Choiseul Magazine n°5 sep à déc 2018
Choiseul Magazine n°5 sep à déc 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de sep à déc 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 10,3 Mo

  • Dans ce numéro : retour sur le Choiseul Africa Summit Abidjan...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LE LIVRE DE... Où va la Russie ? Arnaud Dubien est directeur de l'Observatoire franco-russe à Moscou. Diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales et de l’Institut d’études politiques de Paris, il a été de 1999 à 2006, chercheur Russie/CEI à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Il a ensuite dirigé plusieurs publications consacrées à l’espace post-soviétique, notamment l’édition russe de la revue Foreign Policy et les lettres confidentielles Russia Intelligence et Ukraine Intelligence. Arnaud Dubien a, par ailleurs, été consultant des ministères français de la Défense et des Affaires étrangères, du Parlement européen, du GIFAS et de grands groupes industriels. Membre du Club de Valdaï, il est également Conseiller spécial pour la Russie auprès de l'Institut Choiseul. 10 Pascal Lorot  : Vous dirigez l'Observatoire de la Chambre de Commerce et de l'Industrie (CCI) France - Russie à Moscou. Pour commencer, ditesnous en un peu plus sur cette plateforme assez unique d'analyse de la réalité russe. Arnaud Dubien  : L’Observatoire a été créé au printemps 2012 à l’initiative du Conseil économique de la CCI France Russie, instance qui réunit une vingtaine de grands patrons français et leurs partenaires russes. Il a une double mission  : d’une part, produire une expertise de qualité sur la Russie à destination du public français – entreprises, bien entendu, mais également responsables politiques et hauts fonctionnaires, journalistes, étudiants. D’autre part, expliquer la France d’aujourd’hui à Moscou et sensibiliser les relais d’opinion russes aux enjeux de notre pays. L’Observatoire s’appuie sur un Conseil scientifique très actif et sur un réseau d’experts étoffé. Nous publions notamment un rapport annuel sur l’état de la Russie qui s’est imposé comme un outil de référence en France. Nous avons également lancé les Carnets de l’Observatoire, collection de petits ouvrages (dans l’esprit des « Que sais-je ? ») sur la Russie. Les derniers en date portent sur la géopolitique du gaz et le cyberespace russe. Nous suivons naturellement en permanence les évolutions économiques, politiques et diplomatiques de la Russie avec une attention particulière pour les régions du pays, où les investisseurs français sont de plus en plus nombreux. L’Observatoire franco-russe organise également de nombreux événements, en veillant à toucher des publics divers. De façon générale, nous essayons de faire entendre une voie raisonnable dans un contexte de plus en plus tendu et polarisé. P.L  : Vous êtes connu pour être l'un des meilleurs connaisseurs français de ce qui se passe aujourd'hui dans la Russie de Vladimir Poutine. En quelques mots, quelle est votre analyse de la situation politique actuelle du pays ? A.D  : Si je devais résumer d’une formule, je dirais « changement dans la continuité ». L’élection présidentielle de mars dernier n’a pas véritablement ouvert un nouveau cycle politique, puisque les principaux dirigeants du pays – que ce soit au gouvernement, à l’administration présidentielle ou dans les « structures de force » – ont été reconduits. Compte tenu du contexte international, en particulier des incertitudes autour des relations avec les États-Unis, Vladimir Poutine a jugé préférable de ne pas modifier les équilibres dans les cercles de pouvoir. Le « serrage de vis » observé depuis 2012, souvent qualifié de « révolution conservatrice », s’est amplifié avec la crise ukrainienne et
la confrontation avec l’Occident. Aujourd’hui, ce sont les « durs » qui ont la main dans le domaine politique. Les libéraux sont quant à eux toujours très présents dans le « bloc économique » du gouvernement, mais ils sont sur la défensive depuis quelques années. La bureaucratie – nombreuse, puissante et que même Vladimir Poutine a du mal à « bouger » – aspire quant à elle au statu quo, ce qui est problématique alors que le pays a besoin d’aller de l’avant pour poursuivre sa modernisation. Ceci étant, on observe depuis 18 mois environ un vaste renouvellement des élites, dans les régions mais aussi dans les instances fédérales, avec l’émergence d’une nouvelle génération de décideurs de 40-45 ans, avec des profils très différents des compagnons de route promus par Poutine depuis une quinzaine d’années. Rarement issus des « services », pas forcément originaires de Saint-Pétersbourg, n’ayant