Choiseul Magazine n°7 mai à aoû 2019
Choiseul Magazine n°7 mai à aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de mai à aoû 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 27,4 Mo

  • Dans ce numéro : le portrait de Yannick Bolloré.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA TRIBUNE DE Les écoles de commerce ont-elles une utilité pour la société ? L’évolution. Ce mécanisme implacable par l’effet duquel nous passons d’un état à un autre est en phase de gestation d’un nouveau modèle économique et social. Les symptômes sont légion  : ici le changement climatique, là l’inanité de la méritocratie, partout la fulgurance des avancées technologiques. Avec pour toile de fond l’éternelle quête de sens, rendue plus essentielle à mesure que le monde nous apparaît dans sa possible finitude. « À quoi servons-nous ? » se mue en « à quoi servirons-nous ? ». De part et d’autre des voix s’élèvent pour pointer le nécessaire renouvellement des modèles économiques connus. Le « réveil », prélude à tout changement, voit une multitude d’yeux à ouvrir. La feuille est loin d’être blanche  : c’est en identifiant les questions que nous donnons du sens aux réponses. Ces questions dessinent le visage des jeunes générations et leurs réponses sont autant d’injonctions pour un monde plus équitable, des sociétés plus responsables, où la place de chacun est défendue par tous. S’il est impossible de prédire avec exactitude à quel monde nous les préparons, alors quel rôle jouons-nous, nous professeurs et responsables académiques, dans la formation de ceux qui façonneront la société de demain ? De la fracture naît demain Les révolutions nous ont appris quelque chose  : c’est dans les esprits que naissent les nouveaux paradigmes. L’enseignement supérieur a de tout temps tiré sa légitimité de 12 L’utilité sociale des Business School Emmanuel Métais est directeur général de l’EDHEC Business School. Docteur en stratégie, il a occupé des fonctions clés à l’EDHEC. Il a dirigé le Global MBA, programme entré sous son égide dans le classement mondial de The Economist et du Financial Times, avant de prendre la direction du programme Master Grande Ecole. Spécialiste des stratégies de rupture et de la performance des fusions-acquisitions, Emmanuel Métais est Professeur à l’EDHEC depuis plus de 20 ans et a publié de nombreux articles et ouvrages sur ces sujets en France et à l’international. deux colosses, dont les pieds pourraient demain se révéler d’argile  : le diplôme et la recherche. Dans un monde où le savoir est disponible tout le temps et partout, la valeur du diplôme pose question. Et si l’on rajoute le coût de cette instruction, qu’il soit imputé au particulier ou à la société, l’équation peut effectivement faire douter. Pour la recherche, l’obligation de résultat s’est par trop substituée à celle de moyens  : si recherche il doit y avoir, sa qualité doit être appréciée à l’aune de son impact réel sur le monde. L’instruction sert, c’est indéniable. Mais dans une société en quête de sens, « servir » ne peut s’entendre que dans une contribution active aux transformations en cours. Nos étudiants et futurs étudiants, qui nous attendent bien avant le tournant, l’ont bien compris. Les institutions d’enseignement supérieur ne peuvent plus seulement délivrer un savoir, elles doivent construire des réponses fortes, au service de la société, en matière de formation, de préparation, ou de création de connaissance. En préparant ceux qui préparent demain, nous acceptons la mission fondamentale d’accoucheurs de société. À ce titre, notre rôle est plus que jamais d’être des accompagnateurs et des incubateurs. Que proposons-nous aujourd’hui à ceux qui feront demain ? Cette question revêt d’autant plus d’importance pour les Business Schools  : si l’on considère que le business est bel et bien l’un des vecteurs de changement les plus puissants de nos sociétés, la mission de former les leaders de demain revient à se demander quelle société nous voulons voir émerger.
