Chroniques n°45 sep/oct 2008
Chroniques n°45 sep/oct 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de sep/oct 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : Expositions Babar, Harry Potter, Gaston Leroux

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 12 - 13  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
12 13
Conférences > Genre, mot masculin « Hommes, femmes… histoire du genre », un nouveau cycle de conférences. « Genre : mot masculin. Ensemble d’êtres ou d’objets présentant des caractères communs. » Selon Le Petit Robert, outre ce sens premier, le mot « genre » a une deuxième signification: il désigne une catégorie grammaticale « exprimant parfois l’appartenance au sexe masculin, au sexe féminin ou aux choses ». Nulle mention dans notre dictionnaire de référence – édition 2008 – de la notion de « genre » telle qu’elle se décline aujourd’hui tant sur la scène des sciences sociales que dans les médias: la construction sociale de la différence des sexes. Né des gender studies développées par les féministes anglo-américaines au début des années 1970, l’emploi d’un terme spécifique, distinct de « sexe », s’est imposé pour traiter du caractère social des comportements et des significations associés à la différence des sexes. On se souvient de la fameuse phrase d’ouverture du livre de Simone de Beauvoir Le Deuxième Sexe : « On ne naît pas femme, on le devient », qui fit l’effet d’une bombe et autorisa les femmes, 12 - Chroniques de la BnF - n°45 entre autres, à penser que l’identité féminine est d’abord le fruit d’une construction culturelle, historique et sociale, et que l’amour maternel, pour ne citer que cet exemple, n’est pas si inné que cela. D’autres, le sociologue Pierre Bourdieu en tête, ont déplacé le point de vue sur la question des identités masculine et féminine, montrant que c’est à travers toute une éducation composée, notamment, de rituels d’intégration de la norme, que se façonne l’identité et que se reproduit la « domination masculine » dans la société. L’anthropologue Françoise Héritier, qui réfléchit sur les fondements de la hiérarchie entre les sexes, préfère, quant à elle, parler de « valence différentielle des sexes ». D’autres penseurs, comme Élisabeth Badinter dans XY, de l’identité masculine, ont interrogé les parts du biologique et du culturel dans l’élaboration de la masculinité. Vers une histoire du genre Le nouveau cycle de conférences qui s’ouvre à la BnF est consacré à la façon Jean Dubuffet, Site avec deux personnages © photo CNAC/MNAM, dist. RMN/droits réservés. © ADAGP dont l’histoire intègre cette question du genre. L’histoire produite et enseignée, « officielle », l’a été essentiellement au masculin, œuvre d’historiens et récit de l’histoire des « grands hommes ». Les femmes sont les grandes invisibles de l’historiographie française, aux côtés des pauvres et des peuples vaincus. C’est dans l’après-68 que l’histoire des genres s’est constituée en France, à travers le prisme de l’histoire des femmes. Michelle Perrot en fut l’une des pionnières, en organisant un cours intitulé « Les femmes ont-elles une histoire ? » en 1973 à l’université Paris- Diderot Paris7. Mais l’histoire des genres est aussi celle, plus large, des représentations bipolaires du monde et de la façon dont les hommes et les femmes l’intériorisent. C’est l’histoire de la virilité telle que l’a étudiée Alain Corbin ou celle des relations et des rôles respectifs de l’homme et de la femme à l’intérieur de la famille, qu’analyse la sociologue Irène Théry. Depuis les années 1970, les approches se sont multipliées et croisées, invitant les historiens à mettre en doute ce qui pouvait apparaître pour des « évidences naturelles », à poser des regards neufs sur les sociétés du passé en critiquant les déterminations sexuées qui passent pour être enracinées dans le biologique. Mais l’interrogation continue de travailler notre présent, de plus en plus gagné par le flou des identités et des rôles sociaux dévolus aux hommes, notamment dans le couple et plus encore dans la famille largement éclatée par l’explosion des divorces. Ce cycle de conférences « Hommes, femmes… histoire du genre » incitera à se demander, à partir des points de vue croisés d’historiens, de sociologues, de philosophes, comment la notion de genre informe notre vision du monde et de nous-mêmes. Avec, en ligne d’horizon, une interrogation plus globale sur ce qui fonde l’identité. Sylvie Lisiecki HOMMES, FEMMES… HISTOIRE DU GENRE 21 octobre 2008 Le féminin, naissance d'un genre Par Michelle Perrot, philosophe, animé par Michel Winock, historien. site François-Mitterrand - 18h30.
