Chroniques n°48 mar/avr 2009
Chroniques n°48 mar/avr 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de mar/avr 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Controverses : photographies à histoires

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > La passion du jeu Condamnés par l’Église, interdits ou tolérés et taxés par le pouvoir, les jeux n’ont pourtant cessé de se développer dans le Royaume de France. La bibliothèque de l’Arsenal leur consacre une grande exposition : Jeux de Princes, jeux de vilains, du Moyen Âge jusqu’à la veille de la Révolution. Installé dans l’hôtel qui deviendra la bibliothèque de l’Arsenal, le marquis de Paulmy, grand maître de l’artillerie, y avait rassemblé au milieu du XVIII e siècle manuscrits médiévaux, estampes, livres, et avait fait le projet de réaliser une Histoire de la vie privée des Français. Seul le premier tome, consacré à la nourriture, vit le jour en 1782, cinq ans avant sa mort – il a donné lieu en 2001 à une exposition intitulée Livres en bouche à la bibliothèque de l’Arsenal. Le volet suivant devait traiter de l’histoire des jeux. « Nous accomplissons aujourd’hui ce que le marquis de Paulmy n’a pas pu finir », explique Ève Netchine, commissaire de l’exposition. Deux cents pièces sont présentées, des enluminures, gravures et peintures aux manuels de stratégie en passant par les jeux eux-mêmes : dés en os, jeux de quadrille incrustés de nacre, tables avec damiers d’ébène et d’ivoire, bourses de jeu aux armes des membres de la famille royale. Une place importante est consacrée aux jeux pédagogiques - jeu royal de cartes pour apprendre la langue latine, puzzle géographique - et au rôle du jeu dans l’invention du calcul des probabilités par Pascal. Une invention du diable Bibliophile érudit, le marquis de Paulmy n’était pas le seul de son époque à s’intéresser au jeu. « Pour les hommes des Lumières, le jeu était un sujet de réflexion très vivant », précise Ève Netchine. « Cette interrogation philosophique et morale est le fil rouge de notre exposition. » Déjà condamné par Aristote, le jeu est traditionnellement considéré par l’Église catholique comme une invention du JEUX DE PRINCES, JEUX DE VILAINS 17 mars 2009 - 21 juin 2009 Bibliothèque de l’Arsenal Commissariat : Ève Netchine, conservateur en chef, bibliothèque de l’Arsenal, BnF Catalogue sous la direction d’Ève Netchine, 160 p, 38 €. 10 - Chroniques de la BnF - n°48 © RMN Cavalier, Ivoire, IX e -X e siècle, Paris, musée national du Moyen Âge. Loterie de Saint-Roch tirée à Paris le 10 novembre 1705. Paris, Langlois, 1706. Eau-forte et burin. BnF/Dépt des Estampes et de la photographie. diable, conséquence du péché et de la chute : c’est le Malin qui a soufflé aux soldats romains gardant le tombeau du Christ de jouer sa tunique aux dés – scène souvent représentée dans les Crucifixions des artistes de la fin du Moyen Âge. Dès lors une véritable malédiction entoure les dés. « Une autre conception du jeu, comme espace privilégié pour cultiver l’intelligence, comme expression de l’ingéniosité humaine, coexiste avec cette condamnation. C’est ainsi que dès le Moyen Âge, l’aristocratie le recommande dans l’éducation des princes », souligne Ève Netchine.
