Chroniques n°43 mar/avr 2008
Chroniques n°43 mar/avr 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de mar/avr 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,5 Mo

  • Dans ce numéro : L'accompagnement des jeunes vers les collections

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > aux épreuves courantes sur papier journal, dites « en Charivari », préservent toutes les qualités originelles du dessin lithographique de l’artiste. D’autres épreuves uniques ou rarissimes, entrées par dons ou par acquisition, complètent ce fonds. Épreuves avant la lettre, épreu - ves avec légendes manuscrites, épreuves annotées, épreuves coloriées, ces pièces recherchées par les collectionneurs de l’œuvre de Daumier, ont le mérite d’illustrer de manière démonstrative toutes les étapes du travail du lithographe en lien avec l’imprimeur, les auteurs des légendes, la rédaction du journal, mais aussi le bureau de la censure. L’évolution de l’écriture lithographique Cette double orientation du fonds a naturellement induit le plan de l’exposition. Une sélection d’environ 150 pièces prélevées au sein de la collection homogène Le Distrait, 1841. Épreuve avant la lettre avec légende manuscrite. BnF, Estampes et photographie 4 mars - 8 juin 2008 DAUMIER Site Richelieu/Galerie Mazarine Commissariat : Valérie Sueur-Hermel, conservateur au département des Estampes et de la photographie, BnF. 16 - Chroniques de la BnF - n°43 Plaisanterie que se permettent maintenant les chevaux, quartier des Champs-Élysée, 1858. BnF, Estampes et photographie Daumier photographié par Nadar. BnF, Estampes et photographie d’épreuves du dépôt légal retrace l’évolution de l’écriture lithographique de Daumier tout au long de sa carrière, alors que quelque 70 épreuves d’état et pièces uniques permettent d’entrer au cœur du processus d’élaboration de l’œuvre. La première partie de l’exposition déroule le fil de l’œuvre lithographié suivant le rythme de cinq grandes périodes, correspondant aux changements politiques qui ont contraint Daumier à faire alterner caricatures politiques et scènes de mœurs. Il fait ses débuts dans La Caricature et Le Charivari, sous le signe d’une opposition à Louis-Philippe conduite par Charles Philipon, le directeur de ces deux journaux. Certaines planches le mènent bien au-delà de la caricature: La Rue Transnonain n’est autre qu’un tableau d’histoire en noir et blanc qui préfigure le courant réaliste pictural et s’impose comme un chef-d’œuvre de l’histoire de l’estampe. Les lois de septembre 1835 entravant la liberté de la presse l’obligent à se réorienter vers la caricature de mœurs. Le personnage de Robert Macaire, l’affairiste filou protagoniste de la série des Caricaturana, que Daumier emprunte à l’acteur Frédérick Lemaître, et d’autres types de la société parisienne défilent sous les yeux des lecteurs du Charivari. Les grandes séries des années 1840 telles que L’Histoire ancienne, parodies de l’Antiquité, Les Bas bleus qui épinglent les femmes écrivains, Les Bons Bourgeois, Les Locataires et propriétaires et Les Gens de justice, concentrent le meilleur du caricaturiste de mœurs de la monarchie de Juillet. Les événements de 1848 redonnent à Daumier la liberté d’exprimer ses convictions républicaines dans la satire politique, grâce notamment au personnage de Ratapoil à qui il fait incarner le type de l’agent de propagande bonapartiste. L’avènement du second Empire signe le retour à la caricature de mœurs. Un véritable reportage lithographique de la vie quotidienne naît sous le crayon de Daumier. D’une grande modernité, les planches sur le monde du spectacle apportent un contrepoint aux études de plein air qui en font un précurseur des impressionnistes. Après un régime autoritaire qui contrôle la presse, l’Empire libéral coïncide avec les dernières années de production de Daumier, pendant lesquelles, avec une économie de moyens saisissante, il se livre à d’ultimes attaques politiques. Le va-et-vient des tirages Autour d’une presse lithographique, prêtée par le musée des Arts et métiers, les pièces présentées dans la deuxième par-
tie de l’exposition concrétisent le va-etvient des tirages entre l’atelier de l’artiste, celui de l’imprimeur et le bureau des journalistes chargés de rédiger les légendes. L’ajout de la lettre, et plus particulièrement des légendes, y occupe une place importante grâce à un rarissime ensemble d’épreuves avec légendes manuscrites, acquis par la Bibliothèque nationale en 1928. On comprend ainsi comment elles étaient ajoutées au dessin, non pas par Daumier, qui, contrairement à son contemporain Gavarni, n’en était que très rarement l’auteur, mais par des journalistes payés à la ligne. Ceux que Balzac appelait des « pêcheurs à ligne » manquaient parfois d’inspiration, comme l’atteste une annotation marginale sur une planche de la série Les Silhouet tes: « Ces choses-là sont impossibles à faire. Daumier devrait m’obliger dans ce cas-là de me dire ce qu’il a voulu exprimer ». L’importance du tirage colorié Quelques pièces exposées portent les annotations du bureau de la censure dont la réponse définitive se matérialisait par un laconique « oui » ou « non » signé et daté. Enfin, la confrontation d’épreuves sur papier blanc avec des épreuves sur papier journal et, plus encore, avec des épreuves reproduites par le procédé photomécanique du gillotage utilisé après 1870 par le Charivari, rend sensible l’importance d’un tirage de qualité pour restituer toutes les subtilités du dessin lithographique. Quant aux épreuves coloriées, elles relèvent d’une pratique commerciale qui permettait à l’imprimeur Aubert d’augmenter la vente de certaines séries imprimées par ses soins. Daumier n’était pour rien dans ce coloriage à l’aquarelle rehaussée de gomme arabique. Il était confié à de petites mains chargées de suivre des modèles étalons indiquant la répartition des couleurs, modèles dont quelques très rares spécimens sont visibles dans l’exposition. Toutes ces épreuves particulières qui contribuent à éclairer les pratiques éditoriales de l’entourage immédiat de Daumier renvoient à l’une des dimensions essentielles de son œuvre lithographié, celle de sa diffusion et de son ancrage populaire, rappelant que le « maître de l’estampe » dut d’abord sa célébrité à la parution régulière de ses dessins dans la presse. Valérie Sueur-Hermel (1) Charles Baudelaire, Quelques Caricaturistes français, inŒuvres complètes, II, Paris, Gallimard (coll. Bibliothèque de la Pléiade), 1976, p. 557. (2) Arsène Alexandre, Honoré Daumier, l’homme et l’œuvre, Paris, H. Laurens, 1888, p. 239. Les héritiers de Daumier Les héritiers de Daumier poursuivent la même entreprise que leur prédécesseur : réintroduire la force subversive du dessin dans le jeu du commentaire d’actualité pour nous donner à voir la face grotesque et grimaçante du monde. Nombre de caricaturistes d’aujourd’hui ont bénéficié de l’influence du lithographe. Une exposition, site François-Mitterrand, instaure un dialogue entre les œuvres de Daumier et celles de dix-sept dessinateurs, de Tim à Plantu. Qu’ils le mentionnent ou non, de nombreux caricaturistes contemporains se sont inspirés de Daumier, « père » et « frère » de tous les dessinateurs, selon Wolinski. Si Tim a nettement revendiqué cet héritage à travers citations et hommages, d’autres ont employé des procédés graphiques et iconographiques présents dans l’œuvre du lithographe et développé des idées et des thèmes chers au dessinateur. Animés de convictions profondes, les caricaturistes de presse, de Daumier à Plantu, ont souvent défendu un socle de valeurs communes : la liberté de la presse toujours mise à mal par la censure, le pacifisme et l’antimilitarisme, une république idéale présentée en attachantes allégories… Daumier a usé de la satire politique comme d’une arme polémique contre les tenants de régimes qu’il condamnait. Il a ainsi influencé les représentations individuelles ou collectives des hommes politiques et contribué à mettre au point une série de procédés repris par les dessinateurs d’aujourd’hui : portraits charge, métaphores du jeu et du théâtre, pastiches, recours à des personnages types… Du point de vue social, c’est toute une communauté de thèmes cruciaux, qui persiste dans la presse, rapprochant les dessins contemporains des grandes séries de Daumier : la justice et les affaires, la bourgeoisie et ses formes de domination, la crise du logement, la place des femmes, l’enseignement et son organisation. L’exposition propose un dialogue entre Daumier et des auteurs contemporains s’inspirant de son style et de son esprit ou travaillant sur des sujets semblables. Pour mettre l’accent sur cette filiation, les dessins choisis sont organisés autour de grandes thématiques, politique, société, valeurs, illustrées à chaque fois par une reproduction d’un dessin de Daumier suivie, en écho, d’exemples contemporains de différentes signatures assortis d’un texte d’explication pour éclairer le visiteur sur les usages du dessin dans les médias d’aujourd’hui. Un point fort de l’exposition est constitué par des reproductions d’originaux issus des collections du département des Estampes et de la photographie, fructueusement enrichies ces dernières années par des fonds de dessinateurs tels Jean Effel, Micha ou Tim. De nombreuses pages de journaux satiriques comme Hara-Kiri, L’Enragé, Siné Massacre et Charlie Hebdo, successeurs modernes du Charivari et de la Caricature ont été puisées dans les collections du département Droit et économie politique. Des affiches, enfin, signées de caricaturistes contemporains, tel Cabu, viennent ponctuer les séries thématiques de cette exposition qui démontre que certains sujets continuent d’être traités avec la même efficacité stylistique par les dessinateurs d’aujourd’hui. Geoffrey Girost et Dominique Versavel LES HÉRITIERS DE DAUMIER 4 mars – 4 mai 2008 Tim D’après Gauguin Paru dans L’Express 12-18 septembre 1966 Site François-Mitterrand- Allée Julien Cain Commissariat : Dominique Versavel, conservatrice (dépt. des Estampes et de la photographie), Geoffrey Girost, conservateur (dépt. Droit et économie politique). Chroniques de la BnF - n°43 - 17



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