© Patrick Gaillardin. Droits de l’homme et droit des animaux Élisabeth de Fontenay, philosophe, invitera à interroger, dans le cadre d’une conférence à la BnF, nos représentations de l’animalité. Une façon de questionner aussi notre vision de l’humain. À droite : Chicago (États-Unis), Les abattoirs, vers 1880. Élisabeth de Fontenay. Chroniques : Qu’entendez-vous par « cause animale » ? Élisabeth de Fontenay : Un engagement théorique et politique en faveur des bêtes. Nous en sommes arrivés aujourd’hui à une forme de barbarie envers les animaux qui excède de très loin tout ce qui s’est fait par le passé. Qu’il s’agisse de l’élevage industriel, de l’utilisation pour l’expérimentation ou des campagnes d’abattage motivées par la crainte des épizooties, l’indifférence aux traitements que nous infligeons à ces êtres vivants est devenue la chose du monde la mieux partagée. Le productivisme alimentaire a engendré la tuerie organisée des abattoirs, la maladie de Creutzfeldt-Jakob nous a rempli les yeux du spectacle des massacres d’animaux dans la désinvolture générale… Et les conditions dans lesquelles on élève et transporte les animaux destinés à la consommation sont encore plus cruelles que leur mise à mort, car elles sont vécues par eux dans la durée. Au nom de la suprématie de l’intérêt humain, on nie la réalité de la souffrance ainsi causée, on retire à l’animal sa qualité d’être vivant doué de sensibilité et on lui dénie tout droit. La technicisation de la nature, la civilisation industrielle, la consommation de masse ont abouti à la marchandisation et, en fin de compte, à la réification des animaux. Ce sont les abattoirs de Chicago, construits dans le dernier tiers du XX e siècle, qui ont inspiré la division technique du travail et les chaînes d’assemblage mises en pratique par Ford : il avait admiré l’effi - cacité de l’abattage, du dépeçage et de l’empaquetage. Est-ce un phénomène récent ? É de F.: Oui et non. Le sang des bêtes irrigue les représentations occidentales et particulièrement judéo-chrétiennes depuis l’immolation d’une offrande animale consentie par Abel dans la Genèse. Mais, alors que les Hébreux sacrifiaient des animaux dans le temple de Jérusalem, la révélation chrétienne a fait du Christ, à © Roger-Viollet. la fois homme et Dieu, la victime rédemptrice immolée une fois pour toutes. Les animaux n’ont dès lors plus aucune fonction religieuse, ils ne sont plus pris dans une chaîne de significations qui unit les hommes à Dieu, il n’y a plus lieu d’avoir des devoirs envers eux. Nos sociétés ont ainsi perdu toute considération pour les vivants non humains, ce qui aboutit à l’élevage industriel et fait de la mort un acte purement technique, que certains ont pu comparer à l’Holocauste… Vous critiquez la dimension déshumanisante de ces pratiques… É de F.: Elles témoignent des places respectives de l’animal et de l’humain dans notre vision du monde. La question animale est une question politique, éthique, juridique, qui engage celle de l’humain. La tradition métaphysique, de Descartes à Heidegger, au nom de la différence irréductible de l’homme, a pratiqué un anthropocentrisme qui aboutit à ne reconnaître à l’animal ni dignité ni droit. Quelles que soient ces définitions du « propre de l’homme », opposant la « créature du sixième jour » aux autres vivants, elles sont critiquables, car elles conduisent immanquablement à exclure ceux qui ne sont pas conformes à la définition: les fous, les handicapés mentaux, les « monstres ». Ce n’est pas au détriment des animaux que l’on doit penser l’exception humaine. Il ne faut jamais oublier que ce sont des défenseurs de la République et de la démocratie comme Michelet, Schœlcher, Hugo, Zola, qui réclamaient que l’on élargît la Cité pour y accueillir aussi « nos frères inférieurs ». Vous récusez également la position de ceux qui voient dans la continuité biologique entre l’animal et l’homme une mise en cause de la notion même de genre humain… É de F.: Les découvertes de la génétique déplacent les frontières établies entre l’humain et l’animal. Nous sommes une espèce parmi les autres, certes, mais cette espèce, grâce au langage articulé, a la capacité de se déclarer, de se proclamer genre humain, c’est-à-dire de se vivre comme historique. Le fait de savoir qu’il y a 99% de gènes communs entre le chimpanzé et l’homme doit nous inciter à nous demander ce que nous avons fait et ce que nous pourrions faire de ce 1% de différence. Et à poser la question de notre responsabilité envers les vivants. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki DE LA CAUSE ANIMALE Les grandes conférences BnF – Institut de France – Fondation del Duca Élisabeth de Fontenay 9 octobre 2008, 18h30 Site François-Mitterrand – Grand auditorium – hall Est Dernier ouvrage paru : Sans offenser le genre humain, réflexions sur la cause animale, Albin Michel, 2008. Chroniques de la BnF - n°45 - 13



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :