Choiseul Magazine n°6 jan à avr 2019
Choiseul Magazine n°6 jan à avr 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de jan à avr 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 21 Mo

  • Dans ce numéro : la ville de demain...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L’ENTRETIEN Une ambition panafricaine Sahbi Othamni est né à Tunis en 1977. Après avoir obtenu son diplôme à Sup de Co Tunis et un MBA Exécutif à l’EDHEC à Nice, il rentre en Algérie pour devenir directeur des ventes de l’entreprise familiale, La Nouvelle Conserverie Algérienne de Rouiba, leader national de fabrication de boissons à base de fruits. Devenu directeur général du groupe en 2010, c’est lui qui copilote, avec son cousin et président du Conseil d’administration, Slim Othmani, l’opération d’introduction en bourse. Rouiba devient la première entreprise algérienne cotée en bourse au rang de leader africain. Mais ce jeune patron sait qu’une entreprise moderne se doit d’avoir des valeurs et des combats. Rouiba est ainsi lauréate du premier prix national de l’environnement en 2018 après avoir multiplié les certifications ISO pour la qualité de ses process et de ses produits. À l'instar de Jean Bodin, Sahbi Othmani sait aussi qu' « il n’y a de richesse que d’hommes » et attache une grande importance à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Très impliqué également dans les instances patronales, Sahbi Othmani, tout en distinction et courtoisie, sait aussi parler cash pour dire ce qu’il pense. Assurément un patron de son siècle. Sahbi Othmani est également lauréat du Choiseul 100 Africa et numéro 1 du classement 2018. 6 Gérard Bonos  : Comment s'est passée cette année pour Rouiba ? Sahbi Othmani  : Rouiba est leader historique du marché des boissons aux fruits en Algérie. Depuis cinquante ans, nous occupons la première position dans un marché considéré comme l'un des plus importants en Afrique en termes de taille et de per capita. En 2017/2018, la filière des boissons a été impactée, à l'instar de beaucoup d’industries de grande consommation, par une baisse importante du pouvoir d’achat due à une dévaluation conséquente du dinar, une inflation importante et un climat général d’incertitude. Dans ce contexte, nous étions contraints de chercher d’autres réservoirs de productivité afin de baisser nos coûts et préserver notre rentabilité. Nous avons également activé d’autres relais de croissance, notamment à travers l’innovation et l’export. D’ailleurs nous comptons finir l’année avec une croissance en valeur proche de 7% sur un marché qui afficherait un net recul de plus de 15%. Comme quoi, sortir de sa zone de confort est une épreuve structurante pour une entreprise. GB  : Comment voyez-vous les prochaines années pour votre groupe ? SO  : Outre les diversifications locales sur d’autres segments ou marchés, nous sollicitons sans cesse la banque d'Algérie pour des autorisations d’investissements à l'étranger. Nous avons des partenaires sérieux et des projets très intéressants en Afrique de l'Ouest sur lesquels nous avançons concrètement en attendant une réglementation de change plus souple. Rouiba a tous les atouts pour être le premier producteur de jus de fruits en Afrique sur les cinq prochaines années. GB  : Lors du Choiseul Africa Summit, à Alger les 14 & 15 mai 2017, on a beaucoup parlé des échanges africains Sud-Sud. Est-ce que c'est un marché prioritaire pour vous ? SO  : La filière de transformation de fruits n’est pas assez développée en Algérie. Les quantités ne sont pas suffisantes, et les variétés ne sont pas propices à une transformation pour des besoins industriels. Nous sommes donc contraints d'importer le plus gros de nos besoins (Brésil, Floride, Inde, Espagne…). Par ailleurs, l’Afrique de l’Ouest, pour ne citer que cette partie du continent regorge de gisements de fruits très abondants. Ces fruits ne sont pas conservés et la plupart des récoltes sont abandonnées sur l’arbre. Nous pourrions donc collecter, transformer et conditionner sur place avec des coûts largement plus intéressants à l’export. Voilà un modèle sud-sud des plus évidents. GB  : Résolument internationale, quelles sont les zones où Rouiba souhaite s'investir ?
