Chroniques n°46 nov/déc 2008
Chroniques n°46 nov/déc 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de nov/déc 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : Seventies, le choc de la photographie américaine

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > Génération 70 Le choc de la photographie américaine La BnF expose trois cents photographies américaines prises dans les années 1970. Issues de son fonds, elles attestent de la liberté, de l’audace et de l’inventivité d’une génération. En 1971, la Bibliothèque nationale répercutait en ses murs le bouillonnement créatif de la génération américaine émergente. L’exposition Photographie nouvelle des États-Unis présentait des artistes alors peu connus : Diane Arbus, Lee Friedlander, Garry Winogrand,… dont l’influence sur la photographie contemporaine allait se révéler considérable. Pour le département des Estampes, cette manifestation marquait l’ouverture de sa collection à la photographie étrangère. Aujourd’hui, la BnF conserve notamment trois mille photographies en provenance des États-Unis. Trois cents d’entre elles ont été sélectionnées en vue de l’exposition. Il s’agit d’épreuves argentiques, en noir et blanc (prédominant en ce temps), 12 - Chroniques de la BnF - n°46 Burk Uzzle, USA Coney Island, 1971. dues à des artistes renommés ou moins réputés. Ces tirages d’époque sont regroupés en six séquences thématiques. Six jalons d’une exposition qui n’est pas historique, mais plastique : elle invite à un parcours qui permet d’observer la façon dont les formes circulent et se répondent. Cette déambulation débute néanmoins par les précurseurs. Car Walker Evans, Robert Frank, Harry Callahan, Louis Faurer – aînés dont la nouvelle génération a souvent suivi l’enseignement – ont innové en tournant le dos aux pictorialistes et aux humanistes. Ils n’empruntent plus leur vocabulaire à la peinture et ne prétendent guère diffuser un message universel. Ils explorent les possibilités de leur propre médium. Walker Evans s’est émancipé de la tradition en poussant la photographie documentaire à un degré de dépouillement et d’objectivité inédit. Son credo: tout peut être photographié. Cette conviction guide également le très peu conventionnel Robert Frank. Avec eux, la notion de « sujet noble » est réduite à néant. Diane Arbus, figure emblématique des années 1970, emboîte le pas à cette sensibilité esthétique. Ses célèbres portraits révèlent le côté étrange, poignant des modèles qu’elle rencontre et prend le temps de côtoyer: essentiellement des marginaux, mais aussi des individus « dans le rang ». Jeffrey Silverthorne, qui photographie les corps à la morgue de New York, partage cette approche exempte de préjugés. BnF/Dpt. des Estampes et de la photographie
Créativité du snapshot Le snapshot est l’un des fils conducteurs de l’exposition : son incidence est grande sur le travail des artistes des années 1970 ! Maladroite et décomplexée, cette pratique d’amateurs multiplie les cadrages de travers, les superpositions de prises de vue, les coups de flashes incongrus… et, en tant que simple « photo souvenir », s’attache à des sujets anodins. La nouvelle génération intègre ses audaces, tout en étant capable de les maîtriser techniquement. À l’instar du portrait, la photographie de rue en est chahutée, ce dont témoignent les compositions bousculées d’un Garry Winogrand ou le travail de Leonard Freed, reporter qui œuvre sur les crimes et délits. Bill Owens, habitant d’une banlieue de Californie, met en scène – avec un humour décalé, mais dépourvu d’ironie – ses voisins et amis. Il croque d’inquiétantes vies minuscules qu’il accompagne d’une légende. L’impact du snapshot est patent sur la photographie autobiographique de Larry Clark, passé ensuite au cinéma. Ce passionné de l’adolescence vit à l’époque en communauté. La jeunesse marginale qui l’entoure, il la fixe en images débridées, avec une confondante liberté. Des expérimentations fécondes Au fil de ces transformations, le paysage change de statut également : de monumental et esthétisant, il devient minimal, quotidien, banal. Désormais, il se prête à la série. Lewis Baltz et Joe Deal braquent Jeffrey K. Silverthorne, Ugly Pat, 1972. Bill Owens, Série Suburbia, I enjoy giving Tupperware parties in my home…, 1973. leur objectif sur des tas de gravats en perturbant la perspective. Homme du constat, Baltz scrute l’extension de l’habitat urbain – monotone agrégat de lotissements – et son corollaire, la destruction de la nature. Lee Friedlander, quant à lui, plonge dans le fouillis végétal. Il cadre, découpe le désordre de la nature afin d’en extraire une structure. Autre volet, la photographie expérimentale que pratiquent les artistes attirés par le tirage, la matière, la forme. Ralph Gibson, par exemple, mène une recherche plastique sur les contrastes de noir et blanc et agence ses images, qui s’enchaînent en une étrange narration formelle, dans l’optique d’un livre photographique. La recherche de Joel Peter Witkin ou de SEVENTIES, LE CHOC DE LA PHOTOGRAPHIE AMÉRICAINE 29 octobre 2008 – 25 janvier 2009 Site Richelieu – Galerie de photographie Commissariat : Anne Biroleau, conservateur en chef au département des Estampes et de la photographie. En partenariat avec Métro, Les Inrockuptibles, FIP, Images Magazine ‘‘ Je suis persuadée que si je n’avais pas photographié certaines choses, personne ne les aurait vues » Diane Arbus Jerry Uelsmanns’oriente vers une exploration de l’imaginaire marqué du sceau du surnaturel et de l’onirisme, courants profonds de la culture anglo-saxonne. Pour extérioriser son univers hanté, Ralph Eugene Meatyard convoque sa famille et ses amis: il leur fait porter des masques en caoutchouc avant de les parachuter dans des endroits délabrés. « Quand Les Krims décide de déshabiller ses copains et de les placer dans un petit décor où ils font des gestes absurdes, l’idée de mettre en scène la photographie est encore peu usitée. Le portrait – compassé jusque-là – se métamorphose complètement: les photographes s’immergent dans les milieux marginaux et appréhendent leurs modèles en dehors de toute norme morale, avec une formidable spontanéité. La photographie de rue, de son côté, va déboucher sur une photographie de foules créative. L’époque est extrêmement féconde ! », souligne Anne Biroleau, commissaire de l’exposition. Balayant les stéréotypes, la génération des années 1970 affirme une superbe liberté. Elle aborde de nouveaux thèmes, façonne de nouvelles formes. Certaines de ses expérimentations, représentatives de ce temps, resteront sans suite. D’autres continuent d’exercer leur emprise sur les photographes d’aujourd’hui. Sabrina Weldman Chroniques de la BnF - n°46 - 13



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