Chroniques n°44 été 2008
Chroniques n°44 été 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de été 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : L'estampe moderne et contemporaine

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
Expositions > Arikha graveur, le jugement de l’œil Une exposition présente quatre-vingt-cinq estampes d’Avigdor Arikha, peintre et dessinateur de renommée internationale, dans la Crypte du site Richelieu. L’occasion de découvrir un aspect presque secret de l’œuvre de cet artiste, dont quelques-unes des estampes, tirées à très peu d’exemplaires, sont à présent introuvables hors des collections de la BnF. Le don récent fait par Arikha au département des Estampes et de la photographie d’un ensemble de cinquante-cinq épreuves rares, voire uniques, toujours imprimées par luimême sur des papiers recherchés, est venu compléter la collection déposée par cet artiste depuis 1974. Après une première exposition à la Bibliothèque nationale en 1975 autour de l’ouvrage de Samuel Beckett, Au loin un oiseau, comportant cinq gravures d’Arikha, la rétrospective de la Crypte présente un large panorama de son œuvre gravé, réalisé en grande partie à partir de 1965, pendant une période de dix ans au cours de laquelle l’artiste, remettant en cause son cheminement artistique antérieur, s’est limité au dessin et à la gravure, sur le vif, en noir et blanc. Né en 1929 dans l’actuelle Roumanie, Avigdor Arikha arrive en Palestine en 1944 où il travaille dans un kibboutz et commence des études d’histoire de l’art à Jérusalem. Il est grièvement blessé en 1948 lors de la Guerre d’indépendance d’Israël. Il poursuit ensuite ses études à Paris où il s’installe en 1954. Après une période figurative au cours de laquelle il réalise quelques gravures sur bois, dont certaines en couleurs, quelques pointes sèches et des lithographies, il entre en 1957 pour huit ans dans une phase d’abstraction essentiellement tournée vers la peinture. Il réalise pourtant une dizaine de gravures (pointe et aquatinte) tirées par Georges Visat et quelques lithographies en couleurs. Arikha ayant acquis une réputation internationale depuis les années 1950 a vu son œuvre exposée par les meilleures galeries à Londres, à Paris et à Genève. Mais 14 - Chroniques de la BnF - n°44 Avigdor Arikha, Samuel Beckett assis de profil. Eau-forte, 1972. BnF/Estampes et photographie. alors qu’il avait attendu de l’abstraction qu’elle le mène vers un aboutissement, se rendant compte de son illusion, il y renonce en 1965. Celle-ci n’en demeure pas moins le fondement de sa peinture. Commence alors une période de travail, pendant laquelle il s’interroge sur la nature de l’œuvre d’art, cesse de peindre en couleurs, dessine à l’encre ou à la pointe d’argent et grave. Son œuvre gravé se concentre essentiellement sur dix ans de 1965 à 1976 pendant lesquels il utilise de préférence l’eau-forte et l’aquatinte. Dans un catalogue publié par Berggruen en 1980, Arikha résume ainsi sa démarche: © ADAGP 2008 Avigdor Arikha, Trois Pommes et leur ombre. Aquatinte, 1973. BnF/Estampes et photographie. « Dans un langage muet et par un moyen restreint, pointe ou pinceau, un événement est enregistré. Il ne peut être provoqué. C’est lui qui provoque. Il est vain de prétendre exprimer au-delà de l’événement, ou plus que le moyen ne le permet. Le moyen définit le langage et l’évènement façonne l’expression. Depuis qu’une faim aux yeux m’a assujetti à l’observation, je constate que cette expérience même est déterminée par l’abstraction qui l’a précédée. Pour le peintre, l’histoire de l’art est un sentier qui se rétrécit: ce qui précède limite ce qui suit. Ni retour, ni continuation, mais recommencement : saisir le vécu sur le vif, quoique en principe rien n’est saisissable ». D’un seul jet L’artiste exprime directement sur le cuivre ou sur le papier report, d’un seul jet, des sujets inspirés des grands thèmes classiques aussi bien que des sujets familiers. Sa femme Anne et ses deux filles, ses amis, dont Samuel Beckett, le plus proche depuis 1956 après son arrivée à Paris, © ADAGP 2008
mais aussi Jacques Duhamel, ministre des Affaires culturelles, la comédienne Catherine Deneuve, le maître imprimeur Aldo Crommelynck, le kinésithérapeute Boris Dolto, le pianiste Jean-Bernard Pommier… ou encore son propre visage sans cesse questionné dans le miroir, ces portraits émaillent son travail. Il recherche à travers l’expression de la figure humaine, d’une nature morte, d’un paysage, d’une paire de chaussures… la révélation d’une vérité, et l’émotion visuelle au travers de cadrages particuliers: gros plan, contre-plongée… « Une surface doit être intense, tendue. Si ce que je vois n’est pas immédiatement saisi et projeté sur le cuivre (ou sur le papier dans le dessin) à l’image du sable projeté sur terre par le vent, ce n’est pas tendu. Comme le sable qui se réorganise dans un pattern déterminé par la force du jet, ainsi le portrait de quelqu’un. Ce qui est saisi mollement, passera mollement. Quand ce n’est pas tendu, c’est raté », dit Arikha dans un entretien avec Germain Viatte en 1973. © ADAGP 2008 Après l’acquisition d’une presse en 1970, il imprime exclusivement lui-même. C’est le cas de Poire et pomme, 1972 et du portrait de David Sylvester assis, 1973, œuvres exécutées d’après modèle directement sur le cuivre, sans dessin préalable et réalisées avec une technique spéciale, variante de l’aquatinte au sucre, qui évite les morsures successives et permet d’obtenir toutes les nuances de noir et blanc en une seule fois. Il réalise de la même manière des sujets empruntés à son environnement immédiat : bibliothèque, fauteuil, vêtements… Un voyage à Jérusalem à l’été 1975 lui inspire une suite de lithographies représentant des vues de la ville, des pierres, des pins, des oliviers, réalisées au crayon sur papier report. Plus de quatre-vingts eaux-fortes et aquatintes sont tirées par Arikha entre 1970 et 1976 à très peu d’exemplaires, trois, six, jamais plus de vingt-cinq, et sur des papiers différents, soigneusement choisis. En 1974, l’artiste se tourne à nouveau vers la peinture, mais continue toutefois à graver jusqu’en 1976. Après une interruption de vingtsept ans, Arikha se remet à la pointe sèche en 2003. L’exposition retrace l’évolution de l’œuvre gravé d’un artiste qui, outre ses talents reconnus de peintre et de dessinateur, est aussi un historien de l’art estimé et un érudit qui a partagé une amitié de plus de trente ans, toute de culture littéraire, philosophique, musicale et picturale, avec le grand écrivain Samuel Beckett. Anne Atik, l’épouse d’Arikha, en retrace la mémoire dans un ouvrage paru en 2001, Comment c’était. Souvenirs sur Samuel Beckett. Caroline Hornus Avigdor Arikha, Autoportrait assis en raccourci. Aquatinte, 1972. BnF/Estampes et photographie. 24 juin – 24 août 2008 Site Richelieu/Crypte ARIKHA. ESTAMPES Commissariat : Marie-Cécile Miessner, conservateur en chef au département des Estampes et de la photographie, BnF Catalogue de l’exposition (96 pages et 100 illustrations) Entretien avec Marie-Cécile Miessner. Chroniques de la BnF - n°44 - 15



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :