Choiseul Magazine n°4 mai à aoû 2018
Choiseul Magazine n°4 mai à aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de mai à aoû 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : Choiseul et la santé...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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le plus rapidement possible afin de crédibiliser sa dissuasion nucléaire, renforcer son pouvoir de négociation vis-à-vis des Etats-Unis et surtout accroître la légitimité de Kim Jong-un et de son régime. Des armes sécuritaires mais surtout identitaires Cette radicalisation correspond à la stratégie de survie du régime dans une double dimension externe et interne. La dimension externe concerne la sécurité du régime contre les menaces extérieures. Les armes nucléaires contribuent à atténuer la paranoïa du régime nord-coréen de ce qui est perçu, depuis des décennies, comme la « politique hostile » et les « menaces nucléaires » des États-Unis. Il ne faudrait cependant pas confondre le cas de la Corée du Nord avec celui de l’Irak et de la Libye qui aurait fait l’objet d’une intervention étrangère après avoir abandonné le programme de développement d’armes de destruction massive. La Corée du Nord dispose depuis les années 1950 d’une capacité de dissuasion conventionnelle qui permet de tenir en otage la capitale de son voisin et allié des Etats-Unis, Séoul. Ainsi, la possession d'armes nucléaires par la RPDC accroit un seuil de dissuasion existant, en augmentant encore un peu plus le coût de toute intervention militaire américaine, notamment en menaçant d'utiliser ces armes nucléaires préemptivement et sur des cibles américaines en cas de tentative de décapitation du régime. La dimension interne, encore plus importante, concerne la sécurité du régime face aux menaces internes. Les armes nucléaires sont des armes politiques qui, de manière multifactorielle, renforcent la légitimité de Kim Jong-un et de son régime. Cet aspect est fondamental pour un jeune dirigeant arrivé au pouvoir alors qu’il n’avait pas 30 ans, après un processus de succession express de trois ans et une présentation officielle à la population nord-coréenne seulement quelques mois avant le décès de son père. Premièrement, ces armes nucléaires consolident le système héréditaire en Corée du Nord, puisque les armes nucléaires sont présentées officiellement par la propagande nord-coréenne comme l’héritage révolutionnaire que Kim Jong-il a transmis à son fils Kim Jong-un. Deuxièmement, elles accroissent l’autorité de Kim Jong-un qui peut se présenter comme le protecteur de la nation coréenne, un objectif que son père et son grand-père avaient tenté de réaliser. Troisièmement, elles légitiment les sacrifices de la population et c’est l’un des rares succès dont le régime nord-coréen peut se vanter ces dernières années. Quatrièmement, celles-ci permettent « Dans le cadre de négociations internationales, ce ne sont pas seulement des garanties de sécurité qu’il faudrait apporter à la Corée du Nord, mais aussi, des garanties de légitimité politique au régime de renforcer la cohésion nationale et le patriotisme. L’objectif est de présenter la Corée du Nord comme une grande puissance, y compris technologique et scientifique, malgré les sanctions internationales et malgré les pressions. Ces armes nucléaires s’intègrent parfaitement au Juche, l’idéologie nationaliste du régime qui met en avant l’autonomie de la nation coréenne après des siècles d’influence puis des décennies d’occupation étrangères. L’institutionnalisation de ces armes fait qu’elles ne sont plus possédées par le régime mais font pleinement partie de son identité rendant leur abandon à court terme impossible. Les abandonner brutalement reviendrait à remettre en cause non seulement la rationalité des dirigeants précédents mais surtout l’idéologie au cœur du régime, conduisant potentiellement à un affaiblissement en profondeur du régime. Cette dimension politique 36 des armes nucléaires en Corée du Nord en tant qu’outil de légitimation est primordiale pour comprendre les motivations nord-coréennes et donc parvenir à façonner une stratégie permettant la dénucléarisation du régime. Ainsi, dans le cadre de négociations internationales, ce ne sont pas seulement des garanties de sécurité qu’il faudrait apporter à la Corée du Nord, mais aussi, en quelque sorte, des garanties de légitimité politique au régime. Des sanctions indispensables mais insuffisantes La communauté internationale a très clairement échoué dans son objectif d’empêcher la Corée du Nord de se nucléariser. La Corée du Nord est une puissance nucléaire depuis 2006 qui cherche désormais à crédibiliser ses capacités. Cela ne signifie en rien que la Corée du Nord doit être reconnue internationalement comme une puissance nucléaire puisque cela conduirait à une levée des sanctions