Chroniques n°47 jan/fév 2009
Chroniques n°47 jan/fév 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°47 de jan/fév 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : La conservation et la numérisation de la presse

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Conférences > RENCONTRE AVEC BREYTEN-FOU-DES-MOTS > LA PHOTOGRAPHE DES PHOTOGRAPHES > PRÉPARER L’AVENIR > LA NRF, Préparer l’avenir Jean-Marc Jancovici. D’où vient la notion de développement durable, aujourd’hui passée quasiment dans le langage courant ? Jean-Marc Jancovici : L’expression, inventée ou remise au goût du jour, est apparue en 1987 dans le rapport Brundtland, du nom du Premier ministre de Norvège de l’époque. Dans un texte intitulé Notre avenir à tous, le développement durable était défini comme un « développement capable de répondre aux besoins de la génération présente sans empêcher les générations futures de répondre aux leurs ». Hélas tant que personne ne détermine objectivement ce qu’est un besoin, cette définition reste un vœu pieux. Actuellement, nombreux sont ceux qui considèrent que le fait de posséder une voiture, ou un téléphone portable, est un besoin alors qu’il s’agit uniquement d’un désir. On peut physiquement vivre sans, alors qu’il est physiquement impossible d’arrêter de manger, ou de dormir. Nous confondons en permanence besoin et désir. C’est pour cette raison que la notion plutôt floue de développement durable ne me semble pas pertinente. Cette « mode » a de positif qu’elle mobilise l’opinion sur des enjeux de long terme. L’aspect négatif réside dans le fait que, en l’absence de toute définition normative du besoin, le terme donne à penser que tout ce qui a déjà duré va pouvoir continuer comme avant. Et ce n’est pas le cas ? Non, puisque, dans moins de vingt-cinq ans, nous allons avoir des difficultés croissantes à exercer certaines activités. Les réserves énergétiques s’épuisent, et nous en aurons bientôt de moins en moins, après avoir pris l’habitude pendant deux siècles d’en avoir de plus en plus. En ce qui concerne le pétrole, l’échéance est très proche : probablement moins de cinq ans. 16 - Chroniques de la BnF - n°47 La BnF ouvre un cycle de conférences sur le développement durable. Premier intervenant : le polytechnicien Jean-Marc Jancovici, ingénieur et consultant spécialiste de l’énergie et du climat. Or l’énergie sert à transformer le monde : les activités de transformation, donc les activités économiques, vont être freinées. Je ne suis pas le seul à porter ce diagnostic : de nombreux scientifiques et ingénieurs partagent cette analyse. Une forme de décroissance matérielle est inévitable : il faut donc l’anticiper et l’accompagner. Ce qui va se passer, c’est la fin de la baisse continue du prix de l’énergie que nous connaissons depuis le début de l’ére industrielle. On a plutôt l’impression du contraire… Parce que tout le monde se focalise sur le prix courant, qui ne peut que monter. Le vrai prix d’un objet, c’est le temps travaillé nécessaire à son achat. Aujourd’hui, il suffit, en moyenne, de travailler six minutes pour se payer un litre d’essence, contre une heure il y a deux générations. L’énergie ‘‘ » vaut cinq cents à mille fois moins cher que le travail humain qu’elle remplace. Pour résoudre notre problème de ressources et de changement climatique, il faut freiner la machine, c’est-à-dire augmenter le prix de l’énergie, et revoir tous les indicateurs économiques pour que celle-ci soit au centre de la politique économique, et non l’inverse comme jusqu’à présent. La crise financière que nous venons de vivre est due, entre autres causes, à la hausse du prix de l’énergie. Conscientes de ce problème, certaines grandes entreprises se mettent à la « comptabilité carbone », La fonte de la banquise au pôle Nord. Une forme de décroissance matérielle est inévitable permettant de déterminer les émissions et les combustibles fossiles dont leur activité dépend. À cette crise énergétique s’ajoute le réchauffement climatique. Vous avez participé à la rédaction du Pacte écologique de Nicolas Hulot. Quelles solutions préconisez-vous ? Pendant les vingt dernières années, nous avons émis presque autant de gaz à effet de serre que durant le siècle et demi qui a précédé. Ce processus exponentiel va s’arrêter « un jour » : c’est une absolue certitude puisque le C0 2 vient de stocks finis (pétrole, gaz, charbon). Mais pour que ces deux éléments, réchauffement climatique et crise énergétique, ne mènent pas à un effondrement économique, il faut commencer à traiter très énergiquement le problème dans les cinq ans qui viennent. Sinon, nous allons droit dans le mur. Avec la hausse progressive du prix de l’énergie, la taxe carbone me semble être une mesure capable de freiner la consommation d’hydrocarbures et donc la pression de l’homme sur son environnement. Il faut faire basculer la fiscalité du travail à l’énergie. Si on ne réintroduit pas la réalité physique dans l’analyse du monde économique, nous courons à la faillite. À l’heure actuelle, la plupart des économistes qui se sont penchés sérieusement sur le problème, comme Joseph E.Stiglitz, ou Nicholas Stern, partagent ce point de vue. LES ENJEUX DU DÉVELOPPEMENT DURABLE PAR JEAN-MARC JANCOVICI lundi 12 janvier 2009, 18h30 - 20h Site François-Mitterrand – Petit auditorium – hall Est © BSIP Steven Kaslowski
