Chroniques n°44 été 2008
Chroniques n°44 été 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°44 de été 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : L'estampe moderne et contemporaine

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > Les jeux d’encres de Zao Wou-Ki Pour la première fois, une rétrospective, à la BnF, des estampes et des livres illustrés de Zao Wou-Ki permet de saisir la continuité de son œuvre imprimé ainsi que ses liens avec les autres formes d’expression du peintre. Peintre d’origine chinoise, issu d’une grande famille de lettrés remontant à la dynastie Song, Zao Wou-Ki, né en 1920, vit et travaille à Paris depuis 1948. Formé pendant six ans à l’École des beaux-arts de Hangzhou où il apprend la peinture traditionnelle chinoise et la peinture occidentale académique, il est toutefois dès cette époque un admirateur de Cézanne, Matisse et Picasso. Dès ses premières années d’installation à Paris, il se lie d’amitié avec des tenants de l’abstraction lyrique tels Hans Hartung, Pierre Soulages ou Vieira da Silva. À partir de 1949, il pratique la gravure parallèlement à la peinture et au dessin ainsi que la lithographie chez Desjobert et la taille-douce avec Friedlaender et Goetz. Son œuvre gravé compte à ce jour quelque quatre cents feuilles isolées ou dans des livres. Il a illustré de gravures originales une cinquantaine d’ouvrages et dialogue avec une trentaine d’écrivains. Ses premières lithographies ont été rendues célèbres par le livre réalisé en 1950 avec Henri Michaux, son véritable découvreur. Les magnifiques donations consenties par Zao Wou-Ki et son épouse Françoise Marquet à la BnF, en 1979 et en 2007, complètent les collections nationales de façon presque exhaustive. À travers une sélection de cent vingt pièces provenant essentiellement des collections du département des Estampes et de la photographie et de celles de la Réserve des livres rares, auxquelles s’ajoutent quelques prêts de l’artiste, du musée national d’Art moderne et de collectionneurs privés, l’exposition de la BnF s’efforce de révéler à un large public les principales caractéristiques de son œuvre imprimé, estampes et 12 - Chroniques de la BnF - n°44 Zao Wou-Ki, Sans titre, 1973. Sérigraphie. BnF/Estampes et photographie. ©ADAGP, 2008. livres illustrés, suivant un parcours chronologique. Elle souligne les multiples passerelles avec les autres moyens d’expression que le peintre explore en parallèle. Zao Wou-Ki part fréquemment d’une huile, d’une aquarelle ou d’une encre de Chine qu’il interprète lui-même en gravure. Seront donc exposées une vingtaine d’œuvres originales en relation avec l’œuvre imprimé, qu’elles soient interprétées en estampe, ou d’une inspiration commune. Quelques matrices et planches de décomposition sont également présentées, qui permettent au visiteur de mieux appréhender le complexe travail de superposition des couleurs, caractéristique des gravures de Zao Wou-Ki. L’espace et les signes L’évolution de l’œuvre imprimé se déroule en quatre grandes périodes. La première, figurative, de 1949 à 1954, est marquée par l’influence de Picasso et de Matisse. On peut voir dans l’exposition des épreuves parfois très rares Si, en apparence, les gestes que j’accomplissais étaient les mêmes, ces larges feuilles me montraient un espace, des espaces auxquels je n’avais pas songé. J’avais le sentiment de devenir plus libre, plus lucide. ‘‘Par moment je peignais le silence. Zao Wou-Ki
ZAO WOU-KI. ESTAMPES ET LIVRES ILLUSTRÉS 3 juin - 24 août 2008 Site François-Mitterrand, Petite Galerie Commissariat : Céline Chicha, conservateur au département des Estampes et de la photographie et Marie Minssieux-Chamonard, conservateur à la Réserve des livres rares. Chroniques : Quelle place l’estampe tient-elle dans l’ensemble de l’œuvre de Zao Wou-ki ? Françoise Marquet : Zao Wou-Ki a aussi été lithographe et graveur. Il a cessé cette activité il y a environ quinze ans car la gravure était une pratique éprouvante physiquement. Son œuvre gravé est connu de façon parcellaire, et cette rétrospective de la BnF en montre la continuité, comme l’exposition de la Galerie nationale du Jeu de Paume l’a si bien fait pour la peinture en 2003. Sa pratique de l’estampe est toujours restée liée avec sa peinture, évoluant avec elle en gardant toutefois son originalité. Zao Wou-Ki a aussi réalisé des ouvrages de bibliophilie, de prose et de poésie. Dans la culture chinoise, peinture et poésie sont intimement liées, la peinture étant souvent accompagnée de calligraphies. représentant des natures mortes, des architectures, des marines, des paysages stylisés peuplés d’animaux et de couples nus dans un style