Choiseul Magazine n°5 sep à déc 2018
Choiseul Magazine n°5 sep à déc 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de sep à déc 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 10,3 Mo

  • Dans ce numéro : retour sur le Choiseul Africa Summit Abidjan...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ont des préoccupations légitimes, elle réaffirme que l’on ne peut modifier le JCPOA. Moscou partage le même point de vue, comme Pékin dont la posture plus discrète veut préserver ses propres intérêts. Convaincus par Paris, Londres et Berlin pressent Téhéran de se soumettre sous peine de sanctions européennes, tout en affirmant défendre l’Accord. Washington affiche une fausse concession en acceptant de ne pas le modifier mais de le « compléter » par un supplemental agreement. Ceci mène à l’impasse consacrée par la visite de Jean-Yves Le Drian à Téhéran le 5 mars où le ministre français subit une fin de non-recevoir. Elle était inévitable dès lors que les Européens ne proposaient rien à l’Iran en échange de concessions substantielles. La seule « ouverture » était le maintien de Washington dans le JCPOA alors que l’Iran reprochait à l’Amérique de ne pas le respecter. De fait, en bloquant les transactions financières et bancaires, en exerçant des pressions sur les banques et entreprises, en n’exécutant pas de bonne foi l’octroi de licences aux entreprises étrangères, l’Amérique prive l’Iran des retombées économiques de l’Accord. Le ministre iranien des Affaires étrangères a soulevé plusieurs griefs d’infractions devant la commission de suivi du JCPOA. En réalité, Trump est décidé à quitter l’accord nucléaire, sachant que le « pseudo accord élargi » (en d’autres termes, une capitulation totale) est inacceptable pour Téhéran en l’absence de flux bancaires et financiers fluides, et sans la fin de pressions sur les banques et entreprises. Federica Mogherini défend courageusement l’intégrité du JCPOA, Paris suivi de Londres et Berlin, table en vain sur des pressions pour convaincre Téhéran de se soumettre. Un échec évitable ! En effet, bien qu’ils jurent le contraire, les Iraniens sont prêts à négocier sur tous les chapitres. Le Yémen est le plus évident. Zarif l’a reconnu le 20 février  : le Yémen n’a aucun intérêt stratégique pour l’Iran qui n’y est que symboliquement engagé. Les missiles balistiques, selon Washington interdits par la résolution 2231 du Conseil de Sécurité alors qu’elle « invite » l’Iran à s’abstenir d’activités sur de tels missiles conçus pour emporter des charges nucléaires en est un autre. Tout en prétendant que ces missiles, selon eux, défensifs et conventionnels (certains modèles semblent néanmoins capables de porter des charges nucléaires) ne sont pas négociables. Les chefs des Gardiens de la Révolution déclarent que « Bien qu'ils jurent le contraire, les Iraniens sont prêts à négocier sur tous les chapitres le Guide leur a ordonné d’en limiter la portée à 2000 km, une façon de dire que l’on peut en discuter. En Syrie, enjeu le plus délicat, l’Iran veut sauvegarder ses intérêts, protéger le Hezbollah, préserver l’unité du pays, mais ne se cramponne pas à la personne de Bachar el Assad. Moscou étant maître du calendrier syrien, dialoguant avec Riyad, Téhéran sait que l’Iran sera contraint de négocier. Téhéran pourrait discuter de tous ces points (et même d’autres) à une condition  : le rétablissement d’une fluidité financière, bancaire et commerciale. Or de cela il n’est pas question. Les Européens se sont donc engagés dans une impasse sans avoir évalué si le locataire de la Maison-Blanche n’avait pas décidé de toute façon un retrait unilatéral. Plusieurs indices corroborent cette hypothèse. Le jour-même de l’annonce de retrait, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) publie sur son site une première série de précisions (FAQ  : Frequently Asked Questions) dont la rédaction complexe atteste une longue préparation. En second lieu, Netanyahu tente, le 30 avril, de faire croire que