Chroniques n°42 jan/fév 2008
Chroniques n°42 jan/fév 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°42 de jan/fév 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : Expositions Carl De Keyzer, Richard Davies

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > Une merveilleuse trinité 12 - Chroniques de la BnF - n°42 Les trois chapitres de Trinity du célèbre photographe CarlDe Keyzer sont montrés pour la première fois à Paris dans la Galerie de photographie du site Richelieu. Que cache ce titre, Trinity, à la fois évident et énigmatique ? Trinity est le fruit de reportages réalisés pendant ces quinze dernières années, période où le photographe CarlDe Keyzer s’est rendu sur les théâtres de conflits ou d’événements importants. Cette expérience l’a incité à concevoir un projet synthétique, construit autour de l’histoire, de la politique et de la guerre. Il s’attache moins au compte rendu direct d’événements ponctuels qu’au désir de proposer une réflexion sur l’élaboration de l’histoire et sur la valeur testimoniale de la photographie en un temps de crise existentielle du photojournalisme. Le principe intellectuel repose sur l’évocation d’un fait peu évoqué. En juillet 1945, les États-Unis expérimentèrent, dans une bourgade du nom de Trinity, la première bombe atomique. Cet événe- TRINITY, PHOTOGRAPHIES 1991-2007 29 janvier-13 avril 2008 Site Richelieu/Galerie de photographie Commissariat : Anne Biroleau, conservateur en chef, chargée de la photographie contemporaine au département des Estampes et de la photographie, BnF. Avec le soutien de Champagne Louis Roederer. En collaboration avec Magnum Photos. ment originel a déterminé toute l’orientation politique de la seconde moitié du XX e siècle, et pèse encore sur les équilibres stratégiques mondiaux. L’humanité venait d’entrer dans une phase incontrôlable de son destin, celle de la violence extrême, de la destruction de toute vie. Un événement peut rarement être saisi immédiatement dans toute son ampleur. Un hiatus permet le recul nécessaire pour comprendre sa portée et élaborer une narration qui le prenne en compte ou, après coup, le néglige. Une structure en triptyque Le titre de ce projet évoque, donc, une structure en triptyque où se répondent la politique, l’histoire et la guerre. Leurs linéaments se dévoilent dans le tressage visuel des reportages réalisés au sein des parlements de quelques grandes puissances, puis au cœur d’événements revendiqués comme tels par leurs protagonistes, enfin dans des pays frappés par la guerre, non pour entrer dans le feu de l’action, mais pour en rendre visibles les traces parfois imperceptibles. CarlDe Keyzer s’appuie sur une riche tradition iconographique. La peinture figurative, le dessin, la gravure demeurèrent longtemps une source de témoignage et un outil de reportage. Le format, la couleur, la représentation en gloire, les cadrages imposants, la mise en scène, tous éléments relevant le plus souvent d’un souci de propagande et de spectacle, créèrent une vision éblouissante, incontestable, destinée au présent et à la postérité. Il en revendique l’influence, non pour ressusciter un genre caduc, mais pour en montrer l’asymétrie fondamentale. Porteuse d’information et de message moral, la peinture d’histoire fut le « Grand genre » de l’Académie. Définie en ses plus infimes détails par Alberti, en termes de contenu plutôt que de valeur artistique, elle sombra à la fois sous le poids des conventions et des stéréotypes, et sous la pression de modes de représentation plus réalistes, engendrés par l’invention de la photographie. CarlDe Keyzer se propose le défi de renouer avec ce style de vocabulaire plastique aujourd’hui délaissé, d’en offrir une étude, une critique – au sens philosophique – photographique. Il construit sa pratique sur les problèmes esthétiques liés à l’utilisation systématique de tirages en grands formats et de panoramiques en couleur. « En revenant vers le concept d’une grande image représentant une situation, je tente de réintroduire le paramètre du temps dans sa relation à l’image du réel. Le regardeur, dans un musée, est induit, en vertu de la grande dimension des images, à les regarder à la manière d’une peinture. Debout, immobile, assis, voire parfois agenouillé en face d’une image, l’attitude ainsi encouragée renoue avec celle des temps de média-
© CarlDe Keyzer/Magnum Photos tions moins pléthoriques », nous dit CarlDe Keyzer. De nos jours, les médias de presse, et plus encore la télévision, se sont substitués à l’imagerie dévolue au récit des événements jugés marquants par ceux qui en étaient spectateurs ou protagonistes. Ils offrent une vision parcellaire, unilatérale ou distordue de la réalité. Le front médiatique est prégnant, les outils de l’information se sont différenciés – notamment grâce à l’Internet – et le contexte s’est globalisé. Les bribes de ce récit partiel et éclaté peinent à s’agencer en une intrigue intelligible, qui demeure sans cesse en souffrance d’élaboration. Le concept mis en œuvre offre une exploration, une vision dans le temps réel de l’actualité, des mécanismes et des interactions du pouvoir et de l’histoire, une opportunité d’arrêt sur l’image, une occasion d’interroger la représentation © Frédérique Jouval ; Viviane Dalles iconographique. CarlDe Keyzer nous pose, grâce à sa conception de la photographie, les mêmes questions que partagent les historiens. La représentation photographique peut-elle construire l’Histoire immédiate ? Une image peutelle constituer un document et quelles en sont les modalités véridictoires ? Dans quel agencement trouve-t-elle alors une signification ? Quel type de récit est encore possible après la fin d’une narration à la manière de Michelet ? Nous percevons que les grands événements ne le deviennent que par un choix délibéré et arbitraire au sein d’un flux temporel, que nous ignorons les visages des véritables décideurs et les raisons profondes de leurs décisions. Nous découvrons que les guerres ne sont guère représentables que par leurs effets et leurs vestiges. Le temps se réduirait-il à une surface indifférenciée où l’histoire se Ci-dessus : ancien palais du premier roi. Kaboul. Afghanistan, 2003. Ducor Palace. Premier hôtel cinq-étoiles de Monrovia. Fermé en 1990 après le début de la guerre, actuellement transformé en centre d’hébergement. Liberia, 2004. déploierait comme narration fluctuante, toujours substituable et jamais légitime absolument ? Mais la vision de CarlDe Keyzer ne tombe pas dans le relativisme absolu du doute systématique ou de l’impossibilité d’acceptation du témoignage visuel. Son originalité réside dans un décalage systématique entre l’importance attribuée à l’événement par ceux qui en sont les agents ou les figurants, et la représentation qui peut en résulter. Il désamorce, en la rendant évidente, la dimension spectaculaire qui, tel un nuage de fumée, dissimule la réalité des stratégies politiques ou économiques sous jacentes. Sous l’objectif du photographe, par son choix totalement arbitraire de représentation, par son passage dans le domaine esthétique, l’événement devient une forme inédite de Ready Made. Les prétendus événements des Tableaux d’histoire auxquels s’attache le photographe participent manifestement d’une dynamique de communication intensive, imitée des procédés de la publicité. La volonté spectaculaire qui préside à leur organisation se trouve d’autant plus décalée et désamorcée que le photographe se place dans le même espace que les spectateurs anonymes. Il donne à voir la galaxie de pseudo-événements qui se produisent en dehors, derrière ou à côté de l’instant attendu. Nébuleuse de gestes sans signification particulière, tranchés par le scalpel du coup de flash, par des cadrages surprenants, magnifiés par la composition, l’équilibre des valeurs, la majesté du format, ces coupures arbitraires acquièrent une importance égale à celle du moment historique dont elles sont la marge. CarlDe Keyzer construit son œuvre en opposition au flux continuel d’images Chroniques de la BnF - n°42 - 13



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