Choiseul Magazine n°3 jan à avr 2018
Choiseul Magazine n°3 jan à avr 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de jan à avr 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : retour d'Astana.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
L’ENTRETIEN Sortie de l’ENA « dans la botte », Clara Gaymard a pu intégrer l’un des corps les plus prestigieux, la Cour des Comptes dont elle est conseillère référendaire. Autre point fort, peut-être encore plus rare, elle sait concilier et conjuguer à la perfection vie professionnelle et vie privée. Mère de neuf enfants, elle est en même temps présidente de l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) chargée d’attirer les entreprises étrangères chez nous. Épouse de l’ancien ministre Hervé Gaymard, et en même temps présidente de General Electric pour la France (12 000 salariés sur le territoire à son époque). Aujourd’hui co-fondatrice, et dirigeante – avec Gonzague de Blignières – de RAISE, société d’investissement et fondation dédiée aux jeunes entrepreneurs, elle est par ailleurs auteure de plusieurs ouvrages dont un avec sa fille Bérénice Bringsted (qui a pris pour l’occasion le nom de sa grand-mère maternelle, danoise). Faut qu’on parle est un duo de regards croisés entre une mère et sa fille sur les grandes mutations que le monde est en train de vivre. Le tout dans le même temps. Entre synthèse et quadrature du cercle, Clara Gaymard garde une attitude tout en délicatesse et une voix toujours posée, qui abritent une volonté d’airain. Elle est un regard qui inspire le respect à la seconde. Elle préside le Women’s Forum depuis trois ans. Son analyse sur le vent de révolte qui s’est levé suite à l’affaire Weinstein est plus que précieuse. Gérard Bonos  : Comment avez-vous réagi au scandale Weinstein ? Clara Gaymard  : De l’émancipation des femmes, au droit de vote, à l’égalité professionnelle comme principe constitutionnel, en passant par le droit à l’IVG, ces dernières décennies ont été marquées par un mouvement de fond d’affirmation et d’indépendance des femmes. Pourtant, force est de constater que dans la vie quotidienne, les inégalités, conceptions stéréotypées et violences faites aux femmes restent terriblement vivaces. L’affaire Weinstein en est un effroyable révélateur. Tout comme le mur de Berlin a mis 70 ans à tomber, alors qu’il portait, dès l’origine, les germes de sa destruction dans les failles du système communiste, l’affaire Weinstein a été le révélateur d’un mur qui devait chuter tôt ou tard. G.B  : Il a quand même fallu attendre que ce soient des actrices connues qui s’expriment Douceur et détermination pour que le scandale éclate au grand jour. On pouvait penser que l’on n’oserait pas s’attaquer à elles.C.G  : Les prédateurs ne font pas la différence entre les femmes, qu’elles soient connues ou non. Par ailleurs, contrairement aux générations de stars précédentes, elles ont revendiqué autant leur statut de femme et de mère que leur métier d’actrice. Nombreuses sont celles qui affirmaient que leur rôle le plus marquant était celui de « maman ». Elles se sont ainsi placées au même niveau que toutes les femmes dans le monde qui, en retour, se sont identifiées à elles. La triste réalité des faits montre qu’elles ne sont ainsi pas préservées de la violence de certains hommes. G.B  : Le mouvement « balance ton porc » n’est-il pas allé trop loin ? C.G  : Le scandale Weinstein a fait naître un mouvement de colère et de libération de la parole des femmes. Les innombrables témoignages qui ont afflué ont montré l’ampleur de ces actes intolérables. Si je ne conteste pas certains excès de « balance ton porc », je comprends ce cri de 6
colère. Même s’il n’est pas dans mon tempérament, c’est un cri salutaire parce qu’il y en a marre ! Si une femme est agressée, même verbalement, elle doit le dire et porter plainte. On crève de ce silence. Ma fille Bérénice m’a aidée en ce sens  : moi qui circule à vélo, quand, souvent un type baissait la vitre de sa voiture pour me faire un commentaire plus ou moins vulgaire, je ne disais rien. La même Bérénice était à vélo dans Paris avec ses sœurs, un jour d’été où il faisait chaud, et donc en robe. À un moment, un type en voiture a fait un commentaire d’une totale abjection. Au lieu de l’ignorer, elle lui a répondu tout aussi vertement. Vexé, il l’a rattrapée et était prêt à la frapper quand un bus est arrivée et a fait fuir l’individu. Mais ce chauffeur, qui est donc quelqu’un de bien, n’a pas pu s’empêcher de dire à Bérénice qu’elle ne devrait pas faire du vélo en robe dans Paris. Même quelqu’un animé des meilleures intentions a retourné la responsabilité. Il faut que cesse ce victim-bashing qui nous pourrit la vie depuis toujours. Personne n’a à décider quelle tenue je dois porter. Bérénice avait raison. G.B  : Toutefois, il semble que, maintenant, le coup est parti.C.G  : Espérons-le. Mais le chemin sera encore long car nous restons dans une société terriblement machiste. En France, par exemple, nous avons les lois les plus contraignantes en matière de parité. Et, pourtant, si on reçoit maintenant autant de médailles que les hommes, ces derniers trustent encore 99% des postes de décisions. Je dis bien de décisions, pas de responsabilités. Autrement dit, au bout du compte, ce sont les hommes qui gardent le dernier mot. Même au moment de l’affaire Strauss-Kahn, il y avait une choquante tolérance. Perdurait encore l’idée simpliste que c’était une affaire entre deux adultes consentants. Ils n’ont pas mesuré que la dimension prédatrice de l’homme sur la femme est une donnée universelle – certains aujourd’hui encore n’hésitent pas à dévoyer les religions pour l’ériger en principe – et qui était tellement ancrée dans notre paysage qu’elle en devenait peu contestable. Tant qu’on n’y est pas confronté, c’est comme si ça n’existait pas. Pourtant, toutes les femmes ont eu affaire à cette prédation d’une manière ou d’une autre, plus ou moins intense. Beaucoup vivent encore dans la crainte, parfois la peur. Bien d’autres combats restent à mener. G.B  : L’idée de verbaliser, comme le souhaite Emmanuel Macron ?...C.G  : Quand un propriétaire de chien ne ramasse pas les besoins de son animal, il prend 135 euros d’amende. Et un type qui embête une femme dans le métro ne risquerait rien ? Bien sûr, ce sera dur de les prendre sur le fait, mais ça permet de libérer les femmes qui n’hésiteront plus à porter plainte. L’agresseur, lui, hésitera à recommencer sous peine d’être pris tôt ou tard. La peur doit changer de camp. CLARA GAYMARD 7 L’ENTRETIEN Clara Gaymard lors de la conférence sur l’égalité des chances en France pendant l’université d’été du MEDEF en 2011 G.B  : Comment faire pour que l’effet ne retombe pas comme un soufflé ? C.G  : L’école. Au Danemark, le pays de ma mère, on donne des cours d’empathie et de respect dès le plus jeune âge. On apprend aux enfants à être gentils et bienveillants avec leurs petits camarades. Car le respect de l’autre, quelle que soit sa différence  : couleur, sexe, physique… n’est pas naturel ; il s’apprend. On apprend bien à nos enfants à manger proprement, pourquoi pense-t-on qu’ils peuvent trouver naturellement seuls le chemin vers ce respect et la gentillesse ? Résultat, au Danemark, il y a très peu d’agressions ou de harcèlement sexuel car les Danois vivent dans une société de confiance où chacun respecte l’autre. G.B  : Que conseilleriez-vous à un chef d’entreprise pour faire face à ce problème ? C.G  : Qu’il prenne la parole sur ce sujet grave et fasse prendre conscience à son personnel que cela existe. Si le patron communique sur ce sujet, ses dires auront valeur d’avertissement pour tous. Ensuite, qu’il mette en place un ou une référent.e. Ce ou cette référent.e, en totale confidentialité, pourra accueillir et faire parler celles qui sont agressées plutôt que vouloir régler l’affaire en secret avec les deux parties, pour « ne pas faire de vague ». On ne peut pas protéger en même temps la victime et le coupable. Il faut choisir. Entretien mené par Gérard Bonos



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 1Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 2-3Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 4-5Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 6-7Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 8-9Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 10-11Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 12-13Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 14-15Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 16-17Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 18-19Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 20-21Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 22-23Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 24-25Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 26-27Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 28-29Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 30-31Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 32-33Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 34-35Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 36-37Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 38-39Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 40-41Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 42-43Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 44-45Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 46-47Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 48-49Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 50-51Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 52-53Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 54-55Choiseul Magazine numéro 3 jan à avr 2018 Page 56