l’Iran a poursuivi son programme nucléaire militaire, manœuvre qui a tourné court après la sèche mise au point de l’AIEA. N’ayant plus de raison d’attendre jusqu’au 12 mai, Trump frappe dès le 34 8. Le plus étonnant est qu’il répète que si les Iraniens consentent à souscrire un nouvel accord, large, complet avec les États-Unis, l'AIEA est prête à ouvrir de nouvelles relations ! Le 21 mai, après le retrait, le secrétaire d’État Mike Pompeo réitère les 12 exigences américaines. Sachant qu’il n’y aucune raison que l’Iran s’y soumette. Téhéran dénonce avec colère une Amérique qui ne respecte pas un engagement international et ne peut être considérée comme un interlocuteur fiable. Se pose alors la question des véritables mobiles du Président américain. Une cassure radicale pour quoi faire ? L’option du changement de régime « À l'annonce du retrait américain, plusieurs voix européennes appellent l'Union à s'organiser pour défendre ses intérêts En annonçant la mise en place d’un dispositif d’étranglement sans précédent de l’économie iranienne, qui passe d’abord par le tarissement des exportations de pétrole de la République Islamique, Washington veut provoquer un effondrement mais lequel ? L’hostilité de Trump à l’égard du régime est trop connue via ses innombrables déclarations où il dénonce le caractère dictatorial et corrompu de ce dernier. Bien que tenu à une certaine réserve, le secrétaire d’État Rex Tillerson, bien avant le retrait, avait évoqué la perspective d’un changement de régime à favoriser. Encore plus explicite, avant d’être nommé conseiller de Donald Trump, John Bolton, faucon très proche du mouvement MKO/MEK (alias Conseil National de la Résistance Iranienne) qui prêche inlassablement (y compris à Paris) en faveur de la chute du régime iranien, s’était rendu célèbre par un article titré Bomb, bombIran. Mike Pompeo, prudemment, déclare le 24 mai qu’il ne s’agit pas de « changer de régime » mais son comportement. Une marque de tolérance ? Rien ne le confirme. La dureté du dispositif d’asphyxie (pas d’exemptions ni de waivers pour la fin des importations de pétrole iranien, les menaces violentes contre les entreprises étran-
Rencontre entre J-Y Le Drian, ministre des Affaires étrangères français et Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, le 5 mars 2018 gères qui voudraient poursuivre leurs opérations avec l’Iran, la fin des licences aéronautiques, le refus de laisser se poursuivre les grands contrats), atteste la volonté de porter à l’Iran un coup fatal s’il refuse de capituler (un refus probable). Bien plus, en répétant son soutien aux manifestants iraniens qui contestent le Guide, les Gardiens, les orientations du régime, Trump et Pompeo affichent des objectifs qui dépassent la seule économie. En sus, Netanyahu, pour sa part, ne cache guère qu’il souhaiterait en découdre avec Téhéran si l’occasion se présente ou, mieux, que d’autres le fassent à sa place. Une option militaire qui n’enthousiasme pas Trump mais que le premier ministre israélien a déjà envisagée dans le passé. Cette stratégie pouvant conduire, si Rohani s’effondre, à l’émergence d’un pouvoir plus militarisé et radical à Téhéran. L’Europe et le dur chemin du salut du JCPOA À l’annonce du retrait américain, plusieurs voix européennes appellent l’Union à s’organiser pour défendre ses intérêts, protéger les entreprises, résister aux diktats américains. Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, dès le 11 mai, propose de mettre en vigueur et d’étendre à l’Iran le Règlement du 22 novembre 1996 (jamais appliqué), dit Blocking Statute (anti extraterritorialité américaine) destiné à protéger les entreprises européennes obligées de ne pas respecter des législations américaines contraires aux réglementations européennes. Il suggère aussi de créer un « OFAC européen » qui surveillerait les entreprises américaines et pourrait le cas échéant initier des mesures à leur encontre. Il confirme avoir demandé à Steven Mnuchin, secrétaire d’État américain au Trésor, des exemptions des délais, des assouplissements, des possibilités de « clauses grand-père », etc. Il avoue ne pas nourrir beaucoup d’illusions. Les 3 Européens adressent le 4 juin une lettre cosignée aussi par Federica Mogherini, réitérant leurs demandes. La réponse négative de Mnuchin, le 13 juillet, donnera-t-elle enfin le signal d’une forte réaction ? Le Département d’État et l’OFAC font la tournée des capitales pour sommer gouvernants et entreprises de cesser toute transaction (sauf les biens « humanitaires ») ; Le 15 mai Federica Mogherini, les E3 et Zarif ont négocié 9 axes que les européens vont mettre en œuvre, validés au sommet de Sofia, le 16 et 18 mai. Les Européens peinent à définir des outils défensifs tout en préservant la « solidarité transatlantique ». Le 6 juin la Commission lance le processus d’actualisation du Règlement Blocking Statute. Elle veut aussi élargir le mandat de la BEI à l’Iran malgré son refus lié à son exposition au risque dollar. Ces mesures rentrent en vigueur après approbation par le Parlement Européen et le Conseil des ministres de l’Union dans un délai maximal de 2 mois, l’objectif visé était une application au début du mois d’août. L’Iran, mécontent des vagues intentions des Européens, leur pose un court ultimatum (sous peine de retrait) pour soumettre des mesures concrètes et garanties. Washington, pendant ce temps, poursuit l’étranglement en révoquant le 27 juin les licences H& I. Après plusieurs semaines de tension, la commission de suivi du 35 VUE DU MONDE JCPOA (les 4+1 et l’Iran) confirme le 6 juillet à Vienne les grandes orientations proposées à l’Iran et indique que les mesures concrètes (non publiées) ont été étudiées. Bien que Rohani estime que le package européen soit insuffisant, ces dispositions sont jugées positives par Zarif. Federica Mogherini reconnaît qu’elles devront être complétées par les négociateurs. À Téhéran, elles sont examinées de près par les différentes branches du pouvoir soucieuses du risque de « capitulation ». Rohani et les Gardiens de la Révolution se rapprochent à travers une posture « dure ». Les prochains mois seront décisifs pour la survie de l’Accord et le sort de l’Iran alors que se multiplient les retraits d’entreprises étrangères, et que Téhéran cherche à maintenir ses exportations de pétrole vers des clients rétifs. La crise de confiance qui se développe entre les Etats-Unis et les Européens depuis le sommet du G7 et celui de l’Otan les poussera-t-elle à plus d’audace ? Pompeo a prévenu  : il faut totalement tarir les exportations iraniennes de pétrole sans exception. Le 7 août, quand le premier volet des sanctions américaines s’applique, le Règlement européen entre en vigueur (sans illusion), mais les Européens ne parviennent pas à s’accorder sur un dispositif de protection des investissements ni sur des canaux bancaires (banques centrales ?) sur lesquels Londres, Rome et Berlin réfléchissent. Ces pays remplaceront-ils l’Europe désunie ? Point délicat  : comment remplacer Swift ? La Russie servira-elle de relais ? Le 23 août, l’Union annonce un financement de 18 millions d'euros pour soutenir des projets de coopération. Téhéran affiche son scepticisme. La tension monte entre Washington et l’Iran après un échange de menaces par tweets entre Trump qui finit par renouveler son appel à négocier (une capitulation iranienne !) et Rohani. Chaudement appuyé par les Gardiens et le général Soleimani, il a prévenu Washington que l’Iran pourrait bloquer le détroit d’Ormuz et cibler l’armée américaine. Le 16 août Pompeo annonce la création d’un Iran Action Group dirigé par Brian Hook pour coordonner la politique de strangulation de l’Iran. Pendant ce temps se multiplient les rumeurs (démenties) d’une rencontre possible entre Iraniens et Américains à l’ONU à l’automne avant que l’Iran n’affronte l’évaluation du Gafi (octobre) et le second volet des sanctions (novembre).



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