Chroniques n°47 jan/fév 2009
Chroniques n°47 jan/fév 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°47 de jan/fév 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : La conservation et la numérisation de la presse

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Dossier > Numérisation et coopération L’accès à la presse La BnF s’est lancée dans d’ambitieux programmes de numérisation de la presse et accroît ses collaborations institutionnelles. Les collections de presse, qui figurent parmi les documents les plus consultés à la Bibliothèque, sont également des supports fragiles dont la préservation nécessite de lourds investissements. À partir des années 1960, la BnF a entrepris des programmes de sauvegarde et de reproduction par microfilmage. La numérisation est ensuite apparue comme une voie intéressante pour compléter, voire remplacer ce dispositif. Les titres numérisés présentent en effet le double avantage d’être accessibles à tous et de ralentir le rythme de consultation donc de manipulation des documents. Une politique ambitieuse Dès 2005, un ambitieux programme quinquennal de numérisation de la presse a été lancé. Il concerne vingt et un titres auxquels s’adjoignent leurs suppléments hebdomadaires ou illustrés, soit vingt-sept titres au total. Les limites du corpus sont clairement balisées. Des prémisses avec le lancement en 1836 du Siècle par Armand Dutacq et de La Presse par Émile de Girardin à la Seconde Guerre mondiale qui voit le sabordage ou la suspension de nombreux titres, en passant par le tournant du XX e siècle, véritable acmé de la « civilisation du journal » où Le Petit Parisien est tiré à 1 million d’exemplaires, l’« âge d’or de la presse » constitue les bornes chronologiques du projet. Afin de rendre compte au mieux des débats et affaires qui ont agité la III e République, l’ensemble du spectre politique est balayé, du journal socialiste L’Humanité au conservateur Le Figaro. La question de la réception sociale des journaux participe également du choix des titres. Ainsi, Gil Blas, journal mondain, côtoie Le Petit Journal, au lectorat plus populaire. Enfin, certains titres, restés célèbres pour leurs collaborateurs ou leur fondateur – L’Aurore où Zola défend le capitaine 8 - Chroniques de la BnF - n°47 La numérisation de la presse au centre technique du livre de Bussy-Saint- Georges. Dreyfus, La Lanterne et L’Intransigeant fondés par Henri Rochefort… – font également partie du projet. Une politique d’enrichissement continu des collections s’est poursuivie en parallèle. Une série de titres se sont ajoutés au programme afin de refléter la diversité de la presse, qu’elle soit hebdomadaire (Le Canard enchaîné), économique (Les Échos) ou régionale (L’Ouest-Éclair). Les conventions signées avec certaines sociétés de presse ont permis de numériser des documents sous droits (Le Monde diplomatique). À l’issue du programme, en 2010, près de 3,5 millions de pages seront disponibles pour tous. Une coopération élargie En sus des améliorations techniques progressives mais constantes (recherche plein-texte, meilleure qualité de zoom…), la BnF inscrit son action dans une politique affirmée de coopération autour des projets menés. Tandis que la numérisation des grands quotidiens nationaux des XIX e et XX e siècles se poursuit, la presse régionale, la presse hebdomadaire et la presse des anciens territoires et colonies pourraient être désormais progressivement introduites dans ce programme. Il s’agit, d’une part, de valoriser des titres phares et, d’autre part, d’assurer leur sauvegarde. De fait, l’arrêt programmé du microfilmage au profit de la numérisation infléchit les choix des titres à numériser. Jusqu’à présent, seule la presse illustrée bénéficiait d’une numérisation de sauvegarde. Désormais, d’autres titres, comme certains journaux locaux, devraient pouvoir bénéficier de ce traitement en
© D.P Carr/BnF raison de leur mauvais état. Dès lors, se pose la question de la collaboration avec les autres bibliothèques et archives, puisque près de 600 journaux sont numérisés en province. À plus long terme, une politique de numérisation partagée, à l’image de ce qui a été entrepris dans le domaine de la conservation, devra voir le jour pour éviter les doublons. L’élaboration de projets communs à plusieurs organismes est également amenée à se développer. La numérisation des journaux de tranchées conduite avec des bibliothèques en France et en Allemagne en constitue un bon exemple, ‘‘ Une politique de numérisation partagée devra voir le jour » de même que le partenariat BnF- BDIC - Fondation de la Résistance autour des journaux clandestins de la Résistance. Par ailleurs, le lancement d’Europeana (bibliothèque numérique européenne), a mis en exergue la nécessité de collaborations internationales. C’est ainsi que le Réseau francophone des bibliothèques nationales numériques a lancé un portail commun à ses membres. La BnF contribue largement à alimenter ce portail, notamment par ses titres de presse métropolitaine mais également en mettant en ligne certains titres de presse relatifs à des pays liés à la France par leur histoire, en collaboration avec les bibliothèques nationales concernées. La multiplication des projets et la