Chroniques n°47 jan/fév 2009
Chroniques n°47 jan/fév 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°47 de jan/fév 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : La conservation et la numérisation de la presse

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 20 - 21  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
20 21
Collections > Le père des Tontons flingueurs à la BnF L e fonds Albert Simonin rassemble ses manuscrits – de Grisbi or not grisbi aux Confessions d’un enfant de La Chapelle –, sa correspondance, ses agendas, ainsi que son travail pour le cinéma et la télévision. Ces archives vont offrir aux chercheurs qui s’intéressent à l’œuvre du « Chateaubriand de la pègre », comme le surnommait Léo Malet, des éclairages inédits. De La Chapelle à la Série noire Né dans un quartier populaire du nord de Paris au début du siècle dernier, Albert Simonin exerce mille métiers avant de devenir écrivain : électricien, fumiste, vendeur de chemises, négociant en perles, journaliste ou chauffeur de taxi. C’est en 1953 qu’il fait son 20 - Chroniques de la BnF - n°47 entrée dans la Série noire de Marcel Duhamel avec Touchez pas au Grisbi !, parrainé par Roger Nimier : « Enfin Simonin vint, furtif Furetière qui remit de l’ordre dans le crime, comme Malherbe l’avait fait dans les vers. » Prix des Deux Magots seulement quinze jours après sa sortie, ce roman inaugure la trilogie de Max le Menteur, complétée en 1954 par Le Cave se rebiffe et, en 1955, par Grisbi or not grisbi qui inspirera les mythiques Tontons flingueurs. Albert Simonin poursuit sa peinture sociale du « milieu » avec Une balle dans le canon (1958), Du mouron pour les petits oiseaux (1960) et L’Élégant (1973). Sa seconde trilogie comprenant Le Hotu (1968), Le Hotu s’affranchit (1969) et Hotu soit qui mal y pense (1971) se déroule, quant à elle, dans les années 1920, Albert Simonin dans les années 1970. Les archives littéraires d’Albert Simonin (1905-1980) entrent à la BnF, grâce à la générosité de Mesdames Marie-Hélène Simonin et Françoise Lucas-Simonin. Après Gaston Leroux et Jean-Patrick Manchette, c’est une figure majeure des littératures policières qui rejoint les collections nationales. pour se démarquer de la production éditoriale de l’époque. Il faut aussi mentionner ses essais comme la Lettre ouverte aux voyous (1966) et Le Savoir-Vivre chez les truands (1967), pastiche des manuels de savoir-vivre, qui « chez les truands pourrait plus justement se nommer le savoir-survivre ». Albert Simonin a publié en 1977 ses Confessions d’un enfant de La Chapelle, premier volume de ses mémoires, inachevés. « Le Chateaubriand de la pègre » Son œuvre a tracé des voies nouvelles et fécondes, qu’emprunteront peu après Auguste Le Breton, Alphonse Boudard ou José Giovanni. Albert Simonin met en effet en scène le milieu des truands parisiens en © M.-H. Simonin
leur prêtant un argot châtié et coloré qu’il rassemble dans son dictionnaire aujourd’hui épuisé, Le Petit Simonin illustré (1957). « Grisbi », « cave » ou « mitan » connaissent alors la gloire littéraire. Pierre Mac Orlan écrivait à son sujet : « Il donne au fait-divers de commissariat le droit d’entrer dans la littérature. » Contrairement aux nombreuses idées reçues sur les littératures de genre et populaires, souvent considérées comme des « mauvais genres », les manuscrits d’Albert Simonin, abondamment raturés et collés, témoignent tant d’un travail soutenu sur le style et la langue que d’un effort de construction narrative. Avec ce même souci, Albert Simonin a participé comme scénariste ou dialoguiste à l’adaptation de ses romans au cinéma et à l’élaboration de nombreux films devenus de grands succès populaires : Touchez pas au Grisbi (Jacques Becker, 1954), Le Cave se rebiffe (Gilles Grangier, 1961), Mélodie en sous-sol (Henri Verneuil, 1962), Les Tontons flingueurs (Georges Lautner, 1963), Les Barbouzes (Georges Lautner, 1964), La Métamorphose des cloportes (Pierre Granier-Deferre, 1965). Clément Pieyre Ci-dessus : Le Hotu. Manuscrit autographe, premier feuillet. Touchez pas au Grisbi !, Gallimard, « Série noire », n°148, 1953. Alain Decaux raconte Alain Decaux, historien, homme de radio et de télévision, académicien, a bien connu Albert Simonin, qu’il évoque dans ses mémoires publiés sous le titre Tous les personnages sont vrais. Chroniques l’a rencontré. « C’est à la fin de l’Occupation que j’ai connu Marie-Hélène Bourquin, dans un groupement de secouristes appelé Équipes nationales et devenu Service civique de la jeunesse après la Libération. Elle fera bientôt ses premiers pas dans le journalisme. Nous devenons amis. » Au début des années 1950, elle me présente Albert Simonin, qui deviendra son époux. « J’ai été immédiatement séduit par l’invraisemblable accent parigot, le charme et la drôlerie du personnage. » Enfant du quartier de La Chapelle, Albert a « parlé argot avant de connaître le français », selon ses propres termes. Il a été chauffeur de taxi de nuit, ce qui lui a permis de côtoyer « le monde qui vit quand les autres ronflent ». Condamné à la réclusion pour avoir publié des articles dans la presse de l’Occupation, il approfondit en prison sa connaissance du milieu ; on l’accepte car il parle la langue des voyous. Au lendemain de la guerre, Albert Simonin gagne sa vie, très mal, comme journaliste. Un jour, il voit Marie-Hélène plongée dans un roman de la Série noire, créée par Gallimard dans les années 1950 avec le succès que l’on sait. Celle-ci publie surtout des auteurs américains traduits. Albert veut le lire : « Mais pourquoi s’intéresser qu’aux gangsters amerloques quand on a bien mieux chez nous où manquent pas les vaillants, les gagneuses sans compter les caves qui font bien dans le tableau ? » Il racontera lui-même : « Tout ce monde que j’avais dans la tête m’est revenu. J’ai glissé une plume Sergent- Major toute neuve dans mon porte-plume et m’y suis mis. Un mois plus tard, Touchez pas au Grisbi ! était écrit. Gallimuche l’a pris. » D’abord édité à peu d’exemplaires, le roman s’envole. C’est un immense succès. Le cinéaste Jacques Becker veut en faire un film, et demande à Simonin d’écrire le scénario avec lui. C’est ainsi que celui-ci commence une carrière cinématographique, qui comprendra, entre autres, Les Tontons flingueurs et Le Cave se rebiffe, écrits comme beaucoup d’autres en collaboration avec Michel Audiard. « Une simple observation, poursuit Alain Decaux : si l’association Simonin-Audiard a débouché sur des films inoubliables, les attribuer seulement au second relève d’une véritable iniquité. J’ai vu les scénarios remarquablement bouclés livrés par Simonin : le dialogue était esquissé aux deux tiers. » Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Tous les passages entre guillemets sont extraits des mémoires d’Alain Decaux. (éd. Perrin, 2005). Chroniques de la BnF - n°47 - 21



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :