Choiseul Magazine n°4 mai à aoû 2018
Choiseul Magazine n°4 mai à aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de mai à aoû 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : Choiseul et la santé...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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sant état d’une mauvaise traduction a adouci les termes en « nous-mêmes », traduction reprise par l’Oxford Dictionnary et le Larousse. Mais les pères fondateurs ne semblent pas avoir été gênés par la première interprétation… Un mouvement parti de loin et qui accélère Les années 1970 ont vu en Europe la réanimation de mouvements nationalo/régionalistes forts dans de nombreux pays. En Espagne, l’élan démocratique post-franquiste créait en 1978 le statut de communautés autonomes » – offrant un modèle constitutionnel quasi-fédéral. Même un pays aussi centralisé que la France a créé dans les années 1980 une régionalisation offrant des pouvoirs élargis aux anciennes provinces (peu ou prou reconstituées). Certains nationalistes corses – surtout – et basques, trouvant cette avancée insuffisante, continuèrent de militer (y compris par les armes) pour une autonomie élargie, voire l’indépendance. Tout récemment, les élections territoriales en Corse du 10 décembre 2017 (après la réunification de l’île en une seule entité administrative) ont vu la victoire absolue des autonomistes soutenus par les indépendantistes (56,5% des suffrages exprimés). Nous ne vieillirons pas ensemble est un film de Maurice Pialat (1972) qui montrait les étapes de la désagrégation et le divorce d’un couple. Aujourd’hui, plusieurs éléments font que certains groupes régionaux ont passé « Ce qui frappe dans les revendications actuelles, c'est cette conscience intime du nous seuls. et sont prêts à passer un palier sur le chemin de la séparation intégrale. On peut en identifier quelques causes profondes  : – La jurisprudence du fait accompli  : exemple de la création d’États nouveaux en Europe même (partition de l’ex-Yougoslavie fédérale, indépendance du Monténégro, création internationale du Kosovo à partir d’un État Souverain  : la Serbie). – L’Union européenne est pensée comme une superstructure capable d’abriter toutes les fragmentations. Manifestation contre les brutalités policières suivant le référendum d'octobre 2017 40 Chez la plupart des indépendantistes, la « grande Europe » peut se substituer à un État national trop grand mais pas assez ; trop proche, mais pas assez. La structure fédérative ou confédérative permet alors de régler le problème de la taille et aussi de la sécurité - les fonctions régaliennes, monnaie, défense pouvant être assumées à coût raisonnable par ladite superstructure. Les indépendantistes rejoignent donc de ce point de vue les défenseurs de la mondialisation à outrance qui remettent en cause la notion d’État-nation pour causes (essentiellement économiques et d’efficacité productive celles-là) d’inadéquation entre la taille d’un État classique et les contingences nouvelles provoquées par la globalisation achevée. Ce modèle, pourtant en crise profonde, est défendu par les séparatistes. – Le repli identitaire  : Ce phénomène est provoqué par la mondialisation et accéléré par la crise économique et financière entamée en 2008. Le repli dit « paroissial », déjà identifié par Zaki Laïdi en 1993, s’est encore cristallisé avec les ravages de la crise sur des populations fragilisées. Ainsi, l’effondrement économique de l’Espagne de 2008 a accéléré le rétrécissement des identités. Le mouvement indépendantiste catalan a pris appui sur la dépression espagnole et les mesures de rigueur pour défendre
une position de séparation de l’État espagnol comme plus conforme aux intérêts économiques catalans. Il reprend une antienne déjà connue en Italie (chez les indépendantistes de la Ligue du Nord) pour lesquels le Nord paye trop pour un Sud, considéré par le plus riche comme fainéant, archaïque et incapable de se réformer. Le gouvernement de l’Autonomie catalane a donc organisé un premier référendum (illégal aux yeux de la constitution espagnole) le 9 novembre 2014 pour trancher de l’avenir de la « nation » catalane et qui se conclut par un oui à l’indépendance à 80,7% des votants. Le 1er octobre 2017, le même gouvernement récidivait, dans une ambiance d’extrême tension assortie de violences, le résultat donnait 90% de oui mais avec 42% des votants. La suspension de l’Autonomie par le pouvoir central a entraîné la fuite du président catalan Carlos Puigdemont en Belgique. Les élections de l’Autonomie organisées par le pouvoir central – qui espérait un électrochoc – n’ont rien résolu avec une victoire des partis indépendantistes qui conservent la majorité (70 sièges) avec 47,5% des suffrages exprimés). Cette problématique