Chroniques n°47 jan/fév 2009
Chroniques n°47 jan/fév 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°47 de jan/fév 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : La conservation et la numérisation de la presse

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Conférences > AVENTURE INTELLECTUELLE > PRÉPARER L’AVENIR > COMPRENDRE POUR GUÉRIR > RENCONTRE AVEC BREYTEN-FOU-DES-MOTS Rencontre avec Breyten-fou-des-mots Ainsi l’écrivain Breyten Breytenbach se désigne-t-il lui-même dans son dernier livre. Poète, romancier, essayiste, il poursuit une œuvre traversée par l’intime questionnement de l’écriture et par l’engagement politique. Chroniques : Quels sont aujourd’hui vos projets ? Breyten Breytenbach : Je travaille sur un ensemble de manuscrits qui approchent, chacun sur un mode différent, la question du monde du milieu, le « tout-monde » comme l’appelle Édouard Glissant, un monde qui est au-delà de la mondialisation, du nomadisme et de l’exil. Trois ouvrages ont déjà été publiés chez Actes Sud ; un roman, Le Cœur-chien (2005), un essai sur l’écriture, L’Étranger intime (2007), et cette année, L’Empreinte des pas sur la terre, un recueil de chroniques qui tentent d’approcher le réel à travers les événements de la vie et les bouleversements de l’histoire. Comment vit-on lorsqu’on est arrivé dans un monde où l’on n’a plus les attaches que l’on avait auparavant ? Lorsqu’on ne peut plus ni revenir à ses sources, ni s’insérer ? Dans ce monde du milieu, ce lieu de passage et de déplacements, on pense différemment, on se remet en question sans cesse, par rapport à la langue, à l’imagination, à la mémoire, à la diversité, au travail… Les événements du monde dans lequel nous vivons prennent d’autant plus d’im- 18 - Chroniques de la BnF - n°47 portance dans ce contexte fluide, changeant… Par exemple, avec l’élection de Barak Obama, la composition culturelle du monde se transforme… Vous écrivez en afrikaans et en anglais, vous parlez le français, vous vivez entre New York, l’Afrique, Paris… Comment vos livres sont-ils reçus sur les différents continents ? Pour la plupart des lecteurs, j’appartiens à cette génération d’écrivains, avec Coetzee et André Brink, qui sont assimilés à la lutte contre l’apartheid. Mais c’est plus complexe que cela. La réception de l’écriture est influencée par la culture du lieu. Les gens reçoivent mes livres selon le pays et le contexte socio-culturel dans lequel ils se trouvent. Cela permet d’être un peu caméléon selon l’endroit ! En Afrique du Sud on me lit dans un contexte historique et politique précis : les lecteurs ont accès à ce que j’écris depuis très longtemps et suivent mon œuvre. Être un compagnon de Mandela compte beaucoup ; c’est aussi une culture plus ouverte que la culture occidentale 14 janvier 18h30 – 20h Breyten Breytenbach. sur le monde imaginaire et sur le monde magique. L’Amérique reste un vaste espace de brassages culturels et il n’est pas rare de rencontrer des écrivains qui travaillent en anglais sans pour autant être natifs de la langue. Aux Pays-Bas, il existe une sensibilité linguistique particulière à l’afrikaans liée aux liens privilégiés de la Hollande avec l’Afrique… En tant qu’écrivain, on ignore quelle part de ce que l’on écrit va pouvoir être transmise ; on est guidé par le savoir culturel et la mémoire historique. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki CYCLE « RENCONTRES AVEC DES AUTEURS ANGLO-SAXONS » Breyten Breytenbach Organisé avec la New York University à Paris site François-Mitterrand – Petit auditorium – hall Est Dernier ouvrage paru : L’Empreinte des pas sur la terre. Mémoires nomades d’un personnage de fiction, Actes Sud, 2008. © Y Breytenbach
