Choiseul Magazine n°4 mai à aoû 2018
Choiseul Magazine n°4 mai à aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de mai à aoû 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : Choiseul et la santé...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Secteur des assurances, catalyseur d'un système financier léthargique en Afrique Éric T. Mboma est l'ancien directeur général de l'ARCA, l'Autorité de Régulation et de Contrôle des Assurances de la République Démocratique du Congo. Il nous livre sa réflexion sur le système financier africain et le secteur des assurances. Ancien Président-directeur général du groupe Standard Bank en RDC, Eric Mboma est un véritable expert du domaine des assurances en Afrique et dans le monde, il est également alumni du Choiseul 100 Africa. La tribune d'Éric Mboma 16 Le décollage entravé du système financier africain, au travers notamment de l’absence d’un secteur assurantiel fort, est flagrant. Tout en saluant les progrès enregistrés au cours de la décennie, le constat du retard persiste. Les chiffres du secteur se passent de commentaires, tant en termes de taille de marché (l’Afrique, soit 15% de la population mondiale, représente moins de 2% des primes mondiales), qu’en pourcentage du PIB (1% hormis RSA qui, seule, atteint 14%). Dans l’hypothèse positive où l’ensemble de l’Afrique subsaharienne atteignait une pénétration de 3%, similaire à celle de la Cote d’Ivoire en 2022, les primes générées avoisineraient les 150 milliards de dollars pour un PIB cumulé de 2.500 milliards. Sans conteste, dynamiser les assurances du continent bénéficiera à l’ensemble du système financier et contribuera aux ressources nécessaires aux investissements. En effet, les praticiens du développement le martèlent sans cesse  : l’accès aux financements permet une prospérité durable et inclusive. Surmonter cet obstacle est l’une des clés de l’adaptation du continent face à ses défis financiers. On sait, d’une part, que la fluidité des échanges commerciaux est pénalisée dès lors que des mécanismes de mitigation des risques sont peu disponibles. D’autre part, une large mobilisation de l’épargne africaine facilitera les investissements à long terme. Les assurances sont parties d’un tel dispositif. Depuis les années soixante, l’absence d’un système financier robuste a accentué les déséquilibres économiques et sociaux africains, parmi lesquels  : déficits abyssaux des balances commerciales, fuite de capitaux et faiblesse des investissements directs étrangers et enfin désindustrialisation et émigration massive du capital humain qualifié. À bien des égards, l’intensification du commerce intra-africain dans un marché d’un milliard de personnes et consacré par le récent accord continental de libre échange de l’Union Africaine (UA), sera un succès si les instruments de trade finance (raison d’être de la TDB ou de l’Afreximbank) dont font partie les assurances crédits, sont favorisés pour garantir le commerce. De même, l’UA peut et devrait canaliser ses flux financiers vers ses priorités stratégiques  : titrisation des revenus des industries extractives (25 000 milliards de dollars pour la RDC), transferts de fonds (50 milliards de dollars), réserves internationales des banques centrales (600 milliards de dollars), fonds de pension (220 milliards de dollars), fonds souverains (180 milliards de dollars).
Éric Mboma aux côtés de Ken Etete et Youssef Chraibi lors de la rencontre avec M. Valls, alors Premier ministre français, le 2 juin 2016 à l'occasion du Choiseul Africa Summit à Paris Plateforme de mobilisation d'une épargne informelle De même, un secteur des assurances innovant, s’appuyant sur de nouveaux canaux de distribution (téléphonie, internet, réseaux sociaux), accélérerait la mobilisation de l’épargne africaine. En effet, la dimension massivement informelle des économies africaines, où 70% de l’activité en terme de PIB est absente des statistiques et l’absence d’une offre suffisante (dont en micro-assurance) exclut une importante épargne locale du circuit bancaire. C’est un tort, absorber cette épargne rapprocherait des performances asiatiques. Ce serait, par exemple, une réponse au déficit annuel des 60 milliards de dollars nécessaires aux investissements infrastructurels. Les assurances ont également un effet d’entrainement sur le système financier. Ainsi, en application des normes prudentielles du secteur, la mitigation des risques implique une gestion des actifs en bon père de famille, des instruments financiers plus diversifiés et un marché liquide. Par ailleurs, le fonctionnement du secteur suscite le développement de normes sociales structurantes (éducation, santé, construction etc…). Sans celles-ci, l’assureur ouvre la porte à des risques incalculables, voire à une déstabilisation systémique et bloque son propre développement. L’UA a besoin de cette marche forcée pour des avancées radicales. 17 LA TRIBUNE CHOISEUL « Depuis les années soixante, l'absence d'un système financier robuste a accentué les déséquilibres économiques et sociaux africains Un nouveau mécanisme de solidarité adapté à un nouvel africain En ce 21ème siècle, l’Afrique est en pleine mutation démographique. Alors qu’une urbanisation de près de 55% est projetée à l’horizon 2050, 35 milliards de dollars d’investissements annuels en infrastructure pour Le Caire, Lagos, Kinshasa ou Abidjan restent à financer. Dans cette configuration, les assurances bénéficient à la société en étant un formidable mécanisme de protection individuelle et de prévoyance (notamment via la sécurité sociale). Les observateurs s’accordent sur deux phénomènes  : une migration massive vers des centres urbains de plus en plus populeux aux immenses besoins en infrastructures ; une transformation culturelle qui remodèle les solidarités traditionnelles et influence les modes de consommation en milieu urbain. L’assuré africain moyen, nouveau bancarisé, fait partie d’une communauté digitale globale. Ses liens sociaux sont d’importants prescripteurs dans ses choix. Dans un marché où la confiance est déficitaire, les régulateurs demeurent une pièce maitresse pour la prospérité du secteur des assurances et relever le défi de la mise en place de marchés de capitaux. Ils doivent agir à au moins trois niveaux via  : Une gouvernance des plus strictes, mais avec une souplesse permettant l’arrivée d’acteurs susceptibles de satisfaire le bas de la pyramide sociale sur fond d’une concurrence saine et d’un environnement judiciaire équitable. Une distribution de produits d’assurance adaptés bénéficiera d’une réglementation favorable. Bancassurance, supports digitaux et téléphonie sont à soutenir pour permettre d’atteindre la clientèle la plus large. Un appuie tant sur les acteurs traditionnels du secteur que sur les nouveaux, pour consolider une meilleure connaissance des produits d’assurance.



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