Chroniques n°45 sep/oct 2008
Chroniques n°45 sep/oct 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de sep/oct 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : Expositions Babar, Harry Potter, Gaston Leroux

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Dossier > Gilles Duché Créateur d’espaces L’artiste peintre et décorateur de théâtre vient de faire don au département des Arts du spectacle d’un ensemble de 1500 maquettes de décors et costumes. Né en 1920, Gilles Duché a mené, parallèlement à son œuvre de peintre abstrait et de dessinateur, une activité de décorateur de théâtre. Les décors et les costumes de ce collaborateur et ami du metteur en scène Gabriel Monnet et de l’écrivain Michel Vinaver révèlent une approche originale de l’espace scénique, d’une modernité intemporelle. Au début des années 1950, à la demande de la direction de la Jeunesse et des Sports, Gilles Duché décore plusieurs spectacles en plein air produits par les stagiaires de l’Éducation populaire, mêlant comédiens amateurs et professionnels. C’est l’occasion pour lui de mettre en œuvre ses convictions artistiques : il réprouve le formalisme académique et peut ainsi s’engager dans une démarche authentique, éloignée des conventions officielles. Un théâtre à ciel ouvert Dans des sites à ciel ouvert qui imposent des contraintes particulières – ni envers ni endroit, une perception de la représentation différente pour les spectateurs placés aux quatre points cardinaux – Gilles Duché conçoit des décors et des costumes ancrés singulièrement dans l’espace. Il travaille avec le metteur en scène Gabriel Monnet pour Sainte Jeanne, de Georges-Bernard Shaw, pièce jouée devant le portail de la cathédrale de Sarlat en 1952: les costumes aux formes géométriques enthousiasment la critique. Puis c’est Hamlet, de Shakespeare, à Annecy, dans la cour du château des Ducs (1954), suivi d’Ubu Roi, d’Alfred Jarry (1955). Le projet de monter Les Coréens, de Michel Vinaver, en juin 1957, tourne court : dans une lettre inédite datée de février 2008, l’écrivain évoque l’affaire en ces termes: « Sur le site du chantier géant du barrage en terre de Serre-Ponçon dans les Hautes-Alpes, drainant des centaines d’ouvriers maghrébins, devait se jouer en juillet 1957 ma pièce Les Coréens. Les représentations, en plein air, devaient alterner entre la cité ouvrière et les places des villages en attente d’être submergées après la mise en eau de l’ouvrage. À l’origine de ce projet, les représenta- 24 - Chroniques de la BnF - n°45 tions de Hamlet de Shakespeare et de Ubu Roi de Jarry dans la cour du château d’Annecy, résultant de stages nationaux d’art dramatique et d’art plastique, dirigés par Gabriel Monnet et par Gilles Duché respectivement en 1954 et 1955. Jeune romancier, j’avais assisté au travail. Monnet m’avait commandé une pièce. Je lui envoie le manuscrit des Coréens. Monnet réagit: « Exactement ce qu’il faut pour Serre-Ponçon en 57 ! » ». Et Duché de s’atteler à la conception des Toute la mémoire du spectacle Tout à la fois bibliothèque, musée, centre de documentation et archives, accueillant costumes et maquettes de décors, affiches ou photographies de scène, le département des Arts du spectacle de la BnF préserve la mémoire de ces arts par essence éphémères. En 1920, Auguste Rondel, riche banquier marseillais, donne à l’État sa vaste collection consacrée aux arts du spectacle « dans le but de contribuer au développement des études relatives à l’histoire du théâtre et de faciliter les recherches aux érudits, aux critiques et aux étudiants ». Fruit d’une passion qui a occupé le collectionneur pendant près de quarante ans, de 1895 jusqu’à sa mort en 1934, l’ensemble regroupe des imprimés et des manuscrits, des coupures de presse et des estampes sur tous les spectacles, appréhendés selon les diverses phases de la création, du texte jusqu’à la réception, en passant par la mise en scène ou l’interprétation. Cette collection, à l’origine du département des Arts du spectacle, compte alors plus de 500000 documents ; elle est organisée PRÈS DE 500 FONDS D’ARCHIVES, SOUVENT REÇUS EN DON Quelques exemples : fonds André Antoine, Jacques Copeau, Louis Jouvet, Compagnie Renaud-Barrault, Yvette Guilbert, Edward Gordon Craig, Abel Gance, Marc Allégret, Roger Planchon, ou entrés récemment ceux du Théâtre du Soleil, de François Billetdoux, Yvette Chauviré… BnF/Arts du spectacle selon un classement méthodique, conservé aujourd’hui encore, qui découpe le spectacle vivant en grandes thématiques, théâtre français, danse, marionnettes, cirque… et comporte déjà des documents relatifs au cinéma, que la clairvoyance de monsieur Rondel l’avait incité à collectionner dès le début du XX e siècle. Une collection atypique Dès 1925, la collection est installée à l’Arsenal. En 1953, à l’instigation d’André Veinstein, est créée la section des « collections théâtrales » qui préfigure la fondation administrative du département en 1976. Trois ans plus tard, en 1979, la Maison Jean Vilar, annexe du département, voit le jour à Avignon. Fruit d’un partenariat tripartite entre la municipalité, la Bibliothèque nationale et l’association Jean Vilar, la Maison abrite les archives du célèbre fondateur du festival ainsi qu’une bibliothèque et une vidéothèque spécialisées. Fin 2004, le département des Arts du spectacle quitte l’Arsenal pour s’installer dans le quadrilatère Richelieu auprès des autres départements spécialisés. La politique documentaire qui régit aujourd’hui la collection, riche de plusieurs millions de documents, a conservé l’esprit de son fondateur. Toutes les formes d’arts du spectacle sont représentées : théâtre bien sûr, mais aussi danse, mime, music-hall, cirque, marionnettes,