Réprimés mais jamais éradiqués La méfiance des autorités ne suffit pas à éradiquer la passion du jeu. Malgré les ordonnances royales comme celle de Charles V qui interdit en 1369 la pratique de tous les jeux, de hasard, de réflexion ou sportifs, les sujets du royaume de France persistent à s’y adonner. Tout d’abord au plus ancien d’entre eux, les dés, dont le médiéviste Jean-Michel Mehl note que « nés avec l’histoire, ils font un avec les sociétés humaines » et que « sous des formes diverses et avec d’infinies variantes, ils semblent appréciés par toutes les catégories sociales ». Jeu réputé noble, les échecs, nés en Asie centrale au V e siècle et apparus en Europe au XI e siècle, figurent dans l’éducation des jeunes aristocrates des deux sexes mais sont également très prisés par les couches aisées de la population. Ils sont alors d’un usage si courant que le Traité moral de Jacques de Cessoles, un dominicain italien de la fin du XIII e siècle qui décrit la société idéale en se fondant sur ce jeu, connaît un immense succès et de nombreuses traductions et adaptations – trois manuscrits magnifiquement enluminés de ce texte figurent dans l’exposition. Avec des règles très simples et des déplacements de pions réduits, la manière de jouer aux échecs au Moyen Âge tenait plus du combat rapproché que de la fine stratégie. Il semblerait même qu’on y jouait avec des dés. « L’opposition jeux de hasard/jeux de stratégie n’était alors pas aussi marquée », indique Ève Netchine. Une véritable invasion ludique Les premières cartes à jouer connues, retrouvées dans des reliures, datent du milieu du XIV e siècle et inaugurent l’arrivée des jeux nouveaux qui vont foisonner à la Renaissance. Reposant tout d’abord, comme les dés, sur le hasard, le jeu de cartes va bientôt faire appel à la réflexion des joueurs, avec l’apparition de la notion d’atout dès la première moitié du XV e siècle. Les cartiers, comme ceux qui dans le nord de la France fabriquent le « Portrait de Paris », accompagnent dès lors les déciers. Aux XVI e et XVII e siècles, les jeux se multiplient, des premières loteries venues d’Italie et introduites à Lyon sous le nom de blanques, au trictrac et aux dames, en passant par le jeu de l’Oye qui donnera lieu à de nombreuses variantes éducatives pour enseigner, par exemple, l’héraldique, la lecture ou l’art des fortifications aux enfants. Le parcours s’achève sur le triomphe des jeux de hasard avec la création de la lote- © RMN Le jeu, espace privilégié pour cultiver l’intelligence rie royale en 1776 : dans un des quatre extraits de son journal enregistrés par le comédien Bernard Waver pour les visiteurs de l’exposition, Casanova se vante d’en avoir inventé le système. Une constante: que ce soit aux dés, aux cartes, ou même au jeu de l’Oye, les parties sont intéressées, non seulement à la Cour où se gagnent et se perdent des sommes considérables, mais également dans les salons, les salles de jeu tenues chez les princes étrangers, et bien sûr dans les innombrables tripots clandestins de la capitale. « À la veille de la Révolution, la société française est effrénée de jeu, observe Ève Netchine. L’idée selon laquelle nous sommes tous égaux devant le hasard devient alors particulièrement frappante. Jouer c’est corriger la fortune, comme l’écrivait Casanova. » Laurence Paton Joueurs d’échecs, vitrail en grisaille, vers 1440-1450, Paris, musée national du Moyen Âge. ‘‘ » JEUX D’AUTREFOIS•Dés : l’historien Polydore Virgile décrivait, en 1499, plus de six cents manières de jouer aux dés. Les parties se jouaient généralement avec trois dés, le but étant d’obtenir le plus grand nombre de points possibles en un seul jet.•Cartes : on distingue souvent les jeux consistant à parier sur la sortie d’une carte – condemnade, lansquenet, bassette – ou sur la constitution d’une combinaison – prime, brelan –, des jeux de levées faisant appel à la réflexion: le piquet, la triomphe (jeu de levée avec atout), l’homme (appelé aussi la bête), le reversis, où il faut éviter de faire des plis, le tarot, très apprécié par le futur Henri IV, ou encore la brusquembille, l’hombre, venu d’Espagne, et le whist.•Loteries publiques comme la blanque, autorisée en 1539 par François 1 er, ou de salon comme le hoca, ancêtre de la roulette. Le biribi dit aussi la belle se jouait avec un tableau aux cases numérotées et des boules creuses. Chroniques de la BnF - n°48 - 11



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