Chroniques n°42 jan/fév 2008
Chroniques n°42 jan/fév 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°42 de jan/fév 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : Expositions Carl De Keyzer, Richard Davies

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Collections > TIM à la BnF Grâce à la générosité de sa veuve, Zuka, et de ses fils Roland et François, une part importante de l’héritage intellectuel et artistique de TIM est entrée, au cours de l’été 2006, au département des Estampes et de la Photographie. L 22 - Chroniques de la BnF - n°42 e fonds TIM se compose d’environ 250 cahiers de travail et de plus d’un millier de feuilles dessinées, soit esquisses soit mises au net, couvrant une période allant de 1954 jusqu’à la mort de l’artiste, survenue le 7 janvier 2002. En cours de classement par les soins d’une jeune « chercheuse- invitée », Scylla Morel, l’ensemble des cahiers voisinera plus tard avec les carnets de travail d’autres artistes prestigieux (Degas, Hélion, Gromaire, Flocon, pour ne citer qu’eux), les esquisses et dessins achevés venant enrichir le fonds de dessins de presse originaux du département (dont, entre TIM, Études pour Richard Nixon et Charles De Gaulle, sept. 1970. BnF/Estampes et photographie autres, des ensembles de Jean Effel et Jacques Faizant), non loin de la réunion des lithographies d’Honoré Daumier, le premier et peut-être le seul maître avoué de TIM. Louis Mitelberg est né en 1919 à Kaluszyn, en Pologne, près de Varsovie où il passe son enfance. Son premier dessin est publié en 1936 par l’hebdomadaire satirique d’opposition Szpilki (« épingle » en polonais). Il vient à Paris en 1938, où il s’inscrit aux Beaux- Arts. Au début de la Deuxième Guerre mondiale, il fait la « drôle de guerre » ; il est emprisonné dans un stalag, dont il s’évade en mars 1941, rejoignant l’Angleterre après avoir transité par un camp d’internement soviétique. C’est à Alger, où il est en 1943 avec les Forces françaises libres, qu’il fait deux rencontres décisives pour sa carrière : la première est celle de Philippe Grumbach, engagé comme lui, et qui sera plus tard directeur de la rédaction de l’Express ; la seconde est, grâce à la bibliothèque de Mademoiselle Antoinette Richard, professeur de lettres à Alger, dont le salon était fort couru par les jeunes Français, celle des œuvres de Daumier. De retour en France en 1945, Louis dessine (avec nombre d’autres caricaturistes également devenus célèbres par la suite) pour l’Humanité et pour Action, hebdomadaires issus de la Résistance (1945-1952). Il épouse en 1950 Zuka, peintre américaine (dont les parents sont russes), qui lui donnera deux garçons, François (1951) et Roland (1954). En 1958, grâce à Philippe Grumbach, qui y est directeur de la rédaction, il entre à l’Express. C’est Jean- Jacques Servan-Schreiber, alors directeur, qui lui fait adopter le pseudonyme de TIM, correspondant aux trois premières lettres de son patronyme inversé. En 1976, TIM entre au comité éditorial de l’hebdomadaire, fait remarquable pour un dessinateur. Raymond Aron, qui collabora à l’Express de 1977 à 1983, confie d’ailleurs un jour à son propos : « Nos éditoriaux ne résistent pas à l’usure du temps. Il m’arrive d’envier mon compagnon de l’Express. Il commente l’actualité et ses œuvres restent. » TIM travaille pour l’Express jusqu’en 1991.
Il continue de travailler pour l’Événement du jeudi et pour Marianne, son dernier dessin (Poutine et Eltsine) paraissant en 2001. Il se consacre alors beaucoup à la sculpture, comme son maître Daumier, mais en plus monumental : statue Hommage au capitaine Dreyfus, sur la commande de Jack Lang (1988, place Pierre-Lafue à Paris) ; monument des Survivants d’Auschwitz III-Buna Monowitz (1993, cimetière du Père-Lachaise) ; il voue ses dernières forces à Daumier créant Ratapoil, statue commandée par l’Association des Amis de Daumier (inaugurée le 23 janvier 2002 à l’Hôtel de Lassay par le président de l’Assemblée nationale, et dont un second exemplaire sera placé en 2008 à Valmondois, où Daumier a fini ses jours). Parallèlement à son activité de dessinateur de presse, TIM dessine pour le livre, illustrant les Œuvres complètes de Zola (1979-1987), les Œuvres complètes de Kafka (1963-1965), le Surmâle d’Alfred Jarry (paru en 2006). Mais c’est évidemment à son travail pour la presse qu’il doit d’abord sa célébrité justifiée (ses dessins sont très nombreux à être publiés dans la presse internationale, notamment dans le New York Times), ce qui ne l’empêche pas d’affirmer que, pour lui, « le travail de dessinateur de journaux est un travail de journaliste, mais aussi d’artiste » (dans son autobiographie, TIM, Variations sur Georges Pompidou, mai 1968. TIM, Vietnam, étude pour une image qui a fait le tour du monde, 1968. l’Autocaricature, Paris, Stock, 1974). Il se confronte d’ailleurs très souvent aux autres artistes, modernes comme anciens, dont il s’approprie l’œuvre en la détournant, le premier exemple en ce sens étant peutêtre de Gaulle et Kroutchev transposés en Joueurs de cartes de Cézanne (1960). La lecture des carnets de travail est plus qu’intéressante. TIM notait énormément de chose : les événements qui l’avaient frappé, ceux qui étaient susceptibles de fournir le sujet d’un dessin, les recherches de légendes (il n’avait pas peur des calembours ni des à-peu-près) et les premières pensées des dessins eux-mêmes, ainsi que des réflexions diverses sur l’art et sur l’humour. En effet, le dessin de presse n’existe pas « dans le vide » : d’une part, il s’inscrit dans un contexte politique et social particulier et, d’autre part, il est fonction de l’histoire personnelle et de l’évolution stylistique et professionnelle d’un artiste. Si l’ensemble des dessins eux-mêmes, sur leurs grandes feuilles format raisin, quand ils sont accompagnés de leurs esquisses et de leurs approches, de leurs brouillons, rend lisible la démarche purement artistique du graphiste, il permet de comprendre comment l’événement est « médiatisé » par l’image de presse : comment le dessinateur, à travers un imaginaire à la fois singulier et collectif, parvient à restituer la complexité d’une situation, les sentiments qu’elle suscite. Le dessin était pour TIM « sa façon de ramener le chaos de l’actualité sous la protection d’un art qui vise l’harmonie », écrit Pierre Schneider, critique artistique pour l’Express et ami de l’artiste. Maxime Préaud et Scylla Morel Chroniques de la BnF - n°42 - 23



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