Chroniques n°43 mar/avr 2008
Chroniques n°43 mar/avr 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°43 de mar/avr 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,5 Mo

  • Dans ce numéro : L'accompagnement des jeunes vers les collections

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Dossier > Un site destiné aux enfants fin 2008 Les enfants sont déjà un public privilégié de la politique culturelle en ligne de la Bibliothèque mais ils sont jusqu’à présent touchés par le biais de leurs enseignants. En ouvrant un site directement destiné aux plus jeunes, la Bibliothèque souhaite s’appuyer sur la fascination du jeune public pour le multimédia afin de le conduire de manière ludique vers des univers moins faciles: le livre et l’écrit, l’histoire des représentations, la lecture d’images… Ce site devrait prendre place dans les espaces numériques de travail des écoles afin de contribuer à l’émergence d’une culture commune là où les enfants sont tous rassemblés, à l’école. Il devrait par ailleurs contribuer à éviter que ne se creuse une fracture numérique en proposant des outils gratuits, accessibles à toutes les associations, municipalités, centres de loisirs qui souhaiteront initier très tôt un jeune public à des pratiques culturelles sur Internet. Le public visé Le site s’adresse à un public de jeunes de 8 à 12 ans. L’enfant doit pouvoir se débrouiller seul, qu’il soit en famille, dans un atelier mis en place par une association ou dans le contexte de la classe. Il proposera toutefois une gamme plus limitée de jeux et ateliers découvertes pour les très jeunes enfants. Ces programmes permettront aux plus petits de maîtriser l’usage de l’ordinateur, le clavier, la souris, à partir des collections BnF. Ils proposeront de premières approches du livre et de l’écrit. Le concept Il s’agit de la Très Grande Bibliothèque des plus petits ; on y trouve salles de lectures, cabinets de curiosité, galeries des images, auditoriums, coffre aux trésors, magasins des secrets, labyrinthes, chambres des histoires… Ces divers lieux ont chacun une âme, rassemblent des ressources, des surprises, des jeux, des itinéraires, des outils pour fabriquer et communiquer… Le contenu du site• Des ressources: une base de données regroupe des dossiers iconographiques, des récits, des images à explorer, des livres à feuilleter, des trésors à découvrir, des secrets à déchiffrer…• Des parcours-découverte : conçus comme des voyages au sein de la Bibliothèque, ils conduisent l’enfant à travers jeux, surprises, rencontres… à découvrir un sujet. Les premiers voyages accompagneront la malle pédagogique sur l’histoire du livre et l’exposition sur les livres d’enfants. Les thèmes suivants concerneront l’histoire des écritures, les représentations du ciel et de la Terre, la photographie, le bestiaire, la représentation du corps humain.• Des jeux: ces jeux sont tous en rapport avec les thématiques et les collections de la BnF: jeux de lettres autour des abécédaires, jeux de codages et décodages de messages autour des écritures…• Des ateliers: le site laisse à disposition des outils de réalisation pour mettre en page, réaliser un livre, écrire une histoire, concevoir un album ou une exposition, créer une carte postale…• Des outils de communication : il s’agit de pouvoir partager ses découvertes et ses réalisations, en les rendant publiques ou en les adressant à un ami.• La mascotte : un personnage accompagne l’enfant dans ses découvertes, lui prodiguant conseils et encouragements. Il guide, explique, félicite. Enfant s’initiant à la cartographie dans le Hall des globes Dossier coordonné par Cécile Portier et réalisé par Anne Zali et Françoise Juhel. Photographies : Gisèle Nedjar.
Collections > La Fille Élisa Classé trésor national en 2005, le roman naturaliste d’Edmond de Goncourt, La Fille Élisa, illustré par Toulouse-Lautrec a pu être acquis grâce au Fonds du patrimoine et au legs Pasteur Vallery-Radot. Il est désormais conservé à la Réserve des livres rares de la BnF. Artiste majeur du XIX e siècle, Henri de Toulouse-Lautrec est plus connu en qualité de peintre et affichiste qu’en tant qu’illustrateur. Si l’on excepte les couvertures de livres qu’il a dessinées, ses dessins de presse ainsi que les deux albums que sont Le Café-concert et Yvette Guilbert, les livres qu’il a illustrés sont au nombre de deux: les Histoires naturelles de Jules Renard et Au pied du Sinaï de Clémenceau, pour lesquels il réalise des lithographies en 1897. L’illustration du roman d’Edmond de Goncourt, La Fille Élisa, aurait dû être le troisième livre de l’artiste et chronologiquement peut-être le