Chroniques n°48 mar/avr 2009
Chroniques n°48 mar/avr 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de mar/avr 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Controverses : photographies à histoires

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Conférences > Bienvenue au nouveau cinéma européen Pour la quatrième année, la BnF accueille une aventure originale : le festival ÉCU, premier festival européen du film indépendant. Rencontre avec son fondateur, Scott Hillier, réalisateur australien résidant à Paris, passionné d’histoires et d’images venues d’ailleurs. Chroniques : Parmi les très nombreux festivals de films existant en France, quelle est la spécificité d’ÉCU ? Scott Hillier: Jusqu’à la création du Festival européen du film indépendant (ÉCU) en 2006, il n’existait pas de manifestation consacrée à ce cinéma. Pourtant, en Roumanie comme en Espagne, en Suède, en Grèce, en France ou en Italie, de nombreux réalisateurs, extrêmement créatifs et souvent très jeunes, font des films, avec ou sans moyens, parce qu’ils ont envie de raconter une histoire, réelle ou inventée. J’ai voulu créer ce festival pour donner une tribune aux réalisateurs européens qui, n’étant pas soutenus par des maisons de production ou des institutions puissantes, ont du mal à montrer leurs films. Moi-même, bien qu’ayant obtenu un Oscar du meilleur documentaire en 2003 pour le film Twin Towers, je me suis rendu compte combien il était difficile de se faire ouvrir la porte des festivals. Créer ÉCU, c’était donner à ces créateurs une possibilité de se faire connaître tout en offrant aux spectateurs une formidable ouverture sur le monde. Depuis quatre ans, j’ai fait de magni- IV e FESTIVAL EUROPÉEN DU FILM INDÉPENDANT (ÉCU) 13, 14 et 15 mars 2009 Site François-Mitterrand 14 - Chroniques de la BnF - n°48 FEMMES OUBLIÉES DE L’HISTOIRE LITTÉRAIRE > BIENVENUE AU NOUVEAU CINÉMA EUROPÉEN > LA SERVANTE MAÎTR Ci-dessous : Scott Hillier et le festival Écu. fiques découvertes tant humaines que cinématographiques. Comme celle de ce jeune Roumain, Catalin Leescu qui a réalisé, à 25 ans, un film extraordinaire en 16mm, One Shot Wonder, et qui est venu en auto-stop à Paris le présenter à la BnF lors de la première édition du festival. En quoi consiste exactement votre partenariat avec la BnF ? La BnF met à la disposition d’ÉCU quatre belles salles de projection parfaitement équipées. Aujourd’hui, je suis encore étonné d’avoir réussi à créer mon festival dans ce cadre prestigieux: un réalisateur australien qui propose à une grande institution française un festival de films dans un pays qui en regorge, ce n’était pas gagné d’avance ! La première année, nous avons projeté 35 films, la deuxième année 90 et, en 2008, 107 œuvres venues de 40 pays. Cette année, après en avoir visionné un millier, nous en projetterons également plus d’une centaine, et attendons entre cinq et sept mille spectateurs. Longs et courts métrages de fiction ou documentaires, films expérimentaux, d’animation, d’étudiants (moins de 25ans): au total treize catégories de films concourront pour le grand prix du « meilleur film indépendant d’Europe ». Il sera décerné par un jury international composé de vingt membres, professionnels de la BBC ou du National Geographic, réalisateurs, producteurs, monteurs, critiques. En plus des projections, sont également proposés au public des ateliers de réalisation, de montage, d’écriture de scénario, d’art dramatique, et des rencontres avec les réalisateurs. Vous faites partie du comité de sélection et présidez le jury. Quels sont vos critères de choix ? Je privilégie en premier lieu l’indépendance, non seulement économique - les films en compétition ne doivent pas être financés à plus de 50% par une grande société – mais surtout d’esprit: les films sélectionnés sont des œuvres personnelles et singulières, différentes et originales. Je pense, par exemple, au film, montré en 2006, de Mariana Yarevsky, une réalisatrice russe qui sera membre du jury cette année: pendant un an elle a parcouru les prisons de Russie pour faire un documentaire sur le tatouage. Deuxième critère : une bonne histoire bien racontée, qui vous touche et que vous n’oubliez pas. Comme ce film français en noir et blanc inscrit pour l’édition 2009, Sale Timing de Olivier Barma, montrant un policier avec un pistolet dans la bouche, que je viens de visionner et qui m’a laissé un sentiment intense ; ou encore ce film belge expérimental, Candy Darling de Sylvia Defrance qui, pour conter l’histoire d’une mère surprotégeant sa fille, mêle images réelles et animation. J’aime qu’un film m’étonne, m’ouvre les yeux et les idées. Propos recueillis par Laurence Paton © Scott Hillier
