Chroniques n°46 nov/déc 2008
Chroniques n°46 nov/déc 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de nov/déc 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : Seventies, le choc de la photographie américaine

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > Chefs-d’œuvre de l’ukiyo-e Le département des Estampes et de la photographie de la BnF expose à Richelieu la partie la plus précieuse de son fonds japonais. Résultat : un panorama d’ensemble de l’ukiyo-e qui, à travers une sélection de cent cinquante œuvres rarissimes des plus grands maîtres de l’estampe, présente l’évolution de cet art depuis son apparition à la fin du XVII e siècle, jusqu’au milieu du XIXe. Dans son ouvrage Ukiyo monogatari (« Contes du monde flottant ») le romancier japonais Asai Ryôi (1612-1691) expliquait : « […] vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la Lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable, […], dériver comme une calebasse sur la riviè re, c’est ce qui s’appelle ukiyo. » Le mot est composé de deux caractères : yo, le monde, et uki, flottant au sens de fluctuant, éphémère. « Au départ, ce terme avait une connotation bouddhique et signifiait l’impermanence des choses, par opposition au monde sacré immuable », souligne Gisèle Lambert, commissaire de l’exposition avec Jocelyn Bouquillard. « Puis, par un glissement de sens, il en vint à qualifier le monde des plaisirs ». L’essor de l’ukiyo-e Le suffixe e signifiant image, l’ukiyo-e est la représentation de ce monde éphémère et quotidien. L’apparition de cet art est inséparable de l’essor de la société marchande à l’époque d’Edo (ancien nom de Tôkyô), quand, au début du XVII e siècle, la dynastie des shoguns Tokugata y installa un gouvernement militaire qui assura au pays, jusqu’alors déchiré par les luttes de clans, deux siècles et demi de paix et de prospérité. L’empereur, qui n’avait qu’un rôle de prestige, résidait alors à Kyôtô. La nouvelle bourgeoisie fortunée d’Edo, exclue de la culture aristocratique, créa ses théâtres et son quartier de plaisir, le célèbre Yoshiwara. Pour annoncer les spectacles de kabuki ou de sumo, vanter la beauté des courtisanes des « maisons vertes », des hôtesses de maisons de thé et des geishas à la fois musiciennes, danseuses, chanteuses et charmeuses, il fallait des images aisément reproductibles, ce que permettait la technique de la gravure sur bois ou xylographie. « Il s’agissait de faire de la publicité, non seulement pour ces théâtres et lieux de plaisir, mais également pour les nouvelles soieries lancées par les plus belles femmes de l’époque, sortes de top models d’alors, ou encore le saké de telle ou telle maison », ajoute Gisèle Lambert. À côté de ces estampes diffusées parfois à plusieurs milliers d’exemplaires - Edo 16 - Chroniques de la BnF - n°46 Kitawaga Utamaro, Douze activités manuelles féminines. La coiffeuse, vers 1798-1799. devant compter près de un million d’habitants au XVIII e siècle, d’autres plus confidentielles et luxueuses (surimono) étaient commandées aux artistes par des clubs d’amateurs. Comme ces images de calendriers (egoyomi) dont la Beauté sautant dans le vide depuis le balcon du temple Kiyomizu, dessinée par Harunobu en 1765, est une merveilleuse illustration : suspendue à son ombrelle, une jeune fille vole dans un déploiement d’étoffe en mouvement ; dans les plis de son kimono sont dissimulés, comme autant de motifs décoratifs en forme de coquillages, les chiffres désignant les mois longs de la nouvelle année lunaire. Autre expression de ces jeux d’esthètes raffinés, les estampes parodiques (mitate) transposant dans le monde contemporain des personnages et thèmes historiques ou légendaires qu’un indice permettait aux éru- dits de deviner. Portraits d’acteurs, de lutteurs de sumo, de femmes – courtisanes, mères de famille, ou travailleuses – célébrées notam ment par Utamaro, génie de l’ukiyo-e ; scènes érotiques ou shunga (image de printemps) représentant jusqu’à un tiers de la production de certains artistes ; natures mortes des surimono : les sujets étaient variés, mais il fallut attendre le XIX e siècle pour que le paysage constitue un thème à part entière des estampes. Suzuki Harunobu, Beauté sautant dans le vide depuis le balcon du temple Kiyomizu, 1765. Un art en mouvement « L’art de l’ukiyo-e, confronté notamment à une série d’édits de censure, qui interdisent successivement de publier des shunga, de mentionner l’identité des courtisanes, et enfin de représenter des grands portraits en buste, commençait à marquer le pas. Hokusai, puis Hiroshige en renouvelèrent les thèmes », note Jocelyn Bouquillard. Au début des années 1830, Hokusai, alors septuagénaire, innova en publiant une suite d’estampes, entièrement consacrées au paysage, Les Trente-Six Vues du mont Fuji, inaugurant un nouveau BnF/Dpt des Estampes et de la photographie
Hokusai, Les Trente-Six Vues du mont Fuji (vers 1829-1833), 3 e vue : l’orage sous le sommet de la montagne. pigment chimique, le bleu de Prusse, tout récemment importé au Japon via la Hollande, seul pays autorisé alors à commercer avec l’archipel. La série obtint un tel succès que l’éditeur commanda dix planches supplémentaires à l’artiste. Trois ans plus tard, Hiroshige, plus jeune d’une généra tion, fit paraître sa fameuse série des Cinquante Trois Relais du Tôkaidô, du nom de la route reliant Edo à Kyôto. À la fin de sa vie (1858), l’émule le plus doué de Hokusai tiendra à publier également sa version des Trente-Six Vues du mont Fuji. « S’il existait une émulation entre les deux artistes, ils étaient cependant différents, souligne Jocelyn Bouquillard ; Hokusai, plus mystique et mû par une quête spirituelle ; Hiroshige, plus poétique et sensible à la beauté éphémère de la nature et à ses variations. » Des œuvres d’exception Le parcours à la fois chronologique et thématique de l’exposition, soutenu par un catalogue extrêmement documenté et érudit, illustre l’évolution des techniques et des formes. Des premières estampes monochromes à l’encre de chine de Moronobu, mort en 1694 et considéré comme le fondateur de l’ukiyo-e, aux gravures polychromes, ou images de brocart, mises au point en 1767 par Harunobu, l’ukiyo-e ne cessa d’évoluer vers un raffinement extrême : couleurs chatoyantes, fonds micacés, marbrés, gaufrage, poudre d’or et d’argent. La richesse, en qualité, en chefs-d’œuvre et en rareté (au total 6 000 estampes et livres illustrés), du L’ESTAMPE JAPONAISE, IMAGES D’UN MONDE ÉPHÉMÈRE 18 novembre 2008 - 25 février 2009 Site Richelieu, Galerie Mazarine, Crypte Commissariat : Gisèle Lambert, conservateur en chef honoraire au département des Estampes et de la photographie et Jocelyn Bouquillard, conservateur au département des Estampes et de la photographie En partenariat avec Paris-Obs Catalogue sous la direction de G. Lambert, 340 p, 39 € Utagawa Toyokuni, L’acteur Sawamura SôjûrôIII dans le rôle de Gengobei, 1798. Hiroshige, Série « Grands Poissons », « Langouste/crevettes », Vers 1832. fonds japonais du cabinet des Estampes créé dès 1843, permet de prendre, à travers les 150 œuvres exposées aujourd’hui, souvent rarissimes, parfois uniques, la mesure de cet art sans ombre, qui fascina l’Occident et influença nombre de ses artistes, dont les impressionnistes et les nabis. Parmi les trésors sortis de la Réserve du département des Estampes : ‘‘ Se livrer tout entier à la contemplation de la Lune, de la neige… » un album de dix mètres ayant appartenu à un lettré du XVIIIe, Kizan, contenant 439 surimono réalisés par 30 artistes célèbres, comme Hokusai et Shunman, dont quelques pages ont été dépliées. Autre trésor exposé pour la première fois, Le Rouleau de la manche de Kiyonaga (vers 1785), série de douze planches horizontales de format hashira-e (très étroit : environ 125x700 mm), chef-d’œuvre de la gravure érotique japonaise, dont le titre évoque les petits rouleaux peints pouvant être glissés dans la manche du kimono. Laurence Paton Chroniques de la BnF - n°46 - 17



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