se retrouve également en Belgique où les partis flamands autonomistes et indépendantistes se sont progressivement emparés des leviers de commande de la région et ont engagé un bras de fer avec les institutions belges et la région wallone. Aujourd’hui, ces partis soufflent le chaud et le froid en défendant l’idée d’une Flandre totalement indépendante mais restant dans l’État belge ! On n’est pas à une contradiction près. « L’Écosse est engagée dans un processus similaire. L'accord d'Édimbourg, signé le 15 octobre 2012 prévoyait l'organisation en 2014 d'un référendum sur l'indépendance de l'Écosse. Ce référendum fut perdu de justesse (55,3% pour le non, 18 septembre 2014.) L’arrivée du Brexit, qui va couper une Écosse profondément européenne de l’UE, pourrait relancer le processus. Un peu comme en Flandre et en Catalogne, l’indépendance est un objectif symbolique mais aussi concret. Cependant, ses thuriféraires oublient souvent que se pose un ensemble de questions insolubles que les parties de l’ancienne Yougoslavie n’avaient résolues que par la guerre (monnaie, partage des dettes, des avoirs mobiliers et immobiliers de l’État, des réserves de change, statut des étrangers, des ex-langues nationales, défense nationale, etc.) Mais le plus souvent, ces très considérables difficultés sont sous-estimées, considérées comme secondaires ou, le plus souvent, délibérément ignorées. Ce phénomène de fragmentation étatique est-il limité au Moyen-Orient et à l’Europe ? En réalité, la tendance à la sécession ou à la rupture concerne toutes les zones du monde. Elle est seulement moins visible depuis le petit observatoire français. La désagrégation de l’État-nation est-il un phénomène mondial ? Les exemples récents d’atteinte aux États constitués ont porté la focale sur l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Pourtant de grandes zones du monde apparaissent plus stables à cet égard. Depuis la création de l’Inde et du Pakistan, trois États se sont créés  : le Bangladesh (en 1971), la Papouasie-Nouvelle Guinée (1975) et le Timor Oriental (2002). Le premier est né de l’oppression que le Pakistan occidental faisait peser sur ses propres frères (et de l’appui militaire de l’Inde), le deuxième a été rendu à l’indépendance par l’Australie, le dernier était une annexion pure et simple de l’Indonésie après la deuxième guerre mondiale. Ailleurs, les tentatives de sécession ont échoué (il existe une bonne centaine de mouvements plus ou moins actifs). Le Myanmar (Birmanie) a brisé toutes les tentatives d’indépendance ou d’autonomie – des Karens au premier chef – et d’autres ethnies. Le Sri Lanka a vaincu après une lutte sans merci de plus de trente ans et des dizaines de milliers de victimes, le mouvement indépendantiste 41 GÉOÉCONOMIE des Tigres tamouls. De l’autre côté, les deux Corées pourraient se réunifier un jour et on ne peut passer sous silence l’annexion du Sud-Vietnam par le Nord à l’issue d’une féroce lutte et qui ne peut être présentée comme un phénomène naturel contrairement à ce qu’on a pu vouloir faire avaler autrefois à l’opinion publique. En « Le mouvement indépendantiste catalan a pris appui sur la dépression espagnole et les mesures de rigueur pour défendre une position de séparation de l'État espagnol plus conforme aux intérêts économiques catalans. Chine, la question ouïgour doit être au départ vue plus comme la défense d’une communauté repoussée aux frontières par la pression politique et démographique des Han (la majorité chinoise) même si les marques d’un terrorisme transnational relié à la mouvance radicale islamiste existent également. En Indonésie, État composite, quatre mouvements au moins cohabitent (dont le mouvement papou et les Moluques du Sud.) En Iran et au Pakistan, le mouvement baloutche est puissant. N'oublions pas non plus l'indépendantisme sikh, longtemps très actif. En Amérique latine, les tentations sécessionnistes apparaissent en apparence plus faibles et ont été étouffées par les querelles nationales qui ont couru d’un côté à l’autre du continent du XIX e au XX e siècle. Elles sont en réalités peu connues. La plus célèbre fut, au XIX e siècle, la tentative de création de la Republica Riograndense dans l’État du Rio Grande au Brésil. La seule tentative réussie fut la séparation du Panama de la Colombie en 1903 avec le soutien des États-Unis (l’enjeu économique du canal y fut pour beaucoup.) Aujourd’hui, le Chili en connaît, la Colombie, le Venezuela (État de Zulia) aussi. En Bolivie également, de très grosses tensions se firent jour sous la présidence Morales entre les États des hauts plateaux (pauvres) et ceux des basses plaines (riches de matières premières et d’hydrocarbures) mettant en jeu des mouvements indépendantistes.



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