Chroniques n°44 été 2008
Chroniques n°44 été 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de été 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : L'estampe moderne et contemporaine

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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© Kiki Smith, courtesy Galerie Lelong, Paris and Pace Gallery, New York. Focus > Melancholia MELENCOLIA I, on l’a souvent dit ou écrit, serait un autoportrait d’Albrecht Dürer. Un autoportrait symbolique en tout cas, parce qu’on ne reconnaît guère le beau Nurembergeois, même s’il a déjà 43 ans en 1514, dans cet ange blond un peu mastoc, au sexe théoriquement indéterminé mais tout de même très féminin. Kiki Smith n’est pas forte femme non plus, du moins pas à l’extérieur et, si elle a quelque chose d’un ange, c’est uniquement cette blondeur estivale, ou cette blancheur naissante, que laissent supposer des photographies en noir et blanc. Son œuvre n’est pas forcément digne de l’enfer, mais il ne contient rien qui évoque ce Paradis où une brise légère sourd des battements d’ailes innocentes. Dans ses gravures, et notamment dans son autoportrait à 32 - Chroniques de la BnF - n°44 elle de 1993, peu flatté il est vrai, elle ressemble plutôt à une Parque mal peignée, les lèvres serrées, sévères, et les yeux froids. Y compris quand elle se représente en Vierge interloquée recevant la visite de la colombe du Saint-Esprit (Virgin with Dove). Ou qu’elle s’imagine, hirsute mais en col Claudine (Wolf Girl), dans un avatar bleu du petit Chaperon rouge après la fin de l’histoire. Melancholia, comme ces deux estampes, appartient à une série de quinze Blue Prints que l’artiste a publiées en 1999 ; elles sont ainsi nommées parce qu’elles sont imprimées en bleu. Du moins est-ce ce que l’évidence nous montre. On se demandera pourtant si n’interviennent pas dans cette appellation une ou plusieurs des multiples expressions Ci-dessus : Albrecht Dûrer, MELANCOLIA I, 1514. Ci-contre : Kiki Smith, Melancholia BnF/Estampes et photographie. dans lesquelles, en anglais, joue le mot « blue ». À commencer par le blues de la mélancolie. L’ange bleu sous la forme duquel Kiki se présente est une Mélancolie dépouillée de tout son apparat critique ou presque. La problématique complexe qui fait depuis des décennies ruisseler l’encre des exégètes ne paraît pas l’intéresser. Elle se concentre sur le geste, ou plutôt l’attitude caractéristique de la main soutenant la mâchoire, qui est celle à laquelle on reconnaît immédiatement l’écrivain, le poète, l’artiste qui fréquente en esprit l’autre monde. Cependant, au lieu de tenir de sa seconde main un compas inutile, c’est un crayon ou une pointe, signifiant qu’elle est presque active. Et ce n’est pas par erreur, sous prétexte qu’elle est en contrepartie par rapport à Dürer, qu’elle s’appuie de la main droite et dessine de la gauche, mais parce qu’elle est gauchère, diaboliquement. À côté d’elle, pas d’enfançon ni de chien, pas d’outil, pas d’objet. Seul le polyèdre de marbre noir, lourd, pesant comme il se doit. Et au loin sur la mer, cet arc-en-ciel éclairé par un soleil nocturne. Un pont vers Nuremberg, où elle est née, elle aussi sous le signe du Capricorne, 440 ans seulement après MELENCOLIA I. Maxime Préaud Kiki Smith, sculpteur, dessinateur et graveur, est américaine. Elle est née à Nuremberg, en 1954, par les hasards d’un contrat de sa mère chanteuse d’opéra. Son père est le sculpteur Tony Smith. Elle a grandi dans le New Jersey et vit à New York.



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