Chroniques n°45 sep/oct 2008
Chroniques n°45 sep/oct 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de sep/oct 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : Expositions Babar, Harry Potter, Gaston Leroux

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Dossier > Ils sont écrivains, enfants ou épouses d’auteurs, collectionneurs, chercheurs, lettrés anonymes… Ils font don à la BnF d’archives ou de manuscrits, d’éditions rares, de partitions, de monnaies remarquables, contribuant ainsi à enrichir les fonds mis à la disposition des lecteurs. Marie-Pierre Laffitte et Marie-Laure Prévost, conservatrices au département des Manuscrits, sont au cœur de ce réseau de donateurs. Entretien. Chroniques : À quand remonte la tradition du don de manuscrits à la BnF ? M.-P. Laffitte : C’est une pratique très ancienne, qui remonte aux origines, c’està-dire à la fondation de la Bibliothèque royale à Blois, aux alentours de 1500. À cette époque, il était d’usage de faire présent au roi de manuscrits dédicacés. À partir du XVII e siècle, des princes et des aristocrates ont commencé à offrir des collections complètes, comme les comtes de Béthune, qui ont offert à Louis XIV toute leur bibliothèque de manuscrits en 1660. Il existe alors une ambiguïté entre le don au souverain, avec la connotation d’allégeance ou de vassalité qu’il peut comporter, et la volonté de conserver – et de sauvegarder – des trésors dans une bibliothèque nationale. Cette pratique s’est poursuivie au XIX e siècle ; des érudits, des collectionneurs faisaient don QUELQUES DONS ENTRE 2000 ET 2008 18 - Chroniques de la BnF - n°45 Chansonnier de Jean de Montchenu Partition et ornementation, vers 1475. département des Manuscrits : Coran, XIX e –début XX e siècle. Raymond Aron, œuvres, correspondance et papiers personnels. Robert Badinter, Discours sur l’abolition de la peine de mort. Émile Benveniste, papiers, correspondance et documents divers. Fonds Claude Bourdet. Jean-Pierre Changeux, manuscrit autographe de L’Homme neuronal, 1983 et dessins de Shirley Carcassone. Georges Clémenceau, œuvres et correspondance. René Etiemble, œuvres et correspondance. Fonds Halévy. Fonds Émile Henriot. Victor Hugo, brouillons et correspondances diverses. Jean Giraudoux, manuscrits et papiers. Vladimir Jankélévitch, correspondances et documents. Irène et Frédéric Joliot- Curie, œuvres et correspondance. Jacques Julliard, œuvres et dossiers. Alexandre Kojève, œuvres et correspondance, 1920-1967. Gaston Leroux, œuvres et correspondance. Paul et Victor Margueritte, œuvres et correspondance. Paul Meurice, correspondance. Paul Nizan, œuvres, correspondance, documents personnels. Frédéric Ozanam, œuvres et correspondance. Louis Pauwels, œuvres et correspondance. Jacques Perret, œuvres. René Rémond, papiers, œuvres et correspondance. Jean-François Revel, œuvres, correspondance et archives de presse. Léopold Sédar Senghor, poèmes Voir « Enrichissements du département des Manuscrits », Revue de la Bibliothèque nationale de France. de leurs bibliothèques entières mais aussi parfois de collections particulières : Henri de Rothschild a laissé à la BnF, outre la collection de livres de son père, environ 5000 autographes qui s’échelonnent du XIV e au XX e siècle. M.-L. Prévost: Il existe diverses formes de dons qui viennent enrichir nos collections. Les legs, et celui de Victor Hugo a été exemplaire : il a dès lors suscité dons, legs et donations de nombreux écrivains, de leurs héritiers ou de leurs ayants droit. Il arrive aussi que des mécènes nous aident à acquérir des pièces importantes. Ainsi, le baron Guy de Rothschild avait rendu possible l’achat du fonds Bernanos en 1978, les dons de l’Association des amis de la BnF nous ont permis d’acquérir de nombreux manuscrits, comme celui des Beaux Quartiers de Louis Aragon, les lettres d’amour de Gérard de Nerval, ou encore, plus récemment, certains manuscrits de Boris Vian. Les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand ou Le Voyage au bout de la nuit de Céline ont pu être acquis grâce à la générosité de donateurs ou au moyen de souscriptions. Parfois de grands collectionneurs nous offrent des pièces prestigieuses, ainsi Pierre Berès, avec l’édition corrigée de La Chartreuse de Parme. Qu’en est-il aujourd’hui ? M.-L.P. : La vocation encyclopédique de la Bibliothèque l’a conduite à s’ouvrir à des domaines de plus en plus divers, de l’ethnologie à la science-fiction en passant par le roman policier. Nous avons accueilli tout dernièrement les archives de Claude Lévi-Strauss, Jean Rouch, Germaine Tillion, de la collection « Terre humaine », ou encore de Pierre Boulle ou Jean-Patrick Manchette. Les dons de manuscrits par leurs auteurs n’ont jamais été aussi nombreux : Sylvia Baron-Supervielle, Marie Billetdoux, Michel Butor, Michel Chaillou, Noëlle Chatelet, Hélène Cixous, Jean Daniel, Marie Etienne, Dominique Fernandez, Pierre Guyotat, Michel Host, Jean Lacouture, François Nourissier, Erik Orsenna, Louis Oury, Patrick Rambaud, Jacques Réda, Pierre- Jean Rémy, Olivier Rolin, Clément Rosset, Jean-Christophe Rufin, Marcel Schneider, Frédéric Tristan… Certains nous remettent leurs manuscrits au fur et à mesure de leur création, parfois même avant la publication. Ainsi, la BnF devient-elle une sorte d’annexe de leur atelier et le lieu où se rencontrent les plus grands noms de la littérature, toutes générations confondues. M.-P.L. : Si les écrivains restent généreux de leurs œuvres, c’est moins le cas des collectionneurs de manuscrits BnF/Manuscrits