SO  : Essentiellement l'Afrique de l'Ouest dans un premier temps. GB  : Votre stratégie en Europe ? SO  : Nous vendons régulièrement en France et en Espagne avec quelques tentatives sur d'autres pays européens. Évidemment, cela reste assez sporadique vu que nous ne visons pour le moment que la communauté maghrébine installée en Europe. Cela étant, nous serions parfaitement capables d’exporter à partir de la sous-région vers l’Europe des concentrés, voire des jus frais ou des jus bio, comme c’est le cas d’une usine totalement exportatrice au Bénin spécialisée dans les jus bio. GB  : Votre action à la tête de l'opérationnel est beaucoup tournée vers le développement durable, les produits respectant l'environnement et responsables en matière sociétale. Vous avez d'ailleurs reçu plusieurs prix dans ces différents domaines. Ces dimensions sont importantes pour vous ? Et pourquoi ? « L'Algérie est non seulement un réservoir d'opportunités mais sa position pourrait aussi lui conférer le statut d'un véritable corridor entre l'Europe et l'Afrique SO  : Notre orientation et notre intérêt pour le développement durable font partie de nos valeurs. Rouiba est la première entreprise à avoir intégré la démarche RSE en Algérie en 2011. Nos cadres formés en tant que champions de la RSE ont contribué à sensibiliser une dizaine d’entreprises et organisé plusieurs séminaires et conférences sur les thèmes de la RSE et du développement durable. Dans ce contexte nous avons déployé une politique de développement durable à l’horizon 2030, basée sur quatre axes stratégiques qui sont  : en premier lieu les ressources humaines au centre de l’organisation ; ensuite la protection de l’environnement à travers la neutralité écologique ; troisièmement la promotion de la consommation responsable et durable ; et enfin, être une entreprise citoyenne leader des bonnes pratiques. À plus court terme, Rouiba a identifié des priorités de développement durable portant sur l’efficacité énergétique, la maîtrise de la consommation en eau, la sensibilisation des clients à consommer des produits moins sucrés, l’amélioration du dialogue avec les parties prenantes, en priorité les collaborateurs de l’entreprise. Plusieurs projets inscrits sous ces priorités sont en cours de déploiement ce qui a permis à notre entreprise d’être certifiée ISO 9001, 14 001, 22 000. Notre entreprise a reçu le 1er prix national de l’en- SAHBI OTHMANI Daouda Fall (Guinée), Sahbi Othmani, Pascal Lorot & Jules Ngankam (Cameroun) à l'occasion du petit-déjeuner de lancement du Choiseul 100 Africa 2018 7 vironnement en 2008 et le 1er prix de l’innovation en 2013 pour notre Observatoire du bien-être social. GB  : Est-ce que ça n'altère pas votre compétitivité ? SO  : Aucunement, le retour sur l’image et la réputation de la marque sont inestimables. D’autant plus que sur le plan des valeurs partagées en interne, cela agit vertueusement sur l’appartenance et la rétention des employés. GB  : Estimez-vous que l'Algérie deviendra rapidement « business friendly » ? Que faut-il pour attirer plus d'investissements internationaux ? SO  : À l’instar de plusieurs champions algériens, nous pouvons produire en Algérie aux normes internationales avec des coûts de main d’œuvre très compétitifs. Évidemment, le marché européen est loin d’être ouvert mais il n’est pas impossible d’y accéder par des niches stratégiques ou par des contrats de coproduction dans un premier temps. Par ailleurs, l’Algérie ne peut souscrire à une posture conquérante à l’international ni attirer les environnements de développement intégrés (IDE en anglais) en étant hostile à toutes formes d’ouvertures. On comprend parfaitement l’intérêt de protéger son marché local et ses capitaux, mais il faudrait que ce soit fait de manière nuancée, tactique et - surtout - stratégique ; avec une vraie vision d’intégration à la clé. La taxation tous azimuts de tout ce qui nous vient de l’étranger n’est certainement pas la solution. C’est plutôt un handicap pour les entreprises qui voudraient exporter. Pour conclure, l’Algérie est non seulement un réservoir d’opportunités mais sa position pourrait aussi lui conférer le statut d’un véritable corridor entre l’Europe et l’Afrique. Propos recueillis par Gérard Bonos.



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