Chroniques n°46 nov/déc 2008
Chroniques n°46 nov/déc 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de nov/déc 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : Seventies, le choc de la photographie américaine

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Conférences > Fenêtres sur les arts numériques et le Net art Plusieurs manifestations de la BnF mettent à l’honneur, entre le 9 et le 14 décembre, les expressions artistiques développées à partir des nouvelles technologies. Le colloque international Artmedia X Paris 2008 réunira des réflexions autour de l’éthique et de l’esthétique de la communication technologique. Organisée par Mario Costa, professeur d’esthétique à l’université de Salerne (Italie), et Fred Forest, artiste et professeur émérite à l’université de Nice, cette dixième édition clôturera un cycle de travaux commencé il y a vingt-cinq ans. Entretien. Chroniques : Pourquoi avoir créé Artmédia, un projet scientifique dédié aux rapports entre technosciences, philosophie et esthétique, il y a déjà vingt-cinq ans ? Mario Costa : J’avais compris que les néotechnologies, dont à l’époque on pouvait simplement imaginer l’avènement, annonçaient un bouleversement radical, entre autres, de l’art et de l’esthétique, et qu’il fallait y réfléchir de façon philosophique. J’ai alors conçu un projet scientifique, partagé entre des artistes, des spécialistes de l’esthétique et des philosophes, qui avait vocation à se poursuivre dans le temps pour mieux saisir les mutations à venir. Les artistes d’aujourd’hui ont-ils encore la possibilité d’exercer cette capacité de « symbolisation » retenue depuis l’origine de l’art comme l’une de ses fonctions spécifiques ? M.C. : Je crois que dans notre monde c’est tout l’univers du symbolique qui se trouve dans une crise profonde et peut-être irréversible. La pensée symbolique a été effa- JOURNÉE D’ÉTUDE : « À LA DÉCOUVERTE DE L’ART NUMÉRIQUE ET DU NET ART : LE WEB MATÉRIAU DE CRÉATION » mardi 9 décembre 2008, 9h30-18h Site François-Mitterrand, petit auditorium Historiens, critiques, artistes et enseignants se réuniront afin de faire découvrir ou mieux connaître les œuvres, multimédia et informatiques, présentées sur support ou via Internet. Ils s’interrogeront sur les différentes formes que revêt la création sur ce nouveau matériau qu’est le web : quels outils pour quelles propositions artistiques se développent sur le réseau aujourd’hui ? Des mouvements artistiques y sont-ils lisibles ? S’y dégage-t-il des œuvres « majeures » ? Quelles correspondances l’art numérique et le Net art établissent-ils avec les formes d’art qui leur préexistent ? 22 - Chroniques de la BnF - n°46 La Corrida de l’art sur Second Life, création de Fred Forest. COLLOQUE ARTMEDIA Sous la direction de Mario Costa et Fred Forest 12 décembre 2008 site François-Mitterrand, petit auditorium. 13 décembre 2008 Institut national d’histoire de l’art, site Richelieu, auditorium cée par l’omniprésence de la télévision, par le mercantilisme, par les mœurs politiques, par le fait que nous ne som mes plus dans une quelconque culture mais dans un « bloc communicant technologique » qui existe en dehors de nous et qui l’emporte sur nous et sur nos desseins. Je ne crois pas que les artistes puissent faire grand-chose dans cette situation. Fred Forest : J’ajouterai que, à un moment où notre société est en crise et en recherche de sens, les valeurs symboliques produites par les artistes ne peuvent pas continuer à rester prisonnières des manipulations du marché et d’une création répondant essentiellement aux lois d’un marketing orchestré par la puissance économique. Un questionnement critique s’impose et notre colloque est l’occasion de réfléchir à la fonction de l’art dans le monde de demain. C’est aux artistes de prendre leurs responsabilités et d’agir. Le rôle des artistes peut être très important dans l’avenir s’ils prennent en charge leurs responsabilités dans la société. Ils peuvent être reconnus comme des producteurs de biens, dont le rôle est de faire réfléchir. Fred Forest, on vous a dit « pionnier expérimentateur de l’art vidéo », vous pratiquez aujourd’hui le Net art… quel est votre parcours ? F. F. : J’ai d’abord été peintre, et j’ai rapidement pris conscience de la difficulté inhérente à ce mode d’expression aujourd’hui. À partir du moment où un tableau est terminé ou signé, il est mort ! Notre époque est caractérisée par l’instabilité, la mobilité : c’est manifeste dans toute la cyberculture qui existe dans et par le flux : de données, de réseaux… Dès 1968, j’ai orienté ma pratique artistique vers le champ des nouveaux medias et des technologies de la communication. Je conçois aujourd’hui des environnements participatifs et interactifs qui associent informatique et vidéo. Chaque fois qu’apparaît une nouvelle technologie, elle a un impact et modifie les formes de communication. C’est ainsi que je me suis intéressé à Second Life et que j’y participe. La question, pour tout artiste, c’est de trouver l’adéquation à la sensibilité du moment, d’inventer de nouvelles formes qui vont correspondre à « l’instant T ». J’ai également créé le Webnet museum, qui est un outil critique dans mon rapport de forces au système de l’art : l’artiste peut ainsi prendre son destin en main, il crée ses propres réseaux, ses circuits de diffusion, de monstration, sans dépendre d’aucun pouvoir politique ou culturel. (www.webnetmuseum.org) Propos recueillis par Sylvie Lisiecki et Marie Saladin Dernier ouvrage paru : Art contemporain et internet. Imaginaire mode d’emploi, F. Forest, Editions du Cercle d’art, 2008.