20 km linéaires de collections 30 000 nouveaux documents chaque année spectacles de rue… ainsi que le cinéma, la radio et la télévision associées au genre dramatique dès leurs origines. Toutes les approches disciplinaires sont recherchées : historique, artistique, esthétique, littéraire… Les supports les plus divers voisinent dans les magasins: notes de mise en scène, dossiers de production, maquettes de décor, costumes, programmes, photographies de scène… Le manuscrit d’En attendant Godot de Beckett, entré en 2006 grâce au don généreux d’Annette Lindon, veuve de l’éditeur Jérôme Lindon, cohabite avec le costume de Sarah Bernhardt pour Theodora de Victorien Sardou, ou les décors peints de Max Ernst pour Judith, pièce de Giraudoux interprétée par la Compagnie Renaud-Barrault, ou encore avec les photographies de Fernand Michaud sur le Festival d’Avignon. Une politique active de valorisation Le département poursuit l’enrichisse ment de ses collections, par des acquisitions patrimoniales À gauche : Gilles Duché À droite : Maquette de costume pour Les Coréens, 1957. Papier journal découpé et gouache. costumes, dont il dirigera la confection au cours du stage national d’art plastique en 1956 à Annecy. Là-dessus tombe la décision d’interdire la programmation des Coréens, prise le 8 juin 1957, un mois avant l’arrivée à Serre-Ponçon des stagiaires venant de la France entière, par le Ministère de tutelle, l’Éducation nationale, Direction de la Jeunesse et des Sports. Que va-t-on faire ? Nous nous concertons Monnet, Duché et moi. Il leur paraît politiquement juste de substituer Antigone de Sophocle aux Coréens, me chargeant de rédiger des chœurs qui viendront en lieu et place des chœurs originaux, et Duché proposant d’habiller les personnages de la tragédie antique avec les costumes des Coréens, à quelques ajustements près. » Les maquettes, tracées à l’encre sur des collages de papier journal, et rehaussées de gouache épaisse, rendent bien comp- destinées à compléter les ensembles existants mais également par une nécessaire ouverture aux modes d’expressions théâtrales naissants et aux nouveaux supports documentaires. Il développe la visibilité de ses collections par le catalogage courant dans Bn-Opale+ et au travers d’un effort soutenu de conversions rétrospectives d’anciens fichiers, comme celui, tout récent, des tapuscrits de dramatiques radiophoniques et télévisuelles, catalogués dans Bn-Opale +. Depuis 2006, les inventaires de fonds d’archives du département sont consultables en ligne grâce au nouveau catalogue BnF archives et manuscrits. Par ailleurs, le département a réalisé, en partenariat avec d’autres institutions, la base de données du Répertoire des arts du spectacle qui permet d’identifier et de localiser partout en France les fonds patrimoniaux et ensembles documentaires ayant trait à l’histoire du spectacle. Le département coopère activement avec des institutions spécialisées dans le domaine du spectacle, comme le Centre national du costume de scène de Moulins ou le Centre national des arts du cirque. La salle de lecture de 26 places propose 3000 ouvrages et une vingtaine de titres de périodiques en libre accès ; en 2007, elle a accueilli quelque 10000 lecteurs, majoritairement des chercheurs, universitaires et journalistes mais aussi des praticiens du spectacle, – metteurs en scène, décorateurs, directeurs de théâtre – et des particuliers passionnés ou simplement désireux de retrouver la trace d’un aïeul comédien ou d’un chanteur lyrique. Une active politique de valorisation est menée pour faire BnF/Arts du spectacle te de l’intensité visuelle des costumes qui renforcent l’atmosphère dramatique de la pièce. Cette Antigone sera ensuite reprise dans une nouvelle mise en scène à Rennes, en 1962. D’autres spectacles suivront, L’Assemblée des femmes d’Aristophane pour le théâtre d’Auxerre en 1953, mis en scène par Jean Lagénie, ou encore, en 1958, Till Eulenspiegel deC. de Coster adapté par Jean- Claude Marrey. Pour les Fêtes et Jeux du Berry, en 1966, il décore Ivanhoé de Walter Scott, transforme les comédiens en figures armées mi-bêtes mi-hommes qui s’accordent à la sauvagerie puissante de la forteresse de Cluis-Dessous. Une œuvre originale et forte, dont l’ensemble de maquettes remis au département des arts du spectacle constitue un témoignage irremplaçable. Cécile Coutin Affiche de Constantin Belinsky pour Le Scandale, film de Marcel L’Herbier, vers 1934. connaître les collections, par des prêts à des expositions organisées par nombre d’institutions françaises et étrangères ou à l’occasion d’expositions à la BnF, telles celles consacrées à Sarah Bernhardt, à Gérard Philipe, ou cette année, aux Acteurs en scène, regards de photographes, qui rend hommage aux photographes ayant contribué à fixer l’éphémère de la création théâtrale. La rénovation du quadrilatère Richelieu constituera pour le département un atout supplémentaire: à l’horizon 2015, des espa ces de travail et de conservation plus adaptés et une salle de lecture calibrée, des magasins appropriés lui permettront de se concentrer sur sa vocation première, préserver la mémoire du spectacle. Véronique Meunier Après quatorze années à la direction du département des Arts du spectacle, Noëlle Guibert a fait valoir ses droits à la retraite en août dernier. Son successeur, Joël Huthwohl, arrivé à la tête du département le 1 er septembre, dirigeait auparavant la Bibliothèque-musée de la Comédie-Française. Chroniques de la BnF - n°45 - 25



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