Chroniques n°44 été 2008
Chroniques n°44 été 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de été 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : L'estampe moderne et contemporaine

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Conférences > À la rencontre de la culture finlandaise Une soirée organisée le 22 mai à la BnF (site François-Mitterrand) est dédiée à la découverte de la culture finlandaise d’aujourd’hui, à travers deux de ses expressions les plus actuelles : l’éducation et la musique. Une table ronde réunissant des acteurs de l’éducation en Finlande et en France et un concert de musique same, un des plus anciens peuples indigènes du monde, vivant dans la région connue sous le nom de « Laponie » en sont les points forts. Entretien avec Iris Schwanck, commissaire générale de la saison finlandaise. Chroniques : Le système éducatif finlandais est devenu un modèle depuis que les études de l’OCDE (enquêtes PISA) ont mis en valeur sa réussite, à travers les performances de ses élèves. Quelles sont, selon vous, les clés de ce succès ? Iris Schwanck : La formation des professeurs est la clé numéro un. Tous les éducateurs, instituteurs, professeurs sont formés à l’université, y compris ceux qui travaillent dans les crèches et les jardins d’enfants. Cette formation académique est la base de tout notre système éducatif. L’éducation est très égalitaire en Finlande. Il n’existe pas d’écoles privées et toutes les universités sont publiques : chaque enfant a les mêmes possibilités. Par ailleurs, les enfants et élèves qui ont des difficultés sont pris en charge activement par chaque institution éducative - des groupes spécifiques adaptés aux besoins des élèves sont mis en place, ainsi que des cursus spéciaux… Aucun élève n’est abandonné, chaque enfant ou adolescent est suivi dans sa vie éducative. Les écoles et établissements scolaires disposent d’une grande autonomie, qu’il s’agisse du contenu des enseignements ou des méthodes. Les établissements recrutent leurs propres personnels, enseignants et non enseignants. Cela signifie que les décisions concernant les activités sont prises dans le contexte de la vie réelle, pratique, quotidienne. Cela veut dire aussi que les enseignants sont très impliqués dans la réussite de leur établissement. La coopération entre les écoles et les familles est également très active. Les jeunes Finlandais sont les meilleurs lecteurs du monde selon les études PISA. Pourquoi ? I.S : Le réseau des bibliothèques en Finlande est le plus dense du monde. Chaque Finlandais va à la bibliothèque une fois par mois, selon les statistiques, ce qui représente 77 millions de visites annuelles. Le finnois se lit comme il s’écrit, et l’apprentissage de la lecture comme de l’écriture est relativement 22 - Chroniques de la BnF - n°44 Aurore boréale. SOIRÉE FINLANDAISE Table ronde « La Finlande, un modèle éducatif ? » Suivie d’un concert de chants sames par Wimme. Introduction à la culture same par Jocelyne Fernandes-Vest. Dans le cadre de la saison finlandaise de Culturesfrance. Jeudi 22 mai de 18h30 à 22h facile. Les films étrangers ne sont pas doublés mais sous-titrés, aussi bien à la télévision que dans les salles, mis à part les dessins animés pour les tout-petits. Les jeunes utilisent intensivement l’Internet et le téléphone portable, depuis des années déjà. En plus de l’utilisation massive des services des bibliothèques, les enfants et les jeunes Finlandais ont de multiples occasions de lire pendant la journée: des livres, devant la télévision, l’ordinateur et le téléphone. Les parents lisent beaucoup – les pères aussi ! Ce qui veut dire que les garçons ont un modèle d’homme qui lit… Chaque famille est abonnée à un quotidien au moins. En quoi peut-on dire que le modèle éducatif finlandais est « centré sur la personne » ? I.S : Comme je l’ai dit, les enfants ne sont pas laissés seuls avec leurs problèmes ; ils sont suivis si nécessaire pour Site François-Mitterrand – Auditoriums - hall Est - Entrée libre © Gregsyverson.com leur permettre de mieux intégrer le travail scolaire et éviter tout « décrochage ». Les journées sont très courtes comparées à celles de l’École en France. La journée scolaire ne se termine jamais après 15-16 heures, même au lycée. Il reste du temps pour d’autres activités – les enfants finlandais font beaucoup de sport, sont très musiciens et ont souvent aussi d’autres activités artistiques. Le cursus comporte également beaucoup d’heures pour les arts, les travaux manuels et les cours de cuisine, qui sont obligatoires au collège pour les garçons comme pour les filles ! L’École prépare ainsi les enfants à la vie civique. L’autre volet de cette soirée est la culture same. Quelles sont les grandes caractéristiques de cette culture ? I.S : Le peuple same, qui habite les territoires du nord de quatre pays, la Finlande, la Norvège, la Russie et la Suède, est le seul peuple autochtone de l’Union européenne. En nombre très restreint, la plupart d’entre eux vivent en Norvège (environ 40000), en Suède (20000), en Finlande (7000) et en Russie (2000). La vie culturelle est très intense et très variée actuellement dans toutes ces régions et tout particulièrement en Finlande. L’artisanat sous toutes ses formes est très populaire. Le joikh, le chant profond des Sames, trouve des expressions nouvelles chez les musiciens, tels Wimme et Angelin Tytöt (Les filles d’Angel). Nils Aslak Valkeapää, barde de langue same, qui va être publié en France au printemps 2008, marque le passage de l’oralité à l’écrit. Beaucoup de poètes femmes dont Inger Mari Aikio suivent ce chemin ainsi que de nombreuses écrivaines qui s’adressent aux enfants. Le jeune rappeur same, Amoc, témoigne de la vivacité de cette culture qui comporte également quelques metteurs en scène, des plasticiens ainsi que des festivals culturels. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Le musée Siida présente les trésors de la culture same. http:Ilwww.siida.fi/
Collections > Claude Debussy. D’après un cliché d’Otto. BnF/Estampes et photographie. Libre Claude Debussy Événement à la BnF le 6 mai 2008 : l’audition d’un inédit de Claude Debussy au grand auditorium du site François-Mitterrand. Le manuscrit autographe de la cantate Le Gladiateur, issu des collections du département de la Musique, est interprété par l’orchestre Ostinato et les solistes de l’Atelier Lyrique de l’Opéra, placés sous la direction de Jean-Luc Tingaud qui a décrypté la partition. Œuvre de jeunesse mais surtout épreuve de passage pour le prix de Rome, la cantate Le Gladiateur ne valut à son auteur qu’un second « grand prix ». Toutefois Debussy, âgé de 21 ans, trouble un peu le jury qui commente : « Une nature musicale généreuse mais ardente parfois jusqu’à l’intempérance. » Il faut dire que l’apprentissage du musicien est jalonné de commentaires inquiets de cette nature. Depuis son enfance, le jeune Claude fascine et étonne ; après son vieux professeur italien et cannois, Jean Cerutti, c’est sa marraine Clémentine Debussy qui décèle la fougue musicale de son filleul. Elle le confie à Madame Mauté, ancienne élève de Frédéric Chopin qui lui donnera, gratuitement – la famille un peu démunie a fui Paris et la guerre de 1870 – des cours plus intensifs. Elle le prépare au concours Partition Le Gladiateur. BnF/Manuscrits. d’entrée du Conservatoire de Paris qu’il réussit en 1872 ; il a 10 ans. Ce diable de Debussy Admis dans les classes de piano et de solfège, il est déjà rétif à ce lieu qui respire l’académisme : « cet endroit sombre et sale […] où la poussière des mauvaises traditions reste encore aux doigts ! » Dix années d’études au Conservatoire ne parviendront pas à étouffer la verve musicale et le caractère aimablement révolté d’Achille-Claude. C’est avec Albert Lavignac, son professeur de solfège, qu’il échange le plus sur les filiations musicales, mais son maître en piano Antoine Marmontel reste décontenancé par l’étrangeté des accords et des arpèges qui précèdent les séances de déchiffrage : « Ce diable de Debussy n’aime guère le piano, mais il aime bien la musique. » Sa vision musicale demeurera toutefois mal perçue. En classe de composition, à son professeur Ernest Guiraud qui l’admoneste – « Je ne dis pas que ce que vous faites n’est pas joli, seulement que c’est théoriquement absurde » – Debussy répond : « Il n’existe pas de théorie. Vous n’avez qu’à écouter. Le plaisir est la loi. » L’annonce d’une nouvelle écriture Néanmoins, rompu aux règles qu’on lui impose, il planche en mai 1882 pour le prix de Rome, tout d’abord pour le concours d’essai auquel il est classé quatrième avec Invocation, une pièce pour voix d’hommes et orchestre sur un texte de Lamartine. Puis en 1883, Achille- Claude Debussy remporte le deuxième grand prix avec Le Gladiateur, cantate pour trois solistes et orchestre sur un texte d’Émile Moreau. Le premier grand prix sera attribué à un certain Paul Vidal… Oubliée depuis, la partition du Gladiateur n’est pourtant pas dépourvue d’intérêt. Notamment par ce qu’elle préfigure de l’écriture très novatrice du futur Debussy: ainsi les modulations harmoniques semblent déjà annoncer le goût des accords parallèles de La Cathédrale engloutie, la partie vocale à trois voix, probablement pas assez contrapuntique aux oreilles des jurés, est très libre, la prosodie parfaite annonce Pelléas. On pense à la Suite bergamasque et à Clair de lune, devenu trop notoire, peut-être, malgré son élégance… En 1884, Debussy obtient enfin le premier grand prix de Rome avec la présentation de sa cantate L’Enfant prodigue. Claude accueille la nouvelle de son succès avec un plaisir mitigé : « Que l’on me croie ou non, je puis néanmoins affirmer que toute ma joie tomba ! Je vis nettement les ennuis, les tracas qu’apporte fatalement le moindre titre officiel. Au surplus, je sentis que je n’étais plus libre. » Les premiers commentaires émis sur les œuvres qu’il enverra au jury durant son séjour à l’Académie de France à Rome ne pouvaient que conforter son sentiment : « Monsieur Debussy semble tourmenté du désir de faire du bizarre, de l’incompréhensible, de l’inexécutable ». Jean-Loup Graton Concert : 6 mai 2008, 18h30 Site François-Mitterrand, Grand Auditorium. Chroniques de la BnF - n°44 - 23



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