Chroniques n°46 nov/déc 2008
Chroniques n°46 nov/déc 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de nov/déc 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : Seventies, le choc de la photographie américaine

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Conférences > Les ateliers du livre Où il est question de machines à rêves À raison de trois rendez-vous par an, les ateliers du livre organisés par le département Littérature et art de la BnF proposent des journées d’études sur l’histoire du livre. Entretien avec Jean Guillemain et Mikaël Nichanian, co-organisateurs de cette manifestation. Quel est le thème retenu pour le prochain atelier du livre ? J.G. : Il était très tentant de consacrer le prochain atelier du livre à l’imaginaire, tant ses relations avec l’écriture sont profondes. La journée d’étude du 25 novembre cherche à cerner l’influence de l’écriture scientifique, sacrée ou littéraire sur notre imagination, en réunissant des spécialistes venus d’horizons très divers qui proposeront leurs réflexions sur le thème de l’imaginaire du livre. Cette journée d’étude n’est pas consacrée à l’image du livre dans les arts, mais à la culture du L’IMAGINAIRE DU LIVRE 25 novembre 2008, 10h -17h Site François-Mitterrand, petit auditorium 18 - Chroniques de la BnF - n°46 Gustave Doré, Don Quichotte lisant et envahi par les personnages de ses livres de chevalerie, 1863. BnF/Dpt des Estampes et de la photographie livre et à son influence sur notre imaginaire : elle fera appel à la philosophie, à l’histoire et à la psychanalyse pour cerner l’imaginaire social du livre et sa fonction dans la société ; en outre, elle abordera l’imaginaire de la création littéraire, du point de vue de l’écrivain, du réalisateur, de l’éditeur ou encore du comédien. D’où est venue l’idée de ce thème très général pour un atelier du livre ? M.N. : Le postulat de départ était que notre imaginaire est issu de l’écrit. Cependant, l’évolution des pratiques culturelles fait parfois craindre le passage d’une culture du livre à une culture de l’image, mais cette crainte est-elle fondée ? De fait, le livre, sous toutes ses formes, féconde l’imagination et en retour celle-ci invente de nouveaux livres, de nouveaux types de livres. Car si l’imagination est au cœur du processus littéraire, à rebours la littérature hante notre inconscient et, plus profondément, notre imaginaire collectif. En France, des auteurs comme Michel Foucault, dans son Histoire de la sexualité, ou Roland Barthes, dans Mythologies, permettent de mesurer combien l’impact de la culture livresque sur nos pratiques sociales est déterminant et combien nous sommes Ces deux journées de rencontres réuniront différents acteurs du livre de jeunesse venus de toute l’Europe. À travers les interventions et les échanges, des auteurs, éditeurs, traducteurs, chercheurs, bibliothécaires et enseignants engageront une réflexion sur le rôle que la littérature pour la jeunesse a joué, joue et pourrait jouer dans la construction d’une culture commune. Ils envisageront des perspectives de collaborations. Qu’en est-il de la connaissance mutuelle des livres pour enfants des différents pays ? Comment la développer ? Pourquoi ? enfermés dans un imaginaire du livre qui sature notre perception du réel. Sous quel angle l’imaginaire littéraire sera-t-il abordé ? M.N. : Comme les jeux de rôle ou de hasard, le livre peut être source de forte dépendance pour l’imagination. Don Quichotte, grand lecteur de romans de chevalerie, vit les exploits imaginaires de ses héros et en oublie le monde. Happé par la « machine à rêves » qu’est le roman, il en vient à croire à la réalité de la fiction. Cherchant à imiter le roman dans la vie, il tombe dans la folie. Dans un tout autre genre, Emma Bovary s’évadera du réel par la lecture, et son auteur, Flaubert, dira écrire « pour ne pas vivre ». « Le monde est fait pour aboutir à un beau livre », aimait à dire Mallarmé. L’imaginaire du livre est donc multiple : partant du livre juridique ou sacré, dépositaire d’un savoir, et qui est source d’un pouvoir, l’humanité découvre le livredivertissement, le livre-rêve. Aujourd’hui, le livre-savoir occupe toujours une place centrale, mais ce n’est plus lui qui est sacralisé ; désormais la littérature occupe ce rôle de livre sacré qui donne accès à l’Autre. Propos recueillis par Sandrine Le Dallic Rencontres européennes de la littérature pour la jeunesse En parallèle à l’exposition Babar, Harry Potter et Compagnie. Livres d’enfants d’hier et d’aujourd’hui, ces rencontres se tiendront les 27 et 28 novembre 2008 à la BnF. Ce seront les questions abordées dans un premier temps, pour poser les bases d’une réflexion sur les notions de dialogue interculturel et d’identité. Le second temps sera consacré à la comparaison des pratiques de promotion du livre et de la lecture. On envisagera les possibilités de développer des actions communes en s’appuyant sur plusieurs exemples de dispositifs institutionnels, de projets et de réalisations en cours. Réagissez sur le blog de l’exposition : blog.bnf.fr