ténu et poétique qui charma Henri Michaux, auteur du premier livre illustré du peintre, Lecture par Henri Michaux de huit lithographies de Zao Wou-Ki paru en 1950. Zao Wou-Ki découvre un an plus tard avec bonheur la peinture de Paul Klee qui l’encourage à aller vers une peinture des signes. À partir de 1954, il abandonne toute référence au réel et bascule définitivement vers l’abstraction. De 1954 à 1957, ce passage vers l’abstraction complète s’effectue au moyen de signes inspirés de caractères chinois antiques, d’inscriptions archaï ques gravées sur les os divinatoires et les bronzes rituels. Puis, à partir des années 1960, les signes perdent leur aspect gravé et évoluent en coulures ou en magmas effervescents. À cette période également, Zao Wou- Ki, à la suite de son voyage aux États- Unis et sous l’influence de son galeriste new-yorkais Sam Kootz, marchand de Pollock, Motherwell, Rothko et De Kooning, se lance dans les grands formats, où il peut plus aisément se livrer à une peinture gestuelle. Il cherche à exprimer le mouvement, à faire vibrer la surface, à représenter le bruit, dans la fraîcheur du geste. Il passe ainsi d’une peinture des sentiments à une peinture de l’espace. C’est alors qu’il fait la rencontre d’André Malraux pour qui il illustre La Tentation de l’Occident. À partir de 1971, durant la maladie de sa deuxième femme, Zao Wou-Ki se remet à la pratique de l’encre de Chine, technique qu’il maîtrisait depuis sa jeunesse et qu’il avait abandonnée à son arrivée en France, de peur d’être étiqueté « peintre chinois ». Ses estampes en sont modifiées, plus lumineuses et transparentes ; il y joue sur la répartition de l’espace entre le vide et le plein. Dans les derniers livres, réalisés avec Claude Roy, Yves Bonnefoy ou François Cheng Zao Wou-Ki a appris à lire et à écrire avec son grand-père, un grand lettré, qui l’a aussi initié à la poésie. Il a gardé de cette éducation le goût de la lecture de la poésie et plus tard a cultivé les rencontres avec les écrivains. Quelles ont été ses rencontres les plus marquantes et les plus fécondes avec des écrivains ? En 1948, peu après son arrivée en France, un ami d’origine chinoise l’a emmené à l’atelier de lithographie Desjobert qui appartenait à l’éditeur Robert Godet. Ami intime d’Henri Michaux, il lui montre les premières lithographies que Zao Wou-Ki a réalisées dans son atelier. Sans le connaître, Henri Michaux écrit huit Lectures sur huit lithographies. Ce fut un acte fondateur dans la carrière de Zao Wou-Ki. Les deux hommes devinrent amis et Henri Michaux le présenta au marchand de tableaux par exemple, Zao Wou-Ki ne grave qu’en noir et blanc des compositions très proches de ses encres de Chine. Marie Minssieux-Chamonard Trois questions à Françoise Marquet, épouse de l’artiste, qui depuis plus de trente-cinq ans, accompagne sa création. Pierre Loeb qui l’exposa dès 1951. Jusqu’à sa mort en 1984, Henri Michaux entretint avec Zao Wou-Ki une amitié indéfectible ; ils se montraient réciproquement leurs travaux. Dès 1950, Zao Wou-Ki rencontre les artistes et les écrivains qui fréquentent notamment la librairie La Hune à Saint-Germain-des-Prés, comme Claude Roy et François Cheng. Un peu plus tard il fait la connaissance d’Yves Bonnefoy, René Char, Roger Caillois, Philippe Jacottet, Léopold Sédar Senghor ainsi qu’André Malraux qui l’aide à obtenir la nationalité française en 1964… Ses amis lui ont toujours tenu lieu de deuxième famille, lui qui avait laissé les siens en Chine en 1948. Comment sa création se marie-t-elle avec le texte de l’auteur dans les livres illustrés ? Zao Wou-Ki a deux démarches Zao Wou-Ki dans son atelier devant un paravent d’encres en cours d’agencement, 2004. différentes dont les deux derniers ouvrages réalisés témoignent très bien. Ainsi, pour Le Jardin d’encre (éditions Dumerchez), Bernard Noël est venu à l’atelier, a longuement regardé les encres, les a conservées un certain temps chez lui et j’imagine qu’il a écrit son texte en s’en inspirant. Dans le cas du recueil de poèmes de Dominique de Villepin Là-Bas, l’ensemble des textes a été donné à Zao Wou-Ki qui les a longuement lus, et il a réalisé une série de treize encres de Chine inspirées par ces textes. Il a procédé de la même façon pour illustrer de grands textes classiques comme les Illuminations d’Arthur Rimbaud pour le Club français du livre en 1966 ou encore chez Belfond en 1972 le magnifique Canto Pisan LXXVI d’Ezra Pound, dont on connaît la passion pour la Chine. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Chroniques de la BnF - n°44 - 13 © Archives Zao Wou-Ki, photo Dennis Bouchard



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