Dans le détail, le découpage comparé des deux fins du roman peut être décrit de la façon suivante. Le dernier chapitre du manuscrit est numéroté XXIV et titré « Où Joseph Boitabille apparaît dans toute sa gloire ». Il est écrit d’une seule coulée sur les feuillets numérotés 146 à 178 par Gaston Leroux. Dans la version publiée, la fin du roman est scindée en 4 chapitres numérotés XXVI à XXIX. Les chapitres XXVI-XXVII de la version publiée reprennent grosso modo la version manuscrite. Le chapitre XXVIII publié ne reprend que la fin du feuillet 176 du manuscrit, moins les cinq dernières lignes. Il a donc été presque entièrement composé sur épreuves et c’est tout l’épisode du retour de Versailles après le procès qui a été ajouté in extremis. Or, dans ce passage, Boitabille- Rouletabille revient sur les étapes de sa démarche déductive dont il livre le récit organisé au témoin privilégié qu’est Sinclair. Ci-dessus : manuscrit autographe BnF/Dépt des Manuscrits. À droite : Gaston Leroux et son fils Miki, vers 1909. BnF/Dépt des Manuscrits. Gaston Leroux se donne ainsi les moyens de faire pénétrer le lecteur au plus près du cheminement de la pensée de son héros. Le chapitre XXVIII et dernier de la version publiée ne reprend que quelques feuillets du manuscrit : les ajouts sur épreuves l’ont donc amplifié de trois séquences relatives à Mathilde Stangerson, la dame en noir, dont la plus significative, commençant par « Quant à Mlle Stangerson, que vouliez-vous qu’elle fît, en face du monstre ? », a sans doute été jugée nécessaire par Gaston Leroux pour rendre plus pathétique encore le portrait de celle qui va occuper la place centrale du Parfum de la dame en noir quelques mois plus tard. Un examen plus approfondi du manuscrit permettrait d’ouvrir bien d’autres pistes encore pour mieux comprendre l’histoire du texte : titres et numérotation des chapitres, par exemple, ou construction du personnage de Boitabille-Rouletabille au fil des suppressions et ajouts. Contentons-nous d’un vrai scoop pour les fans : sur le manuscrit, au feuillet n°4, le premier prénom de la dame en noir, biffé et remplacé par Mathilde, était Hélène. Guillaume Fau Chroniques de la BnF - n°48 - 21



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