Chroniques n°48 mar/avr 2009
Chroniques n°48 mar/avr 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de mar/avr 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Controverses : photographies à histoires

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Collections > Littératures latino-américaines Zoom sur quatre écrivains mexicains d’aujourd’hui 18 - Chroniques de la BnF - n°48 m Àl’image de la littérature hispano-américaine contemporaine, celle du Mexique se caractérise par la variété de ses esthétiques. La définir c’est chercher ce qu’on n’y trouve plus : réalisme magique, fantastique et – dans bien des cas – idéologies. Mêlant les genres, souvent réaliste, elle rompt avec la génération précédente – celle de Gabriel García Márquez (Colombie) ou d’Alejo Carpentier (Cuba). Elle entend encore se dégager des particularismes pour donner lieu à une littérature universelle en langue espagnole. Trois portraits illustrent cette diversité ; s’y ajoute un quatrième, celui d’Elena Poniatovska, que son année de naissance rattache plus à la génération de Fuentes. Elena Poniatovska Journaliste, romancière et nouvelliste, née à Paris, en 1933, de mère mexicaine et de père français, descendant direct du roi Stanislas II de Pologne. Vers l’âge de 7 ans, elle arrive au Mexique où sa famille s’exile en raison de la guerre. Elle y est frappée par la misère, et c’est là qu’il faut chercher sa vocation: être la voix des laissés-pourcompte, paysans, pauvres, femmes écrasées par une société de domination masculine, prisonniers qu’elle interviewe à la prison de Lecumberri, quand elle rend visite – avec Buñuel – aux intellectuels que le régime mexicain enferme dans les années 1950. Dissidente, Elena Poniatovska avoue sa fascination pour des mondes différents du sien, tandis que sa vocation de journaliste sert ses romans, pour mieux dénoncer les oppressions. Après une enquête, elle publie ainsi La Nuit de Tlatelolco (1971) sur les événements tragiques du 2 octobre 1968 : le gouvernement mexicain réprime dans le sang les manifestations étudiantes. Elle y donne la parole aux familles des victimes, ainsi qu’aux prisonniers. © Daniel Mordzinski Vie de Jésusa (1980) est la longue confession d’une humble femme qui – dans une langue populaire et empreinte d’oralité – raconte sa vie quotidienne, ses misères, ses espoirs. Enfant battue, puis femme maltraitée, elle prend les armes à la tête d’une troupe d’hommes lors de la Révolution mexicaine, mais finit dans un bidonville. Paco Ignacio Taibo II Né à Gijón, en Espagne, en 1949, il émigre au Mexique en 1958 avec sa famille pour fuir le franquisme et prend part aux mouvements étudiants de 1968. Journaliste, historien avec des recherches sur le mouvement ouvrier, il est le fondateur du nouveau roman noir latino-américain. Auteur d’une trentaine de romans policiers à connotation politique, il choisit le pseudonyme de Paco Ignacio Taibo II pour se différencier de son père, du même nom, célébrité de la télévision mexicaine. Dans Jours de combat (1976), il crée la figure du détective privé, Hector Belascoaran Shayne, policier anticonformiste et taciturne qu’il « tue » dans Pas de fin heureuse (1981) et ressuscite à la demande du public dans Même ville sous la pluie (1989). D’autres romans ont aussi fait sa réputation : Ombre de l’ombre (1986), La Vie même (1992), qui se situent dans un Mexique violent, soumis à l’omnipotence d’un parti unique, aux politiciens corrompus, et à la police gangrenée par le trafic de drogue. Taibo II est aussi l’auteur d’une biographie de Che Guevara, et du roman Des morts qui dérangent (2005) co-écrit avec le sous-commandant Marcos. Président de l’Association internationale des auteurs de romans policiers, il fonde, en 1987, le festival du roman noir de Gijón (Espagne), dont le succès ne se dément pas et auquel ont assisté plus de un million de personnes lors des dernières éditions. © Daniel Mordzinski
© Daniel Mordzinski Jorge Volpi Jorge Volpi est né à Mexico en 1968. À la fin des années 1990, il fonde le mouvement littéraire du Crack, qui entend rompre avec le réalisme magique de la génération précédente. Il affirme ainsi que: « Pour être réellement latino-américain, il est nécessaire de ne pas écrire de littérature latinoaméricaine. » Volpi s’est fait connaître avec sa trilogie sur l’effondrement des idéologies au XX e siècle : À la recherche de Klingsor (1999) est ainsi un thriller politico-scientifique sur l’Allemagne au début du nazisme ; La Fin de la folie (2003) met en scène Anibal Quevedo, psychanalyste qui tombe amoureux d’une étudiante de Nanterre, et devient un intellectuel engagé dans la France de 1968. À travers ses aventures (il psychanalyse Fidel Castro, rencontre le sous-commandant Marcos et fonde la revue Tel Quel), La Fin de la folie est une métaphore de l’échec de la gauche révolutionnaire. Le Temps des cendres traite de l’effondrement du communisme. De 1950 à nos jours, deux histoires se répondent : l’une est dessinée par des figures illustres (Staline, Khroutchev, Gorbatchev, etc.), l’autre met en scène trois femmes – une biologiste russe, une Américaine fonctionnaire du FMI, et une Hongroise qui participe au séquençage du génome humain – ainsi qu’un journaliste et écrivain russe – le narrateur du Temps de cendres – qui traque tous ceux qui ont vendu leur âme au diable. Emportant le lecteur d’est en ouest, Le Temps des cendres illustre le manifeste du Crack : sans ancrage en Amérique latine, le roman mêle les genres (roman scientifique, enquête policière, saga historique) et place le lecteur aux premières loges de l’Histoire. Loin de l’exotisme tropical de García Márquez ou Carpentier. Mario Bellatín © Daniel Mordzinski Né à Mexico en 1960, Mario Bellatín est l’auteur de courts romans qui échappent aux catégories, mêlant réalité et fiction, biographies et documents scientifiques. Leçons pour un lièvre mort est un puzzle de 243 fragments qui font des sauts dans le temps pour constituer une narration énigmatique. Un auteur sans nom y raconte son séjour dans une résidence pour écrivains, aux États-Unis. Il parle de ses rites pour écrire, de son fils auquel il raconte des rêves, et de l’histoire de Margo Glantz qui fut clonée. Une autre voix – non identifiée – raconte aussi l’histoire d’un poète aveugle. Bellatín construit ainsi une machine à raconter qui produit des histoires soumises à un montage cauchemardesque. Jacob le mutant (2002) est un roman sur La Frontière, œuvre peu connue et fragmentaire de Joseph Roth (1894-1939), écrivain juif autrichien. Bellatín y explore les vicissitudes du manuscrit et de son auteur sous la forme d’un roman sur un autre roman. La Frontière, ouvrage présenté comme le testament de Roth, est une métaphore de la limite fragile entre fiction et réalité ; Jacob le mutant devient ainsi une réflexion sur la solitude de l’écrivain dans notre société. Dans Le Jardin de la dame Murakami (2000) et Shiki Nagaoka : un nez de fiction (2000), Bellatín exprime son attirance pour l’esthétique japonaise et la littérature nippone : goût pour la forme brève, à la limite du haïku, sobriété, minimalisme. Converti au soufisme, s’inspirant d’un roman juif ou de l’esthétique japonaise, Bellatín fait partie des nouveaux visages de la littérature mexicaine : une littérature universelle qui souhaite rompre avec les clichés trop souvent appliqués à la littérature hispanoaméricaine. Adélaïde de Chatellus Chroniques de la BnF - n°48 - 19



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