Chroniques n°42 jan/fév 2008
Chroniques n°42 jan/fév 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°42 de jan/fév 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : Expositions Carl De Keyzer, Richard Davies

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > d’importance égale et de qualité inégale déversées quotidiennement, propose une épochè, un suspens du jugement, un contre-regard nourri d’une ironie mordante. Le regard porté sur les « misères de la guerre » est, lui, empathique mais lessivé de tout voyeurisme. Les Tableaux de guerre esquissent un panorama géopolitique éloquent. L’ironie s’efface ici derrière le simple constat. Nous y remarquons que si la guerre ne se déroule plus sur les territoires des puissances dominantes, une guerre perpétuelle ne s’en active pas moins aux marches des empires, d’autant plus cruelle qu’elle atteint des populations démunies, peu armées pour se défendre. Le photographe nous mène ainsi en Angola, Burundi, Côte-d’Ivoire, Indonésie, Afghanistan… Cependant, les différents tableaux de guerre présentés ne donnent nullement à penser que tous les conflits sont équivalents ; une guerre civile n’est pas superposable à une guerre nationale. Une forme de paradoxe « Véritable caméléon, la guerre change de nature avec chaque cas particulier et, si l’on prend en compte tous les modes d’être qui sont les siens, si l’on considère ses caractéristiques fondamentales, elle est faite d’une merveilleuse trinité. On y retrouve la violence originelle de son élément faite de haine et d’hostilité, qui opèrent comme un instinct naturel aveugle ; le jeu des probabilités et du hasard, qui en font un libre jeu de l’esprit ; et sa nature subordonnée d’instrument politique, par laquelle elle appartient à l’entendement pur (1). » L’analyse de Clausewitz n’est contestable que si l’on considère, comme le fait René Girard, que la guerre échappe au politique et répond à une logique propre. Quelles que soient les causes, elles n’engendrent pas moins toujours les mêmes effets. Par leur format imposant ces photographies aboutissent à une forme de paradoxe. Elles forcent à une lecture attentive non à une vision globale et instantanée. Se révèlent alors des signes que nous reconnaissons pour avoir une connaissance préalable des effets de la guerre, une éducation à l’iconographie du conflit armé, que nous avons construit en idéaltype. Ce battement dialectique entre notre propre savoir et la vision du photographe crée l’espace nécessaire à une véritable pesée des conditions de la représentation de la guerre. Que se passe-t-il au cœur des empires ? Trois séries de Tableaux politiques illustrent les sessions parlementaires des 14 - Chroniques de la BnF - n°42 grandes puissances et brossent trois portraits contrastés de la vie politique au XXI e siècle : États-Unis d’Amérique, Chine, Europe. Ces images tiennent un discours évident sur le rôle et les méthodes de la représentation politique dans les démocraties. Les travaux du Sénat américain n’ont manifestement posé aucun problème d’accès. Les débats sont montrés en plans rapprochés, le photographe se meut parmi les orateurs et les auditeurs, dans un décor où l’on perçoit l’omniprésence des caméras de surveillance ou de télévision. Les photographies sont proches du tableau politique traditionnel, dont la grammaire esthétique se révèle clairement en filigrane. La série consacrée aux deux parlements européens, Bruxelles et Strasbourg, nous dévoile des lieux d’une modernité exemplaire, où des personnages anonymes, parfois légèrement « décalés » se déplacent sans intention évidente. La série consacrée au Parlement chinois montre les sessions auxquelles participent trois mille députés, munis d’un discours imprimé, lu et diffusé dans et hors CARL DE KEYZER CarlDe Keyzer, photographe belge né en 1958, est membre de l’agence Magnum depuis 1994. Il est l’auteur de célèbres reportages thématiques, entre autres, God Inc. (1992) sur les milieux religieux aux États-Unis, Homo Sovieticus (1989) ou Zona, Siberian prison camps (2003) sur la vie dans les pays de l’ex-URSS. Les prix les plus prestigieux ont couronné ses photographies et ses livres, ses œuvres ont été exposées fréquemment en Europe et dans le monde. Portrait de CarlDe Keyzer par Stephan Vanfleteren. Ci-dessus : Fleet Week. San Francisco. États-Unis, 2000. de la salle sur de multiples écrans géants. Un obsédant personnage se tient au garde à vous dans la plupart des images. Se révèlent alors à l’évidence des conceptions différentes de la politique, mais surtout grâce à la présence des caméras, des écrans, un souci général de la communication et du spectacle. Trinity nous invite à construire notre propre conception de l’histoire, et à envisager la profondeur de cette remarque de Paul Veyne : « […] Les événements historiques ne sont pas comprimables en généralités ; ils ne se ramènent que très partiellement à des types et leur succession n’est pas davantage orientée vers quelque fin ou dirigée par des lois de nous connues ; tout est différence et il faut tout dire. […] L’histoire est une science idiographique, non de notre fait et pour le goût que nous aurions pour le détail des événements humains, mais du fait de ces événements eux-mêmes, qui persistent à garder leur individualité (2) ». La photographie, dont la vertu consiste à découper le réel dans son instant, ne contredit pas la remarque de l’historien. Anne Biroleau (1) Clausewitz (Carlvon). De la guerre, trad. de l’allemand par Laurent Murawiec, Paris, Perrin, 2006. Livre I, § 28. (2) Veyne (Paul). Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, 1971.