UNE AVENTURE INTELLECTUELLE > COMPRENDRE POUR GUÉRIR > RENCONTRE AVEC BREYTEN-FOU-DES-MOTS > LA PHOTOGRAPHE DES PHOTOGRAPHES > LA NRF Comprendre pour guérir Maxime Schwartz. À l’occasion du nouveau cycle de conférences consacré aux sciences du vivant, Maxime Schwartz, directeur général honoraire de l’Institut Pasteur, rappelle le rôle de premier plan joué par cette institution. Hier comme aujourd’hui. Chroniques : Depuis la création par souscription publique de l’Institut Pasteur voici 120 ans, quelles ont été ses principales découvertes ? Maxime Schwartz : L’année même de l’ouverture, en 1888, les docteurs Émile Roux et Alexandre Yersin montraient que le bacille de la diphtérie, qui tuait alors plusieurs milliers d’enfants par an en France, sécrétait un poison bactérien. Des chercheurs allemands ayant ensuite démontré que l’injection du poison à un animal provoquait l’apparition d’une antitoxine, Roux et son équipe ont mis au point en 1894 la sérothérapie : elle consistait à administrer aux malades du sérum de chevaux contenant des antitoxines diphtériques. En quelques mois, la mortalité des enfants atteints de diphtérie a chuté de 52 à 24%. Vingt ans plus tard, un autre pasteurien, Gaston Ramon, découvrait que l’on pouvait, de manière préventive, inoculer directement aux humains la toxine rendue inactive avec du formol. Tel fut l’ancêtre du vaccin antidiphtérique que nous avons tous reçu, et qui a permis d’éradiquer complètement cette maladie, du moins dans les pays développés. C’est encore Yersin, qui a isolé en 1894 en Indochine le microbe de la peste, et a mis au point avec l’Institut Pasteur un sérum antipesteux. Calmette et Guérin ont mis au point en 1921 le vaccin contre la tuberculose. Il leur a fallu treize ans pour obtenir une souche inoffensive du bacille de Koch, appelé ainsi en référence au grand microbiologiste allemand qui avait isolé le microbe de la tuberculose. Cette souche, ou BCG, a été le vaccin le plus utilisé au monde. Il a contribué, avec les progrès de l’hygiène et les traitements antibiotiques, à faire reculer la tuberculose, qui au début du siècle tuait en France 150 000 personnes, dont une majorité d’enfants. Cette maladie n’a pourtant pas disparu, ni de notre pays, ni de la surface du globe… La tuberculose qui fait encore chaque année environ 700 victimes en France sur environ 7000 nouveaux cas, est responsable de la mort de deux millions de per- sonnes dans les pays en voie de développement : avec le sida dont elle est une maladie opportuniste, et le paludisme, elle constitue un des trois grands fléaux actuels de l’humanité. L’échec de son éradication est dû, d’une part, au fait que le BCG n’est pleinement efficace que chez les nouveau-nés et pour les formes graves de la maladie ; d’autre part, à l’apparition de souches résistantes aux antibiotiques : 5% des cas de tuberculose sont aujourd’hui résistants à deux antibiotiques, et 0,5% résistent à tous les antibiotiques. C’est pourquoi l’Institut Pasteur se mobilise à nouveau sur ce sujet. Qu’en est-il de la recherche sur le sida ? Avec la récente attribution du prix Nobel de médecine aux professeurs Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier qui, en 1983, ont isolé le virus responsable du sida à l’Institut Pasteur, la primauté de Louis Pasteur (1822-1895). Photo colorisée. ‘‘ » La tuberculose fait encore chaque année 700 victimes en France © Roger-Viollet notre rôle dans ce domaine est enfin officiellement reconnue. La découverte du virus VIH-1, puis celle, en 1985, d’un deuxième virus, VIH-2, ont permis la mise au point des tests de diagnostic. Ceux-ci ont arrêté la contamination par transfusion sanguine dans les pays développés. Ils ont également rendu possible la découverte, par d’autres équipes, de médicaments antiviraux. Mais l’épidémie continue de se propager sans que pour l’instant la recherche d’un vaccin efficace n’aboutisse, malgré les moyens considérables que l’Institut Pasteur et de nombreuses autres institutions y ont consacrés depuis vingt-cinq ans. C’est pourquoi il a été décidé, lors du dernier Congrès international sur le sida, de revenir à la recherche fondamentale. Quel domaine est aujourd’hui particulièrement porteur d’espoir ? Il est impossible de les énumérer tous. La biologie moléculaire, née, pour une bonne partie, à l’Institut Pasteur, et qui a valu le prix Nobel en 1965 à André Lwoff, Jacques Monod et François Jacob, a constitué une avancée incontestable pour comprendre les mécanismes de la différenciation cellulaire. Elle offre donc des perspectives dans la lutte contre le cancer, qui est une dérégulation cellulaire, et a également permis d’explorer d’autres champs. Comme la biologie du développement, domaine dans lequel des découvertes sur l’origine de la surdité viennent d’être effectuées, ou la neurobiologie avec la récente caractérisation de cellules souches qui seraient capables de régénérer les neurones. L’Institut Pasteur est très avancé sur le paludisme, ainsi que sur les vaccins thérapeutiques contre le cancer, non pour prévenir la tumeur, mais pour la traiter en stimulant le système immunitaire. Enfin, la génétique de la prédisposition aux maladies infectieuses est une approche nouvelle et très prometteuse. Propos recueillis par Laurence Paton L’INSTITUT PASTEUR, DE LA RAGE AU CHIKUNGUNYA PAR MAXIME SCHWARTZ 27 janvier 2009, 18h30 – 20h Site François-Mitterrand – Grand auditorium Chroniques de la BnF - n°47 - 17



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