forte croissance des contenus numérisés invitent à conclure sur la nécessaire mise en valeur par l’élaboration d’appareils critiques et de mises en contexte historiques des journaux, adossés à des bibliographies. Ainsi, le corpus constitué pourra répondre à des recherches systématiques sur un titre ou une période donnée menées par des chercheurs comme à celles, plus ponctuelles, des citoyens ou des curieux. Benjamin Prémel De la civilisation du journal à l’ère des médias Rencontre avec Patrick Eveno, historien de la presse, professeur à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. Où en est la recherche sur la presse aujourd’hui ? Patrick Eveno : L’histoire de la presse est née en France au milieu du XIX e siècle, émanant d’auteurs venus du monde des journaux comme Eugène Hatin, un ancien correcteur d’imprimerie devenu journaliste. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les chercheurs, souvent issus des sciences politiques ou de l’histoire politique traditionnelle, se sont intéressés aux discours de la presse et à leurs effets sur l’opinion publique et ont étudié l’évolution des formes journalistiques, des thèmes, des rubriques, des chroniques, des maquettes. La monumentale Histoire générale de la presse française, parue aux PUF en cinq tomes entre 1969 et 1976, constitue le principal aboutissement de ce mouvement. On s’intéresse aujourd’hui à l’objet total qu’est un journal, dans toute la diversité de ses aspects : conditions de fabrication, de diffusion, d’audience. Depuis les années 1930, avec l’entrée dans la société de l’audiovisuel puis de l’internet, la presse a perdu son monopole de principal moyen d’information ; nous sommes passés de la « civilisation du journal » à l’ère des médias, et aujourd’hui on a tendance à insérer la presse dans cet ensemble. Le journal est en concurrence avec la radio et la télévision même s’il reste à l’origine de l’information que les autres médias ne font que répercuter. Cela dit, la presse ne se réduit pas à l’information, c’est aussi une source de culture et de divertissement. Ce n’est que depuis la fin des années 1990 que les notions de culture médiatique et de culture de masse ont investi l’histoire de la presse, en parallèle avec le développement de l’intérêt pour le romanfeuilleton et la littérature populaire, dont les liens avec la presse sont évidents. Qu’apporte la numérisation de la presse aux chercheurs ? P.E. : C’est un outil extraordinaire ! L’accès rapide aux collections facilite tout d’abord les élémentaires vérifications (de dates, de citations…) auxquelles tout historien est confronté. Mais surtout, la numérisation permet de situer les articles dans leur contexte journalistique, au sein de l’objet journal dans sa globalité, et de comparer avec beaucoup plus de rigueur les textes et les formes, de suivre l’évolution des formats et des maquettes, de la titraille et de la mise en pages, de la place des dessins, gravures et photographies. On peut suivre un journal jour après jour, ou avoir sous les yeux plusieurs journaux, plusieurs titres en même temps : les possibilités d’aller-retour sont beaucoup plus rapides et faciles qu’avec le papier ou les microfilms. L’océrisation et la recherche en texte intégral permettent aussi d’approfondir les recherches, notamment sémantiques à partir des occurrences d’un mot, d’une expression. Bref, la numérisation favorise la prise en main, certes Hebdomadaire du reportage Voilà, 4 janvier 1936, n°250. sous forme plus ou moins virtuelle, de l’ensemble du journal et la comparaison avec d’autres journaux, français pour le moment, mais bientôt étrangers également. Que pensez-vous de la situation de la presse écrite face à l’irruption des gratuits et de la presse sur Internet ? P.E. : La presse quotidienne française est en crise depuis trente ans, donc bien avant l’arrivée d’Internet et des gratuits. Les quotidiens n’ont pas perçu les évolutions sociologiques et économiques de leurs lecteurs et de ce fait ont pris de plein fouet le choc d’Internet. Avec ce dernier est entrée dans les mentalités l’idée que l’information peut être gratuite. La presse apporte de l’information, des commentaires et des analyses : les blogs donnent accès au commentaire, et les experts proposent de plus en plus leur expertise sur Internet. Or la presse est une industrie : un journal qui ne se vend pas disparaît. Pour disposer d’une vraie force rédactionnelle, un journal doit être doté de spécialistes, il lui faut des moyens humains et matériels et du temps. Un exemple : le New York Times possède une rédaction de 1200 journalistes là où Le Monde ou Le Figaro en comptent au plus 350. La question qui se pose aujourd’hui est celleci : comment arriver à revoir le modèle rédactionnel – la maquette, le style des articles, leur longueur - mais aussi le modèle économique dans lequel est prise la presse actuellement. C’est un défi majeur en France, d’autant plus que la presse y est en crise depuis longtemps. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Dernier ouvrage paru : La Presse quotidienne nationale, fin de partie ou renouveau ?, P.Eveno, éditions Vuibert, 2008. Chroniques de la BnF - n°47 - 9



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