et à une perte de crédibilité des organisations internationales. Rappelons que la Corée du Nord s’est retirée du Traité de non-prolifération, n’a pas respecté ses engagements, bilatéraux comme le Agreed framework de 1994 avec les Etats-Unis, ou multilatéraux comme l’accord dans le cadre des Pourparlers à Six du 19 septembre 2005, et viole de nombreuses résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les sanctions sont indispensables afin d’afficher l’unité de la communauté internationale dans sa défense du régime de non-prolifération et d’accroitre le cout du programme nucléaire et balistique puisque le régime continue de considérer que les bénéfices militaires et politiques de son programme nucléaire et balistique dépassent le coût économique et l’isolement diplomatique qu’entraînent les sanctions. Et pourtant, l’impact des sanctions est limité par trois facteurs principaux  : la sanctuarisation du programme nucléaire et balistique qui rend difficile d’inverser le raisonnement du régime selon lequel les bénéfices militaires et politiques du programme dépassent largement le coût économique et l’isolement diplomatique qu’entraînent les sanctions ; le contournement quotidien des sanctions par le régime et la poursuite d’activités illicites ; et la nature du régime qui pourrait trans-
former toute pression supplémentaire en renforcement de son emprise sur la population. La menace de frappes préemptives sur la Corée du Nord peut certes avoir un aspect dissuasif et empêcher la Corée du Nord de lancer une grande offensive sur son voisin comme c’est le cas depuis 1953. En revanche, la menace de frappes préventives ne peut convaincre la Corée du Nord d’abandonner son arsenal. Ce scénario est dangereux et sa réussite incertaine. Les frappes militaires ne garantiraient en rien la neutralisation de l’ensemble des capacités nucléaires et balistiques nord-coréennes et exposeraient les alliées sud-coréen et japonais à des représailles massives. L’évacuation de la mégalopole sud-coréenne de plus de 20 millions d’habitants, dont des centaines de milliers de ressortissants étrangers, apparaît comme impossible et les pertes seraient considérables. Une voie diplomatique réaliste afin de contenir la menace La diplomatie sud-coréenne a joué un rôle clé depuis le début de l’année en permettant à la Corée du Nord de confirmer sa nouvelle séquence diplomatique, à travers notamment sa participation aux Jeux Olympiques, et en facilitant une Les athlètes de Corée du Nord et de Corée du Sud défilant sous la même bannière lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver 2018, à Pyeongchang (Corée du Sud) reprise du dialogue entre Pyongyang et Washington. Des négociations soit multilatérales, comme dans le cadre des Pourparlers à six de 2003 à 2009, soit bilatérales avec les Etats-Unis sont indispensables afin d’avancer sur le chemin de la dénucléarisation. Cependant, l’objectif de long terme de la dénucléarisation ne doit pas cacher un objectif réaliste à court et moyen terme  : contenir la menace nucléaire et balistique nord-coréenne. Cet objectif est réaliste politiquement. La Corée du Nord a annoncé le 29 novembre dernier, à la suite de l’essai d’un ICBM théoriquement capable de frapper l’ensemble du territoire américain, qu’elle « avait complété sa force nucléaire ». Cette déclaration ne signifie en rien que le programme nucléaire et balistique nord-coréen est techniquement abouti mais permet d’assurer au dirigeant un succès politique. Ayant renforcé sa légitimité et réalisé son objectif, il peut désormais procéder à un gel des essais sans apparaître comme cédant à la pression internationale. Les Etats-Unis apparaissent également en position de force du fait du renforcement considérable des sanctions et du soutien d’une partie de la communauté internationale. 37 VUE DU MONDE Parvenir, dans un premier temps, à contenir la menace nucléaire et balistique nord-coréenne permettrait au président américain de transformer un coup politique, accepter un sommet avec Kim Jong-un, en un succès diplomatique puisqu’il permettrait d’empêcher la Corée du Nord de perfectionner sa technologique balistique intercontinentale et contiendrait donc la menace sur le territoire américain. Non seulement cet objectif ne peut être qu’un objectif intermédiaire dans le cadre d’une dénucléarisation négociée, mais contenir la menace à moyen terme nécessite de geler la production de vecteurs et matière fissile dans le cadre d’une vérification par des inspecteurs internationaux, et évidemment de lutter sans faille contre la prolifération. Cette première étape aurait au moins l’avantage d’avancer sur le chemin de la dénucléarisation tout en évitant une escalade militaire dont le coût humain, politique et économique serait considérable.



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