Choiseul Magazine n°6 jan à avr 2019
Choiseul Magazine n°6 jan à avr 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de jan à avr 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 21 Mo

  • Dans ce numéro : la ville de demain...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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VUE DU MONDE LA T URQUIE, UN ATOUT CORÉE POUR DU NORD L'E UROPE  : DES ARMES IDENTITAIRES AU SERVICE DU RÉGIME 36 Par Laurence Daziano Laurence Daziano est économiste, maître de conférences à Sciences Po, membre du Conseil d’administration de la Fondation Charles de Gaulle, membre du Conseil scientifique de la Fondapol, auteur de  : Les pays émergents. Une approche géo-économique (Armand Colin, 2014), La nouvelle vague des émergents  : Bangladesh, Ethiopie, Nigeria, Indonésie, Vietnam et Mexique (BENIVM) (Fondapol, 2013) et Repenser notre politique commerciale (Fondapol, 2017). Laurence Daziano est également Directrice de la régulation à la SNCF et alumni du Choiseul 100.
Les Turcs n’ont plus d’illusion. Ils savent qu’une adhésion pleine et entière à l’Union européenne est désormais fermée. Pour autant, les intérêts des deux parties restent indissociablement liés. L’Union européenne ne peut ignorer la puissance stratégique que représente la Turquie à ses frontières, idéalement située entre l’Occident, l’Orient et l’Asie. La Turquie, quant à elle, ne peut se passer de l’Europe, son premier client et son premier banquier. Dans ce cadre, un nouveau partenariat doit être fondé entre Bruxelles et Ankara. En politique intérieure, la parenthèse kémaliste se referme Déjouant les pronostics des médias occidentaux, Recep Tayyip Erdoğan a été massivement réélu président de la Turquie, dès le premier tour des élections présidentielles du 24 juin 2018. Était-ce de la naïveté ou du wishfull thinking de la part des Occidentaux de voir R.T. Erdoğan mis en ballotage, voire battu ? Les Turcs ou les observateurs avertis ont rarement douté de la réélection du président. Plus de 56 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour l’élection présidentielle, mais aussi pour les élections législatives. Ce double scrutin marquait le passage d’un système parlementaire au régime hyperprésidentiel souhaité par Erdoğan et validé lors d’un référendum en 2017. M. Erdoğan est arrivé en tête de la présidentielle avec un score de 52,5%. L’alliance dominée par le parti de la Justice et du Développement (AKP) menait avec 53,61% aux législatives, même si le parti du président a perdu des sièges par rapport aux législatives de novembre 2015. Son principal 37 concurrent, le social-démocrate Muharrem Ince, est arrivé en deuxième position, avec 30,7% voix, tandis que l’alliance anti-Erdoğan formée par les partis d’opposition pour le volet législatif du scrutin a récolté 34%. Si la question de l’équité électorale peut être posée durant la campagne électorale avec une opposition qui n'avait pas accès aux médias, le résultat est néanmoins sans appel, la participation ayant été de 88%. L'opposition, qui avait fait alliance, est sortie affaiblie du scrutin. R.T. Erdoğan a inauguré le régime présidentiel turc. Il est désormais à la fois chef de l’État, du gouvernement et du parti islamo-conservateur AKP, ce qui lui permet de dominer indirectement le Parlement. De surcroît, R.T. Erdoğan contrôle l'institution judiciaire puisqu’il nomme désormais la majorité des hauts magistrats. La domination du chef de l'État sur l’appareil administratif et militaire est d'autant plus importante qu’il a « nettoyé » les institutions après le coup d'État manqué du 14 juillet 2016. Près de 140 000 fonctionnaires ont été limogés, dont le tiers des généraux. Dans son allocution lors de la soirée électorale, M. Erdoğan a promis de « donner au pays un nouvel aspect après quatre-vingt-quinze ans d’existence de la République », dessinant une « Turquie forte », vouée à devenir, d’ici à 2023, « l’une des dix premières puissances mondiales », promettant la « démocratie ». En réalité, fermer « la parenthèse du kémalisme » est le vœu le plus ardent de l’élite islamo-conservatrice au pouvoir depuis 2002. Le projet modernisateur d’Atatürk, le « père » de la Turquie moderne, apparaît aujourd’hui usé. La laïcité, l’arrimage quasi exclusif du pays à l’Occident n’auraient plus lieu d’être. À leurs yeux, à force de trop regarder vers l’Ouest, les Turcs ont été coupés de leur héritage ottoman et de leurs racines islamiques. M. Erdoğan promet une révolution. Il veut façonner une autre Turquie, plus conservatrice, plus religieuse, dotée d’ambitions globales, capable de s’ériger en protectrice de l’islam sunnite. L’ère Erdoğan a ses symboles. Le chef de l’État a achevé son discours en faisant de la main le signe de Rabia — pouce replié vers la paume, quatre doigts dressés. Ce geste a servi de signe de ralliement à la confrérie des Frères musulmans lors du coup d’État de l’armée égyptienne contre le président islamiste MohamedMorsi, à l’été 2013. Répétée à l’envi lors de ses discours, érigée en monument à Düzce, le Rabia représente la transformation identitaire islamo-nationaliste voulue par le reis (« chef »). Des alliances de circonstances en politique étrangère L’un des paradoxes de la politique étrangère turque de ces dernières années est que, bien que constituant un des piliers de l’OTAN avec la deuxième armée en nombre de l’Alliance, la Turquie s’est tournée vers la Russie. Jamais la Turquie n’a eu de relations aussi tendues avec l’Occident. Mais ses électeurs ne semblent pas lui en tenir rigueur… quand ils n’applaudissent pas, pour beaucoup, ses semonces régulières contre « l’hypocrisie » de l’Europe et des États-Unis, que M. Erdoğan accuse de soutenir les ennemis de la Turquie (PKK, disciples de l’imam Fethullah Gülen…). R.T. Erdoğan a exposé pendant la campagne présidentielle sa vision af-



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