Choiseul Magazine n°6 jan à avr 2019
Choiseul Magazine n°6 jan à avr 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de jan à avr 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 21 Mo

  • Dans ce numéro : la ville de demain...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Sur le plan démocratique et éthique, l’utilisation de techniques de désinformation peut contribuer à déstabiliser le débat public, tandis que le risque de se voir imposer dans les démocraties avancées des solutions éthiques non-conformes aux préférences sociales est fort ; en d’autres termes, les Européens pourraient être amenés à acheter des produits traitant de leur santé ou de leur sécurité sans partager les choix opérés pour eux. Enfin, sur le plan militaire, les risques ne sont pas moins importants puisqu’ils concernent l’apparition de frappes automatiques par drones autonomes, tout autant que des attaques informatiques sophistiquées. Un avant-goût de ce type de conflit peut être trouvé dans la vidéo Slaughterbots qui, en 2017, a mis en scène des micro-drones abordables utilisant l’IA et la reconnaissance faciale pour abattre des adversaires selon des critères préprogrammés. En partant d’un scénario dystopique tout droit inspiré de la série britannique Black Mirror, le professeur Stuart Russell, de Berkeley, a souhaité offrir ici un plaidoyer pour le contrôle de ce type d’armements. En fin de compte, derrière l’expression géopolitique de l’IA, il faut non seulement prendre en considération les implantations physiques des géants informatiques américains et chinois, des start-ups et des laboratoires publics de recherche, mais également les conséquences structurelles que cette technologie va engendrer sur le fonctionnement de nos sociétés. Ces effets doivent être compris dans un contexte technologique et géopolitique fluide, puisque le développement de superordinateurs, de l’imprimante 3D, de la blockchain ou de semi-conducteurs comme les puces intégrées spécialisées ne manqueront pas d’avoir des incidences sur ce que l’on peut assimiler à une nouvelle course technologique. Une nouvelle course à l'espace sino-américaine « L’IA devient un enjeu majeur de souveraineté dès lors que l’on considère les défis posés en matière d’enjeux économiques, démocratiques, éthiques ou encore militaires La victoire du logiciel AlphaGo face au champion coréen du jeu de go Lee Sedol. Sans surprise, les États-Unis et la Chine partent dans cette course technologique avec plusieurs longueurs d'avance, du fait de leurs acquis, de la taille de leur marché ainsi que d'un écosystème performant. A ceci s’ajoute une politique laxiste en matière de protection de données personnelles, à la différence de celle des Européens, beaucoup plus soucieux des données personnelles. De fait, l’IA est parfois présentée comme la prochaine course à l'espace, un nouveau front dans laquelle l’un des deux supergrands doit nécessairement prendre le dessus. Pour poursuivre la métaphore spatiale, le succès du logiciel AlphaGo a été pour la Chine un « moment Spoutnik »  : quand elle a vu le champion sud-coréen Lee Sedol être battu en mars 2016, puis le champion du monde chinois Ke Jie en mai 2017 connaître le même sort, Pékin a vu le potentiel de cette technologie. Jeu d’une complexité supérieure aux échecs en raison d’un nombre de combinaisons bien supérieur, la 42 Chine a redoublé d’efforts pour égaler les Etats-Unis. Pour l’investisseur et essayiste américain implanté à Pékin Kai-Fu Lee (AI Superpowers  : China, Sillicon Valley and the New World Order), la Chine dispose des moyens de ses ambitions en la matière, avançant que « si les données sont le nouveau pétrole, alors la Chine est la nouvelle Arabie Saoudite » - Pékin devant disposer en 2030 de 30% des données du monde. Acteurs essentiels du domaine, les plateformes américaine et chinoise sont d’une taille sans commune mesure avec leurs concurrents internationaux, permettant d’accumuler des données utiles afin d’en développer les applications. Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) américains sont les quatre plus fortes capitalisations boursières au monde (Apple en tête), et se trouvent en mesure d’acheter tout éventuel concurrent. Elles sont ainsi suffisamment fortes pour contourner les règles et échapper à l’impôt en Europe. Pourtant, les groupes chinois du BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) ont rapidement refait une partie de leur retard sur leurs homologues américains  : en 2018, Tencent a pris la 5e place dans le classement précédent (2e progression mondiale derrière Amazon), et Alibaba a pris la 7e place (3e progression mondiale). Après le volontarisme affiché de Barack Obama en la matière, Donald Trump semble davantage faire confiance au Pentagone et à la Sillicon Valley pour maintenir le leadership actuel, promouvoir
la recherche publique et éliminer les obstacles à l’innovation. De son côté, sous l’impulsion de son Président Xi Jinping, le Conseil d’Etat chinois a publié en 2017 une stratégie visant à faire de la Chine le premier centre global de l’innovation en matière d’IA en 2030, devenant une référence dans la régulation des intelligences artificielles. Elle est déjà aujourd’hui en tête du volume de publications scientifiques sur le sujet, supplantant les Etats-Unis qui ont mené la course depuis plusieurs décennies. Autour de ces deux leaders, la carte du monde se redessine. Faute de capacité à maintenir une souveraineté numérique, l’Afrique pourrait devenir à proprement parler une cyber-colonie, dans laquelle les ressources locales (les données) seraient exploitées par de grands empires économiques qui capteront l’essentiel de la valeur et feront émerger des règles concurrentes à celles des Etats locaux. Souhaitant bénéficier de l’expertise chinoise en matière de surveillance, le Président zimbabwéen Mnangagwa a par exemple accepté en 2018 de donner les informations biométriques de ses citoyens à la start-up de Guangzhou CloudWalk Technology, qui avait besoin d’images de visages de personnes noires pour perfectionner son logiciel de reconnaissance faciale, biaisé jusqu’ici car s’étant entraîné majoritairement sur des visages blancs. Le but de la manœuvre est bien évidemment de censurer et de contrôler sa population, d’autant qu’aucune loi ne protège les données personnelles des citoyens. Si la surveillance ne manque pas d’inquiéter, l’IA pourrait également remplir de manière plus positive le rôle des dispensaires religieux du 19e siècle. En effet, faute d’accès à un nombre suffisant de médecins bien formés, dans une population amenée à connaître une augmentation rapide, la e-santé devrait expérimenter ici une croissance plus rapide qu’ailleurs. Tout comme l’entreprise kenyane M-Pesa a permis à une partie de l’Afrique de payer par le biais du téléphone mobile sans passer par la création d’un secteur bancaire puissant et consolidé, on peut s’attendre à ce que la e-santé connaisse un développement similaire, voyant l’émergence 43 GÉOÉCONOMIE d’un système de santé reposant moins sur l’hôpital que leurs homologues européens. L’implantation d’un certain nombre d’acteurs (entreprises technologiques ou pharmaceutiques) ira probablement dans ce sens. « L'Afrique pourrait devenir à proprement parler une cyber-colonie, dans laquelle les ressources locales (les données) seraient exploitées par de grands empires économiques Les quatres hommes à la tête des BATX, de gauche à droite  : Robin Li Yanhong (Baidu), Jack Ma (Alibaba), Ma Huateng (Tencent) & Bin Li (Xiaomi) Plaidoyer pour une Europe de l'I.A Dans la course à l’intelligence artificielle, comme ils l’étaient dans la course à l’espace, les Européens sont mal partis, ayant accumulé des retards techno-industriels. Dépourvus de mastodontes économiques comme les Etats-Unis ou la Chine, les Européens ne parviennent pas à consolider leurs rares licornes, ces entreprises technologiques dont la valorisation atteint plus d’un milliard de dollars. Pire, certains de ses joyaux les plus prometteurs, comme l’entreprise britannique d’IA Deep- Mind, sont rachetés avant même d’avoir atteint ce seuil  : créée en



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