© Pascal Lafay/BnF Le Dansoir, pour la Saison d'hiver sur le parvis de la BnF. Danse sur le parvis Chroniques : Quelle est l’histoire de cette scène nomade avec votre compagnie ? Karine Saporta : Après avoir eu la chance de travailler dans les théâtres les plus prestigieux, tels que le Kirov à Saint- Pétersbourg, la Comédie-Française, Chaillot ou le Théâtre de la Ville à Paris, j’ai eu envie de tenter une expérience d’un autre type. J’ai toujours beaucoup fantasmé autour du monde du cirque que j’ai fréquemment évoqué dans mes spectacles, comme, récemment, Wild où trois chevaux sont intégrés à la chorégraphie : ces créations sont comme autant d’échappées en direction des arts nomades. Plutôt que de chercher à installer ma compagnie dans un théâtre « classique », je réalise ici un rêve. J’ai conscience d’inventer un projet qui me ressemble. Libre, « sauvage » même au sens le plus noble du terme. Un projet raffiné pourtant, né du désir de faire fusionner l’énergie du corps et celle de l’esprit. Ce Dansoir sur le parvis de la BnF, je l’ai tout de suite identifié à un « Pensoir ». Vous êtes, à l’instar des artistes de la Renaissance ou de la période baroque, toujours à l’affût des rencontres, des voyages et des croisements. Quels sont vos projets, en particulier ceux que vous offrirez au public de la BnF ? Je défends l’idée que la danse, pour gagner sa place au côté des autres arts et dans la culture générale, doit se constituer une histoire, laisser des traces. C’est pourquoi je souhaite à terme travailler sur les archives chorégraphiques et musicales de la BnF. Grâce au Dansoir, je réalise un autre rêve : permettre à la danse et à la musique vivante de dialoguer à nouveau. J’entends Pour la deuxième saison, le site François-Mitterrand accueille sur son parvis un curieux édifice, tout de bois, de miroirs et de velours rouge : le Dansoir de la chorégraphe Karine Saporta. y créer des œuvres accompagnées par des ensembles musicaux, des musiciens, des chanteurs, en évitant le plus possible la musique enregistrée. J’aimerais faire du Dansoir un petit théâtre musical. La deuxième orientation artistique du Dansoir concerne le rapport entre les corps et le livre. J’ai toujours aimé « mettre en corps les mots » : j’ai l’intention de poursuivre cette aventure au Dansoir, essentiellement à partir d’œuvres qui n’ont pas été écrites pour le théâtre – littéraires, philosophiques, historiques ou même scientifiques. Ma prochaine création A… comme Alice s’inspire des écrits de Lewis Caroll. Elle fera écho à l’exposition qui sera présentée toute la saison dans les salles de la BnF : Babar, Harry Potter et Compagnie. Livres d’enfants d’hier et aujourd’hui. Pour la BnF la préoccupation du patrimoine, de sa conservation et de sa diffusion est essentielle. Quelles sont les traces laissées par une compagnie comme la vôtre ? Elles peuvent être nombreuses. Encore faut-il que nous disposions de moyens pour mettre en œuvre efficacement la conservation de nos pièces. Je lance ici un appel. Notre présence à la BnF pourrait être l’occasion de réunir un groupe de travail comprenant des chercheurs, des écrivains, des documentalistes, des spécialistes de l’image et du numérique pour élaborer autour de la création d’une nouvelle œuvre tout un ensemble de réflexions, d’analyses, de références, d’images à insérer dans une banque de données. Il importe de créer les conditions d’une lecture approfondie des œuvres chorégraphiques pour le public d’aujourd’hui et de demain. Si l’on veut que la vie des œuvres se perpétue à tra- vers leur reprise par les générations à venir, il faut rendre possible une réelle compréhension des différentes méthodes utilisées par les chorégraphes. Karine Saporta, vous êtes une des figures les plus marquantes de la danse contemporaine en France et dans le monde, et au-delà, une artiste reconnue… aujourd’hui, comment voyez-vous votre rôle dans la cité ? Plus que jamais, je considère mon rôle dans la cité de manière romantique. Le romantisme a été, au XIX e siècle, une réaction très saine du milieu intellectuel et artistique à un matérialisme émergeant sous une forme encore historiquement inédite. Nous vivons aujourd’hui une mutation, très semblable à mon sens à celle qui s’est fait jour dans le monde industrialisé du XIX e siècle, ou à celle qui s’est produite à la fin des années 1960 au moment de l’arrivée de l’informatique et de la transformation des moyens de communication. À chaque avancée des valeurs matérialistes, une flambée idéaliste et un regain d’intérêt pour « l’immatériel » ont semblé se produire. Il en va tout autrement de la déferlante matérialiste actuelle, avec un désinvestissement de la quête existentielle. Il faut redonner à l’art, à son entreprise et à son projet, une étincelle que ne puissent éteindre « les eaux glacées du calcul égoïste » dont parle le très romantique jeune Marx au début de L’Idéologie allemande. La morosité, la froideur et le cynisme ne sont pas des valeurs avantgardistes, même si elles sont celles qu’affichent le monde de l’art et son marché. Chercher à propager comme une nouvelle ardeur romantique… peut-on appeler cela jouer un rôle dans la cité ? Propos recueillis par Jean-Loup Graton Chroniques de la BnF - n°46 - 19



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