Collections > Trois xylographes japonais entrent au département des Manuscrits BnF/Dpt des Manuscrits Le département des Manuscrits a acquis en 2008 trois xylographes japonais de textes classiques illustrés, qui sont étroitement liés à des manuscrits présents dans les collections. L es xylographes extrême-orientaux, livres imprimés à l’aide de planches de bois gravées en relief à partir d’un modèle en écriture manuscrite, son entrés dans les collections de la Bibliothèque nationale à partir de la fin du XVII e siècle. L’aspect exotique de l’écriture et l’apparence calligraphique du texte, où le mouvement du pinceau semblait encore se lire, ont conduit, à cette époque, à rattacher ces imprimés aux manuscrits orientaux. Ils ont été ainsi tout naturellement intégrés à la section des manuscrits dans les premiers classements des collections de la Bibliothèque. Heureuse orientation qui permet aujourd’hui de réunir, au sein du département des Manuscrits, trois xylographes des XVII e et XVIII e siècles nouvellement acquis, avec les manuscrits enluminés de la même époque qui leur sont apparentés. Il s’agit de textes classiques, imprimés pour la première fois au XVII e siècle : le célèbre Genji monogatari (Dit du Genji, réédition de 1654), roman de cour dont l’année 2008 consacre le millénaire de la rédaction, le Kokon chomonjû (Histoires entendues de jadis et naguère, réédition de 1770), recueil d’anecdotes édifiantes rédigé en 1254 et imprimé pour la première fois en 1691, et En haut : Genji monogatari. En bas : Kokon chomonjû. l’Ikoku monogatari (Récit des pays étrangers, réédition de la première édition de 1658), sorte d’encyclopédie illustrée des peuples étrangers à la Chine, traduite du chinois. L’essor de la xylographie Ces trois xylographes sont les témoignages émouvants des premières diffusions véritablement publiques de ces grands textes, dont ils fixent la forme et propagent l’iconographie. La publication de ces titres très variés s’est faite dans un contexte de grande prospérité, au début de la période féodale des shôgun Tokugawa (1603-1868). La xylographie, jusqu’alors restreinte à la reproduction de textes religieux, connaît un plein essor, galvanisée par le foisonnement des recherches sur les textes, l’appétit de savoir d’un public lettré toujours plus large, et le succès incontesté de la littérature illustrée. Ce développement ne contribua pourtant pas à éteindre la culture manuscrite, toujours vivace, comme en témoigne la production très active de ces mêmes textes sous forme de manuscrits enluminés, dans le genre des Nara ehon, livres de luxe produits à la main pour la riche bourgeoisie ou l’aristocratie guerrière, et dont le département des Manuscrits possède plusieurs titres. La publication particulièrement remarquable en 1650 du texte intégral du Dit du Genji en 60volumes résulte d’un travail monumental d’édition du texte et de conception des 226 illustrations tirées de la tradition classique, réalisé par Yamamoto Shunshô dans le but d’en faciliter la lecture. Cette édition a fait référence, et a servi, par exemple, de source iconographique au Nara ehon des mêmes années 1650 de la collection Smith-Lesouëf, conservé au département des Manuscrits. Les deux autres acquisitions concernent des rééditions d’ouvrages publiés pour la première fois au XVII e siècle. Le Kokon chomon jû est un recueil d’anecdotes édifiantes (setsuwa) composé par Tachibana no Narisue en 1254. 726 histoires sont regroupées en 30 sections présentées en ordre chronologique ; avec les Histoires qui sont maintenant du passé et les Contes d’Uji, cet ouvrage représente l’un des trois grands recueils de setsuwa de la littérature japonaise. Les comparaisons d’exemplaires mettent en évidence la parenté certaine de ce xylographe imprimé pour la première fois fin XVII e siècle avec le Nara ehon du musée Cernuschi, daté du début du XVIII e siècle, et comportant également 76 illustrations qui y prennent vraisemblablement leur source. L’Ikoku monogatari enfin, apparaît comme une petite encyclopédie présentant 137 pays étrangers à la Chine, à la fois réels et imaginaires, illustrée en noir avec des rehauts de couleurs à la main ; il s’agit d’extraits, traduits en japonais, des livres 12 à 14 de l’encyclopédie chinoise Sansai zue (1607). Comme le précédent, ce xylographe est étroitement lié au Nara ehon Ikoku monogatari de la collection Smith-Lesouëf conservé au département des Manuscrits, qui présente une version manuscrite et richement enluminée du texte avec ses illustrations. La parenté frappante de ces xylographes avec les Nara ehon qui leur sont contemporains ouvre toute une série de questions sur l’interpénétration des cultures manuscrite et imprimée dans l’histoire du livre japonais. Ces trois ouvrages sont en cours de numérisation et seront consultables dans leur intégralité sur Gallica 2, ainsi qu’à partir de la notice dans la base Archives et manuscrits, permettant peutêtre, à l’heure du numérique, de féconds et nouveaux rapprochements d’exemplaires. Véronique Béranger Chroniques de la BnF - n°46 - 23



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