BnF/Manuscrits Les amis de la BnF Les modalités juridiques du don Le don manuel C’est le mode de don le plus fréquent. Il se réalise par la remise matérielle, la « tradition », de la main à la main, de l’objet donné par le donateur (de son vivant) au donataire. Aucun acte notarié n’est nécessaire. Ce don n’est valable qu’à la double condition que les biens puissent être remis matériellement, ce qui exclut les immeubles, et que le bénéficiaire l’accepte (par exemple, les précieux manuscrits et lettres de Max Jacob ou l’œuvre gravé de Louise Bourgeois). Les entreprises et particuliers peuvent par ailleurs effectuer au profit de la BnF des dons en nature ou en numéraire dans le cadre d’actions de mécénat, et bénéficier à ce titre d’avantages fiscaux. anciens. La valeur financière de ces documents a beaucoup augmenté, de ce fait ils sont souvent considérés comme un placement possible, et les collectionneurs dont les motivations sont purement bibliophiliques se font rares. Mais il existe aussi des amateurs passionnés, discrets et fidèles, qui offrent à la Bibliothèque des manuscrits qu’ils jugent dignes de nos collections: ainsi M. Henri Schiller est depuis plus de trente ans un mécène régulier et attentif du département des Manuscrits. On peut évoquer aussi Pierre Guérin-Ruben qui, la veille de sa mort, a donné à la BnF un merveilleux manuscrit enluminé du XIII e siècle. Ou encore ce chercheur californien qui, apprenant qu’il est interdit de faire sortir un manuscrit français du territoire sans L’Association des amis de la BnF poursuit depuis sa création en 1995 une politique active de mécénat. Ses dons permettent à la BnF d’acquérir de nombreuses œuvres. Quelques acquisitions : • Plusieurs manuscrits autographes de Boris Vian, Eugène Delacroix, Victor Hugo ainsi que celui d’André Breton et Philippe Soupault Les Champs magnétiques, d’une importance capitale pour les débuts du surréalisme• Des estampes d’Armand Seguin (2006)• Un ensemble d’images parisiennes du XVI e siècle de la rue Montorgueil (2005)• L’édition originale du Marteau sans maître de René Char, illustré d’une eau-forte de Kandinsky (2005)• Un portulan (carte marine des premiers navigateurs du XIII e au XVI e siècle) des côtes de la Méditerranée (2005)• Une eau-forte de Georg Baselitz (2003)• Un ensemble de 2000disques (collection Dumazert) (2003)• Les carnets de dessins d’Albert Flocon (2001) BnF/Manuscrits La donation notariée L’acte de donation est un acte authentique effectué devant notaire (par exemple celle de Robert et Sonia Delaunay ou celle des carnets d’artiste du peintre Hélion). Souvent le donateur en demeure usufruitier, c’est-à-dire qu’il reste possesseur des documents dont il peut jouir avant leur transfert à la bibliothèque. Le legs, fixé par testament Le testament est l’acte par lequel s’expriment les dernières volontés du testateur. Contrairement au don ou à la donation, cet acte prend donc effet au décès de son auteur. Les dernières volontés peuvent résulter soit d’un acte authentique – effectué par un notaire – soit d’un acte sous seing privé dit « olographe », rédigé, signé et daté de la main du testateur. Manuscrit de La Chartreuse de Parme de Stendhal (projet pour une deuxième édition), 1840-1841. Carnet manuscrit, Après les Tupi de Claude Lévi-Strauss. autorisation, continue d’acheter sur e-Bay ou sur catalogue ceux qui lui sont utiles pour ses recherches, et nous les fait parvenir ensuite. Quel regard portez-vous sur ces évolutions ? M.-L. P: Dans un monde de plus en plus mouvant, la BnF continue d’apparaître comme un lieu sûr et pérenne, inspirant, par son histoire, la confiance. Mais il est de nos missions de montrer que c’est aussi un lieu ouvert à la création contemporaine. Nous avons ainsi la chance d’établir des relations de travail avec auteurs ou donateurs ; et ceux-ci savent que nous aimons montrer autant que garder… Au demeurant, la Bibliothèque s’engage auprès du donateur, qui peut demander une réserve de communication sur telle partie du fonds jusqu’à une certaine date. Le métier de conservateur change lui aussi et doit s’adapter aux particularités de chaque fonds, qu’il soit clos ou ouvert, quelle que soit la diversité des supports, manuscrits autographes, sorties traitement de texte, photographies, enregistrements sonores, objets… Il nous faut aussi être le plus rapide possible dans le classement pour être en mesure de répondre très vite aux demandes des chercheurs qui apprennent par internet l’arrivée de ces fonds et pour mettre à leur disposition les richesses de ce patrimoine. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Chroniques de la BnF - n°45 - 19



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