pas connu l’URSS d’avant Gorbatchev, ce sont des technocrates bien formés, avec parfois une expérience du privé et de l’Occident. Ce sont eux qui vont accompagner Vladimir Poutine – auquel ils doivent tout – au cours de son dernier mandat et qui dirigeront la Russie à l’horizon 2025. Quel sera l’état d’esprit et la vision du monde de cette élite quand elle accédera véritablement au pouvoir ? Nul ne le sait. D’où l’enjeu de la succession de Vladimir Poutine, sujet dont personne ne parle encore à Moscou mais qui va rapidement s’imposer dans les esprits. P.L  : Qu'est-ce qui explique selon vous l'indéniable popularité du président russe auprès de ses concitoyens ? A.D  : La popularité de Vladimir Poutine s’est dans un premier temps construite sur le contraste avec son prédécesseur. À un Boris Eltsine vieillissant, malade, incapable de contrôler un entourage composé d’oligarques prédateurs succède, fin 1999, à la surprise générale, un homme jeune qui dit vouloir œuvrer à la restauration de l’autorité de l’Etat – quitte à utiliser la manière forte, comme en Tchétchénie – et mettre un terme à la déchéance internationale du pays. De surcroît, les deux premiers mandats de Vladimir Poutine coïncident avec des taux de croissance à la chinoise (environ 7% en moyenne entre 2000 et la crise de 2008). Après une décennie profondément traumatisante, les Russes retrouvent une vie à peu près normale, se mettent à consommer et à envisager l’avenir avec plus 11 LE LIVRE DE... ARNAUD DUBIEN Le Rapport annuel de l’Observatoire franco-russe a pour ambition de fournir l’analyse la plus complète possible de la situation en Russie et des relations entre ce pays, la France et le monde. Réunissant les contributions d’une cinquantaine d’auteurs renommés, il présente l’expertise de l’Observatoire sur un large éventail de thématiques  : économie, politique intérieure, société, régions, politique étrangère, défense ou encore relations franco-russes. Pour cette sixième édition, cet ouvrage de référence aborde des sujets d’actualités tels que la réélection de Vladimir Poutine, l’affaire Skripal, guerre des sanctions avec les États-Unis et la coupe du monde de football. Russie 2018 - Regards de l'Observatoire franco-russe, Eds De L'Inventaire, 2018 de sérénité. Le salaire moyen – qui était de 62 dollars en 1999 – est pratiquement multiplié par 10. Naturellement, les Russes en sont reconnaissants à Vladimir Poutine. Dans un deuxième temps, en 2014 - 2015, Vladimir Poutine a bénéficié d’un « effet Crimée », qui a porté son taux de popularité à des niveaux inédits, supérieurs à 80%. Où en est-on aujourd’hui ? Ces dernières semaines, la cote de popularité du président russe a sensiblement baissé, de plus de 20 points, en raison de l’annonce d’un projet de relèvement de l’âge de la retraite. Il retrouve ses niveaux de 2011, tout en restant très supérieur à celui du Premier ministre, du gouvernement, du parti Russie Unie et, bien entendu, de tout autre figure politique. Une forme d’usure du pouvoir se fait jour, inéluctablement ; la magie opère moins, sans que l’on puisse encore parler de désamour des Russes à l’égard de Vladimir Poutine. La crise économique des années 2014-2016 et les perspectives moins enthousiasmantes qu’au cours de la décennie 2000 jouent également en ce sens. P.L  : Des sanctions américaines et européennes visent la Russie. Quel est leur impact sur l'économie russe ? Plus généralement, où en est l'économie de la Russie aujourd'hui ? A.D  : Depuis 2014 et le début du cycle sanctions/contre-sanctions, c’est du « perdant-perdant ». Pour la Russie, son économie et sa population, bien sûr ; pour les Occidentaux et leurs entreprises, notamment françaises. Les sanctions occidentales sectorielles adoptées en juillet et septembre 2014 ont été un facteur aggravant, dans un contexte marqué par la chute des cours des matières premières. Elles ont contraint les acteurs de l’économie russe à s’adapter à une nouvelle réalité, en particulier à un accès réduit aux crédits des banques américaines et européennes, ce qu’ils ont fait rapidement et en bon ordre. Parmi les grands gagnants  : l’agroalimentaire, qui a vu disparaître du jour au lendemain les concurrents occidentaux et qui a vu affluer d’importants investissements nationaux. De fait, les Occidentaux ont largement contribué à faire de la Russie une nouvelle grande puissance agricole. Dans l’ensemble cependant, le programme de « substitution d’importations » a produit des résultats modestes. À moyen terme, les restrictions en matière de transferts de technologies sont problématiques pour la Russie, même si



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