> UNE AVENTURE INTELLECTUELLE > PRÉPARER L’AVENIR > COMPRENDRE POUR GUÉRIR > LA PHOTOGRAPHE DES PHOTOGRAPHES > UNE AVENTURE INTELLECTUELLE La photographe des photographes Yvette Troispoux, figure originale du monde de la photographie est décédée en septembre 2007 à l’âge de 93 ans. Lors de la vente aux enchères de ses archives en juin 2008, la BnF a fait jouer son droit de préemption, permettant l’entrée dans la collection nationale de l’intégralité de ses négatifs et de ses planches contacts. Cette petite femme « haute comme trois poux » comme elle le disait en riant, est née à Coulommiers le 1 er juin 1914 dans une famille de la moyenne bourgeoisie française. Sa mère devenue veuve ne l’autorise pas à devenir photographe : elle la veut près d’elle. Yvette, docile, devient employée dans un bureau d’études et mène une vie confor me aux vœux de sa mère. Pour autant, elle ne renonce pas à vivre sa passion mais sur un chemin de lisière, dans une proximité très personnelle avec le monde des photographes qu’elle aime par dessus tout. Elle entre dans le cercle des passionnés de la photographie par le « club des 30- 40 » qu’ani me Roger Doloy et qui invite régulièrement un professionnel à venir présenter son travail. Toujours fidèle à ces réunions d’initiés qui, la plupart du temps, se tenaient dans des boutiques ou des sous-sols, Yvette Troispoux commence ce qu’elle ne cessera plus de faire: photographier les photographes. Dans cet espace contraint, avec constance et légèreté, elle cadre et fixe ceux qu’elle rencontre et ceux qu’elle aime. Fascinée par les photographes, elle les regarde travailler et complète ainsi sa formation d’autodidacte. Ils deviennent ses amis, elle devient leur photographe. Une chronique passionnée et ironique En 1990, pour fêter les quinze ans de sa Galerie de photographie, Agathe Gaillard expose pour la première fois les images prises lors des vernissages qui s’y étaient succédés. Ces planches racontent naturellement la chronique de la galerie, la passion partagée par tous les photographes qui ont fait vivre ce lieu unique dans Paris. Ce fut la première exposition qui rendait hommage au talent d’Yvette, dont témoigne ainsi Agathe Gaillard : « Dans le genre que certains disent mineur, mais qui est un des plus difficiles, la « photo de cocktail », elle nous laisse une chronique passionnée et ironique de quarante ans de notre vie, à nous, les gens qui aimons la photo. » Pour ses quatre-vingt-dix ans, en 2004, la galerie laisse carte blanche à Yvette Troispoux pour exposer ce qui lui tient à cœur. Dans ses innombrables cartons d’archives, celle-ci sélectionnera un à un Jean Troispoux à la gare, vers 1930. À droite, Yvette Troispoux en 1987. les tirages qui composeront l’accrochage de son œuvre, de sa vie. L’histoire de la photographie retiendra certainement le nom d’Yvette Troispoux qui a écrit à sa manière la chronique de la photographie française de ces dernières décennies. Elle révèle, de l’autre côté de l’objectif, l’histoire des photographes, de leurs rencontres, de leurs échanges, que ce soit dans les galeries, à Arles, où elle vint chaque année, ou dans les multiples salons et autres saisons de la photographie. La valeur documentaire de ces clichés est indéniable : c’est une photogra- phie de la vie qui se vit au fil des rencontres et des événements. Le regard d’Yvette Troispoux est juste et fidèle. Agathe Gaillard souligne que « sa vie est exemplaire : par la marge, elle s’est imposée comme une photographe importante dont nous avions tous besoin et que nous aimions, elle écrivait notre histoire et elle ne nous trahissait pas ». Lorsque ses amis, venus nombreux à la salle des ventes de Coulommiers, ont appris que la BnF avait préempté le fonds Yvette Troispoux, ils ont applaudi. Anne Dutertre © Marc Gantier LES VINTAGE D’YVETTE La dame malicieuse et infiniment respectée que chacun côtoyait lors des vernissages avait aussi une production photographique plus personnelle. Agathe Gaillard évoque la belle exposition qu'elle lui avait consacrée. Les tirages d’époque en figurent dans le fonds entré à la BnF, et en particulier le portrait de son jeune frère, photographie qu’elle chérissait entre toutes. Ses paysages, son portrait de communiante, témoignent d’un talent naturel pour la composition, don qu’elle fit fructifier au contact de grands photographes dont beaucoup devinrent ses amis. Anne Biroleau Chroniques de la BnF - n°47 - 19



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