Choiseul Magazine n°6 jan à avr 2019
Choiseul Magazine n°6 jan à avr 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de jan à avr 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 21 Mo

  • Dans ce numéro : la ville de demain...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA TRIBUNE DE Au sein de notre économie globalisée et désormais digitalisée, la notion même de souveraineté nationale est intimement liée à celle de souveraineté numérique. Dans un contexte où les GAFA dominent l’économie mondiale et donc captent la quasi-totalité de nos données personnelles, il est urgent que la France, et plus largement l’Europe, replacent l’innovation numérique au cœur de leur stratégie de défense et de sécurité afin de trouver des alternatives viables à l’émergence de notre indépendance numérique. La souveraineté numérique européenne menacée La révolution numérique a favorisé le développement des GAFA, de leurs équivalents asiatiques les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent Xiaomi), tout comme des licornes américaines et israéliennes. Les positions monopolistiques de ces multinationales et leur business model basé sur la donnée, entraînent de facto un transfert massif d’informations personnelles de notre continent vers leurs pays d’origine. Et ce constat ne se résume pas qu’aux géants du numérique, dont aucun n’est européen. En témoigne, 72% du classement des « 50 sites internet mondiaux » est américain, aucun site n’est européen. Pour une souveraineté numérique européenne et éthique 18 Laurent Giovachini, ancien élève de l'École Polytechnique, diplômé de l'ENSTA, est Directeur général adjoint de Sopra Steria depuis 2013. Il est également Président de le Fédération Syntec. Il était auparavant adjoint au Délégué général pour l’armement. De plus, ces données captées ne servent pas uniquement aux activités marketing de ces multinationales car elles conservent et entretiennent des liens privilégiés avec les services de renseignement de leur pays d’origine qui ont compris l’intérêt stratégique de ces données. C’est aussi le cas des licornes spécialisées dans l’exploitation massive des données, comme l’entreprise américaine Palantir, experte du Big Data, qui ont pu émerger aux États-Unis ou de nombreuses startup qui ont pu se spécialiser en Israël avec l’appui explicite des services de renseignement. Aujourd’hui, les États européens ont pris conscience de cette menace et entendent reconquérir, leur « souveraineté numérique ». Des opportunités et des avancées encourageantes … Tant au niveau européen que dans chacun des pays membres, des initiatives ont été prises sur le plan réglementaire, notamment dans le domaine de la cybersécurité. C’est le cas du RGPD ou la proposition de la Commission européenne de taxer plus significativement les GAFA. Dans le domaine de la défense et de la sécurité, les exigences de souveraineté sont plus fortes du fait de l’importance stratégique des données collectées, qui sont en Laurent Giovachini lors de l'événement Eurosatory, salon international de défense et de sécurité, le 11 juin 2018.
constante augmentation. À travers les successives lois de programmation militaire, l’État français a permis à l’armée de multiplier son nombre de capteurs  : satellites, drones, avions de reconnaissance, renseignement humain, etc. La difficulté réside désormais dans la capacité de traiter efficacement les données collectées et exploiter l’ensemble des opportunités offertes par leur croisement. L’enjeu est bien stratégique car seules les nations maîtrisant ces technologies compteront demain militairement. C’est pourquoi, cette guerre de la donnée totale implique une souveraineté numérique pour que les armées augmentées fluidifient le traitement de la donnée et de l’information. C’est en ce sens que nous avons vu naître en France le programme Artemis, à l’initiative du ministère des Armées. Ce partenariat d’innovation permet le foisonnement des acteurs privés les plus compétents – Thales, Cap Gemini, Atos et Sopra Steria – pour constituer une puissante plate-forme dans le domaine du Big Data. … mais qui doivent être soutenues par une politique commune d’innovation Malgré cette prise de conscience des pouvoirs publics et les opportunités associées, il reste de nombreux défis essentiels à relever en Europe pour assurer une souveraineté numérique effective, grâce au secteur de la défense. Tant à l’échelle nationale qu’européenne, les pays doivent apprendre à s’organiser collectivement et collaborer. L’idée a pourtant été développée dès 2013 dans le Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale qui invitait « à substituer à des dépendances subies des interdépendances organisées, et à concilier ainsi souveraineté et dépendances mutuelles ». Cependant, rien ne sera rendu possible sans se focaliser sur l’innovation. Bien que des dispositifs comme le Crédit d’Impôt Recherche ou les aides à l’innovation accordées par Bpifrance soient mis en place, les ambitions affichées ne sont pas encore à la hauteur des enjeux. L’investissement en capital-innovation est 50 fois plus élevé aux États- Unis qu’en France, et rapporté au nombre d’habitants, il est 8 fois plus élevé en Israël que dans notre pays. Voilà un enjeu majeur pour la défense et la sécurité européenne car sans souveraineté numérique, c’est la défense même de l’Europe qui est mise à mal, tout comme l’autonomie politique, et à terme, le développement économique de notre continent. LAURENT GIOVACHINI 19 Vers un modèle basé sur le Legacy by Design « Sans souveraineté numérique, c'est la défense même de l'Europe qui est mise à mal, tout comme l'autonomie politique et le développement économique de notre continent Les acteurs publics et privés sont appelés à travailler main dans la main pour mener à bien cette reconquête numérique. Les administrations, les services de renseignement, les agences de cybersécurité et autres centres techniques étatiques doivent utiliser le secteur privé comme un levier démultiplicateur d’effet dans le cadre d’un new deal du numérique. En effet, notre pays dispose d’acteurs industriels comme Thales, et de puissantes entreprises de services numériques (ESN) telles que Cap Gemini, Atos, ou encore Sopra Steria. C’est cette alliance d’acteurs qui constituera l’amorce de la construction d’un contrepoids européen. Enfin, pour rivaliser avec les géants du numérique, les entreprises européennes doivent développer un axe concurrentiel différenciant. En France, nous pouvons nous appuyer sur la CNIL qui réglemente l’utilisation des données privées, et en Europe sur le RGPD. Les entreprises européennes pourraient s’inspirer du Privacy by Design pour développer le Legacy by Design. Cette nouvelle notion permettrait de proposer un modèle éthique et responsable dès la conception des algorithmes de croisement des données afin de permettre leur fusion tout en respectant les droits et libertés individuelles. Par ailleurs, l’apport des GAFA à la transformation numérique reste indéniable et des coopérations entre ESN européennes et ces grands groupes mondiaux restent souhaitables dans de nombreux domaines. Les États européens doivent se concentrer sur la protection et la sécurité des données afin de reconquérir la souveraineté numérique et assurer la défense de l’Europe. C’est une question de survie numérique au service de la prise de décision stratégique et de l’anticipation pour une administration, comme pour un acteur privé ou un opérateur d'importance vitale. Nous devons conserver notre supériorité informationnelle et décisionnelle grâce à l’apport de la nouvelle technologie de traitement massif de l’information. En effet, aucune guerre, ni aucun conflit économique comme sécuritaire n’est envisageable sans un moteur algorithmique intelligent au centre des flux de données, au cœur d’un réseau alliant désormais intelligence et sécurité. Cette nouvelle capacité opérationnelle doit libérer les acteurs de la multitude de tâches ancillaires et chronophages pour leur permettre de se concentrer sur l’essentiel  : l’analyse et la prise de décision.



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