Composite et avide de changer le monde Éducateurs et employeurs ont longtemps pensé, et ce jusqu’à très récemment, que former des experts était le meilleur moyen de répondre à un grand nombre de problématiques. Cela reste très vrai, et la spécialisation demeure un gage d’employabilité pour la grande majorité de ceux qui fréquentent nos établissements. Mais si l’on accepte que 60 à 80% des métiers qui seront occupés en 2030 n’existent pas encore aujourd’hui, on comprend vite que l’expertise seule ne suffit pas et qu’employabilité rimera avec adaptabilité. « En matière d'éducation, la technologie peut ré-humaniser l'enseignement  : grâce aux learning analytics, il est possible de savoir comment un étudiant apprend, à quelle vitesse, ce qu'il retient et comment il se l'approprie. Notre mission est de former des profils composites, dont l’expertise principale est augmentée par des grilles de lectures multiples, empruntant aux humanités comme à des disciplines que l’on ne trouve traditionnellement pas dans les écoles de commerce. Il nous faut leur apprendre à être curieux et ambitieux. Curieux de questionner le monde, de s’ouvrir à d’autres réalités, de rester éveillés et au contact de la connaissance utile tout au long de leur vie. Ambitieux dans leur envie de changer le monde, pour revenir au sens premier de l’entreprenariat  : chercher le sens et l’impact de son action, contribuer pour améliorer, mettre sa créativité au service du progrès social et sociétal. Plus que jamais, les révolutions technologiques ont besoin de sens. Comme nous avons dépassé la logique du profit pour le profit, nous dépassons l’idée du progrès pour le progrès. À quoi sert la data s’il ne se trouve personne pour l’interpréter ? L’ubérisation si elle détruit au lieu de désintermédier ? Un réseau social s’il éloigne plus qu’il ne rapproche ? L’intelligence artificielle si elle ne s’imprègne pas d’éthique ? Le leader de demain devra être capable de donner du sens, de proposer une utilité, à la société, à ses parties prenantes, à tous ceux qu’il touche. C’est cette sensibilité que nous devons chercher à développer chez nos étudiants, une capacité à contextualiser, à ériger des ponts solides entre le business et la société. Apprendre à apprendre La valeur de nos écoles se déplace. Avec les bouleversements qu’amène la technologie dans les méthodes d’enseignement, nous devons repenser le rôle du sachant et plus globalement notre valeur ajoutée. La transmission d’un EMMANUEL MÉTAIS 13 savoir n’est plus l’apanage d’un professeur ou d’une institution. Si la technologie a permis une massification des savoirs disponibles, elle va aussi décupler notre capacité à personnaliser, à accompagner et à transformer. En matière d’éducation, la technologie peut ré-humaniser l’enseignement  : grâce aux learning analytics, il est possible de savoir comment un étudiant apprend, à quelle vitesse, ce qu’il retient et comment il se l’approprie. Le professeur peut dès lors démultiplier l’acte d’apprentissage  : il guide autant qu’il transmet, il aide à faire des choix et apprend à apprendre. La salle de classe n’est plus hermétique, elle s’ouvre pour s’enrichir d’interfaces avec d’autres formations comme avec les entreprises. En faisant entrer ces dernières dans notre proposition pédagogique, nous donnons à nos étudiants la capacité à répondre à des problématiques concrètes. Les écoles de droit ou de médecine ont leurs cliniques ; les écoles de commerce ont leurs labs et leurs factory, où l’on cultive cette mise en application des connaissances, pour créer un lien fort avec les besoins de la société. La même logique s’applique à l’engagement associatif, autre pierre angulaire et distinctive de nos expériences éducatives, puisqu’il permet de tisser le lien entre vie académique et impact sociétal. Nous sommes désormais entrés dans une ère de maturité face aux grands enjeux de la société. Les entreprises ne peuvent plus s’abriter derrière un engagement de façade, pas plus que ne le pourraient les établissements d’enseignement supérieur. Les étudiants sont des consommateurs et des citoyens avant tout. Leurs exigences personnelles en matière d’évolution de nos modèles sociaux ont rejoint leurs exigences en matière d’éducation et d’emploi. De manière plus large, les grands facteurs de production, que ce soit le travail ou le capital, sont de plus en plus soumis à ces grands enjeux. L’accès à ces ressources, pour les entreprises et dans une certaine mesure pour les écoles, va devenir plus compliqué si elles ne sont pas proactives en matière d’environnement, de mixité sociale ou de développement sociétal. En formant les dirigeants de demain, nous impactons directement les entreprises et leur capacité à répondre aux enjeux de la société. Nous serons utiles tant que nous saurons préparer à l’incertain. C’est en donnant à nos étudiants les moyens de trouver leur propre utilité que nous définissons la nôtre.



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