premier. Ce projet d’illustration est, en effet, ancien. Selon certains biographes, il remonterait au tout début de l’année 1891. Publié en 1877, le roman naturaliste de Goncourt peignant la prostitution et l’univers carcéral féminin avait un goût sulfureux. En dépit des inquiétudes de l’auteur abondamment exprimées dans son Journal, le livre ne fut pas poursuivi. Mais la censure frappa l’adaptation théâtrale qu’en fit Jean Ajalbert treize années plus tard. Lautrec a-t-il assisté à l’une des représentations ou est-ce seulement le scandale de l’interdit qui le conduit au roman ? Quoi qu’il en soit, il semble avoir en tête le projet d’illustrer le livre lorsqu’il élit domicile dans les maisons closes du quartier de la Bibliothèque nationale pour observer, dessiner et peindre une quarantaine de tableaux donnant à voir les coulisses et l’intimité des filles. Le fruit de ce travail est exposé confidentiellement galerie Manzi-Joyant en janvier 1896. Au premier étage, dans une salle fermée à clé dont l’accès est réservé aux seuls amis, sont présentées ses « peintures de bordels ». Gustave Geffroy en fait l’éloge dans La Vie artistique du 14janvier : « Le souci de la vérité est ici le maître, plus fort que toutes les curiosités et toutes les intentions de ceux qui regardent. Sans Edmond de Goncourt La Fille Élisa roman illustré par Henri de Toulouse- Lautrec. BnF/Réserve des Livres rares fantasmagorie et sans cauchemar, par la seule proscription du mensonge et la volonté de dire tout le réel, Lautrec a créé des œuvres terrifiantes, projeté la plus cruelle lumière sur un des enfers de misère et de vice abrités par notre façade de civilisation. […] L’artiste me disait son désir d’illustrer La Fille Élisa. Je souhaite qu’il réalise son projet. L’admirable livre humain de Goncourt qui a déjà si bien inspiré Jeanniot (1), peut comporter la terrible documentation de Toulouse-Lautrec. » C’est à Maurice Joyant, l’ami de plus en plus fidèle, qu’il revient d’impulser le projet. Ancien condisciple de Lautrec, successeur de Théo Van Gogh à la galerie Boussod- Valadon où il organise en 1893 la première exposition personnelle de l’artiste, Maurice Joyant n’a de cesse de presser Lautrec et, à cette fin, lui remet un exemplaire de l’édition originale du roman. C’est donc très probablement à partir de janvier 1896 que Lautrec exécute en tête et fin de chapitres ainsi que dans les marges de cet exemplaire onze aquarelles et cinq dessins au crayon. Les aquarelles présentent un caractère très avancé voire fini, ce qui n’est pas le cas des dessins crayonnés qui sont au stade de l’ébauche. Lautrec illustre le texte à la lettre mais ses dessins ne sont pas sans évoquer certaines de ses peintures. L’entreprise s’interrompt à la page 57 correspondant au début du chapitre XII. Plusieurs causes peuvent être invoquées pour expliquer ce renoncement. Voulant « commenter fidèlement » le roman, l’artiste a pu se sentir prisonnier du texte écrit de surcroît vingt ans plus tôt. Par ailleurs, l’hostilité exprimée par Goncourt dans son Journal à l’égard de cet « homuncule ridicule, dont la déformation caricaturale semble se refléter dans chacun des ses dessins (2) » n’a probablement pas échappé à Lautrec. Le projet avorté trouve finalement son exutoire dans l’album Elles, suite de onze lithographies consacrée à la vie des femmes de maisons closes, exposé à partir du 22 avril 1896 à la galerie La Plume. Reste une dernière question : quelle était dans l’esprit de l’artiste la destinée de ces illustrations ? Montrer à Edmond de Goncourt une possible illustration de son roman, puisée à la même source, le « document humain » ? Ou bien était-ce un exercice personnel, un carnet d’études ? Ou bien encore, ces aquarelles sont-elles un premier état d’une édition illustrée en chromotypie, technique nouvelle à laquelle Joyant, directeur du Figaro illustré, avait initié Lautrec et que ce dernier pratique en 1895-1896 pour illustrer de courts textes de Romain Coolus. Maurice Joyant conserva précieusement cet exemplaire orné par le peintre. À sa mort, la pièce passa à sa collaboratrice Madeleine Dortu qui, en 1931, en fit une reproduction en fac-similé tirée à 175 exemplaires. Ce témoignage exceptionnel d’un projet manifestement cher à l’artiste parce qu’au cœur d’un de ses thèmes de prédilection est désormais conservé à la Réserve des livres rares de la BnF. Carine Picaud (1) Georges Jeanniot réalise en 1895 dix eaux-fortes et soixante vignettes gravées sur bois pour l’éditeur Testard (2) Journal, 20 avril 1896. Chroniques de la BnF - n°43 - 11 BnF



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