ESSE DE PERGOLÈSE : UN OPÉRA-COMIQUE INÉDIT > LE MONDE MULTIPOLAIRE DE CARLOS FUENTES > Le monde multipolaire de Carlos Fuentes Dans le cadre des auteurs mexicains invités au Salon du livre, le célèbre écrivain évoquera dans une conférence à la BnF, le 11 mars, le roman latino-américain d’aujourd’hui. Portrait de Carlos Fuentes, 1999. © Denis Dailleux/Agence Vu. Avant tout romancier mais aussi nouvelliste, auteur de théâtre, essayiste et rédacteur de milliers d’articles publiés dans les revues et les journaux américains et européens, Carlos Fuentes, aux racines mexicaines mais à la culture transatlantique, ardemment hispanophone et totalement polyglotte, parcourt depuis longtemps le monde occidental pour témoigner avant l’heure de l’évidente nécessité d’un monde multipolaire. Polémique, délibérément engagé dans la réalité politique de son temps, privilégiant les rencontres entre l’individu et l’histoire, les destins et les identités nationales, Carlos Fuentes mêle dans ses écrits intimement liés à sa vie et à l’histoire du Mexique, LES GRANDES CONFÉRENCES DE LA BnF Institut de France, Fondation del Duca AUTOUR DU ROMAN LATINO-AMÉRICAIN Conférence par Carlos Fuentes, présentée par Jean Daniel 11 mars, 18h30–20h m Site François-Mitterrand, grand auditorium, hall Est Organisé avec le soutien de l’Institut de France et de la Fondation del Duca diverses temporalités. Son œuvre mêle lecture et imagination, écriture et mémoire, histoire et littérature. Écrire, lire, voyager, enseigner, converser, participent de la construction permanente d’une œuvre qui dédouble une vie où chaque roman est un chapitre d’un seul roman qui les englobe tous et ne finit jamais. Le « boom » de la littérature latino-américaine La parution de La Plus Limpide Région en 1958 est considérée comme le début du mouvement qualifié par la critique de « boom » de la littérature latino-américaine: une constellation littéraire qui, au Chili, avait pour nom Donoso, à Cuba, Guillermo Cabrera Infante et, en Argentine, Julio Cortazar, bien qu’il fût alors exilé à Paris. Dans ce premier roman, Carlos Fuentes dit avoir simplement voulu parler de la réalité du Mexique. Fils de diplomate, ayant passé une jeunesse itinérante en Amérique et en Europe, il porte sur le Mexique le regard décalé de celui qui revient dans un pays fantasmé. Il dépeint la société post-révolutionnaire, l’avènement d’une bourgeoisie mexicaine prise au piège de ses contradictions, Mexico, cette ville gigantesque qui ne cesse de croître : autant de manifestations d’un monde nouveau qui n’avaient pas encore eu de traduction littéraire dans son pays. Carlos Fuentes servit de déclencheur à cette aspiration nouvelle qui engendra la renaissance du roman latino-américain durant les années 1960. De Jorge Luis Borges à Mario Vargas Llosa, le mouvement noue plusieurs fils d’une tradition passant aussi par Gabriel Garcia Marquez et Alejo Carpentier et dont le trait commun est l’attitude critique envers le langage. Ces auteurs héritent d’une langue espagnole magnifique mais jugée « dépenaillée et clocharde » par Carlos Fuentes. Sans doute s’y ajoute-t-il, tant pour les écrivains espagnols que latino-américains, un sentiment de dépossession de la langue que l’on peut expliquer hâtivement par la succession de régimes autoritaires qui ont mis la langue sous le boisseau. Pour Fuentes, Borges fut l’unique sans lequel rien n’aurait été possible car le premier, il a modifié la langue espagnole et fait « d’un vieil arbre rabougri, un bel arbuste bien taillé ». Un vide narratif à combler Entre Cervantes et le XX e siècle, la langue espagnole est quasi absente de la tradition narrative. Et voilà que soudain, ici et là, des écrivains latino-américains, chacun à sa manière viennent combler ce vide en ressuscitant autant qu’en inventant une langue et racontent avec une « agitation épique » dans l’urgence d’une attente à satisfaire, ce qui jamais ne s’était écrit: la vie, l’identité, la mémoire, le rêve, l’histoire ! Outre la rupture avec une langue ancienne, une autre rupture plus étonnante encore se produit: le refus du réalisme. Le jeu entre réalité et fantasme, qui plus tard est devenu la marque de fabrique du roman latino-américain, était à ses débuts un enjeu vital: la réalité ne s’épuise pas dans le réel, elle comprend aussi ce qui n’a même pas encore été rêvé. À cette quête d’une totalité correspond une révolution du temps qui se manifeste par un rejet du temps linéaire caractéristique de la pensée occidentale ; elle est tout aussi antinomique avec la vision circulaire du temps chez les Amérindiens. Le boom des années 1960 ne s’est pas arrêté brutalement ; de nouveaux écrivains se sont imposés. Carlos Fuentes, qui fut emblématique de ce renouveau, a beaucoup contribué à révéler la richesse de la littérature latino-américaine. Il a mis en lumière le caractère polyculturel et multiracial de cette aire linguistique dont la continuité culturelle est assurée par le métissage. Il sera le 11mars à la BnF, une fois encore, le porte-parole de sa vitalité. Anne Dutertre Chroniques de la BnF - n°48 - 15



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