L’imaginaire de Richard Davies Dessinateur et graveur né au Pays de Galles, trop tôt disparu en 1991, à l’âge de 46 ans, Richard Davies laisse un œuvre gravé de près de cent soixante-dix estampes et monotypes d’un extrême intérêt. Une exposition dans la Crypte de la BnF (site Richelieu) est consacrée à cet artiste, dont l’imaginaire très personnel se nourrissait d’une inspiration parfois douloureuse et d’une solide culture (Rembrandt, Goya, Klee, Virgile, Montaigne, Céline, Kafka, Lewis Carroll, Virginia Woolf aussi bien que Dylan Thomas ou Stravinsky figuraient dans son Panthéon personnel). Comme à l’abri, 1986. Eau-forte, aquatinte et pointe sèche. BnF/Dép. Estampes et photographie Richard Davies, aîné d’une famille de sept enfants, est né à Cardiff au Pays de Galles en 1945. Sa mère, originaire du cap de Bonne-Espérance était une personnalité singulière, d’abord convertie au communisme puis au catholicisme, qui berçait son fils de poèmes victoriens. Le poids de cette figure emblématique conduira Richard Davies à rêver, sa vie durant, de l’Afrique du Sud, comme d’un pays édénique. À l’âge de quinze ans, il quitte sa famille et la Grande-Bretagne pour voyager, pendant des années, gagnant sa vie dans l’hôtellerie, aux Bermudes, à Rio-de-Janeiro, Barcelone ou Genève, avant de se fixer à Paris, à l’automne 1968. Il y suit des cours du soir de dessin à Montparnasse, puis s’inscrit à l’École des beaux-arts et s’initie à la gravure à l’académie Goetz. Richard Davies commence à graver en 1970-1971, sur zinc ou sur aluminium, imprimant ses premières eaux-fortes en LES PRÊTS DE LA BNF : EXPOSITIONS HORS LES MURS Rome et les barbares Au commencement de notre ère, Rome domine l’ensemble des rives de la Méditerranée et poursuit ses conquêtes en direction du nord de l’Europe. Mais dès la fin du II e siècle, le rythme jusqu’alors régulier des conquêtes romaines est soudainement ralenti par de redoutables adversaires venus de Scandinavie, d’Europe centrale et des steppes asiatiques : les Barbares. Cette exposition retrace la « rencontre » entre les peuples barbares et les Romains, du seuil de notre ère à la fin du premier millénaire, et montre comment ces siècles d’affrontements, d’échanges et de coexistence ont couleurs chez Tristan Bastit, à l’atelier Sauve-qui-peut. En 1976, il découvre le Midi et se lie d’amitié avec Patrick Devreux et Evelyn Gerbaud, imprimeurs à Saint-Christol-de- Rodières, dans le Gard. Dans leur atelier, il créera, en 1988, six lithographies Dans sa démarche d’ouverture à un plus large public, la BnF poursuit sa politique de prêts à des expositions extérieures. Cette action se renforce parfois par des partenariats, noués en France et à l’étranger, donnant lieu à d’importantes manifestations. forgé une part importante de l’identité politique, culturelle et linguistique de l’Europe, et ont contribué à la naissance d’une civilisation occidentale renouvelée. Elle rassemble de nombreux trésors archéologiques, dont un grand nombre issus des collections du département des Manuscrits et du département des Monnaies et médailles, en particulier les principales pièces du trésor de Childéric, le calice et la patène de Gourdon, le bouclier de Scipion, le bouclier d’Hannibal et la copie du trône de Dagobert. Du 24 janvier au 24 mai 2008 Palazzo Grassi - Venise uniques dans son œuvre gravé. Équipé d’une presse, Davies partage un atelier de gravure, rue d’Arcueil, à Paris. Un voyage en Italie, et il se passionne pour les Étrusques, la mythologie romaine et Virgile, qu’il lit dans le texte. « Je conçois les gravures comme des poèmes en Le trône de Dagobert. BnF/Dép. Monnaies et médailles Chroniques de la BnF - n°42 - 15 © ADAGP, 2008



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