Choiseul Magazine n°3 jan à avr 2018
Choiseul Magazine n°3 jan à avr 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de jan à avr 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : retour d'Astana.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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tique. L’année suivante est adopté un Plan d’action de contrôle et de prévention de la pollution de l’air… Par ailleurs, les trois derniers plans quinquennaux (l’actuel est le 13 e et couvre la période 2016-2020) contiennent des objectifs environnementaux de plus en plus contraignants. Lors de la COP21 qui s’est tenue en décembre 2015 et qui s’est conclue par l’Accord de Paris, la Chine s’est engagée à deux choses  : stabiliser ses rejets de CO 2 au plus tard en 2030 et réduire de 60 à 65% son intensité carbone (CO 2 par unité de PIB) d’ici 2030 par rapport à 2005. Dernier exemple, en décembre dernier, on apprenait que Pékin avait lancé un marché du carbone qui, à partir de 2020, concernera 1 700 centrales électriques émettant 3,3 milliards de tonnes de CO 2. Quant à la société civile, elle se manifeste à intervalles réguliers. Ainsi, NolwennSalmon montre dans le livre comment s’est nouée en 2011-2012, en particulier sur Internet, une mobilisation environnementale destinée à protester contre la pollution de l’air et comment cette mobilisation a réussi à faire entendre l’inquiétude des citoyens. Mais elle met également en évidence que cette réussite a été étroitement conditionnée au respect de règles formelles et informelles posées par les autorités. Car ne nous y trompons pas ; si l’on doit se réjouir de voir la question environnementale figurer sur l’agenda politique chinois, on ne peut en revanche que s’inquiéter du durcissement du régime dont la nature liberticide est de plus en plus évidente. Cela apparaît par exemple dans des projets tels que celui d’instaurer un « système de crédit social ». Il s’agirait d’un dispositif informatique permettant de contrôler l’ensemble des citoyens dans toutes les dimensions de leur existence. Certains avaient pu penser que le communisme c’était les soviets plus l’électricité. Il se pourrait que ce soit Big Brother plus le big data ! L’attitude de Pékin lors de l’agonie du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo l’été dernier donne une idée assez précise de la nature du régime. Le contrôle politique progresse au sein de zones ou « Il est évident que le Parti communiste chinois a tout intérêt, tant pour des raisons internes qu’internationales, à se positionner positivement sur la question climatique. de domaines que l’on croyait encore à l’abri. Ainsi, à Hongkong, malgré les engagements pris pour cinquante ans au moment de la rétrocession en 1997 et synthétisés par la formule « un pays, deux systèmes », la liberté universitaire se réduit insidieusement de jour en jour. Quant à l’inscription de « La pensée de Xi Jinping, du socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère » dans la Charte du parti lors du 19 e congrès en octobre dernier, il s’agit d’une décision qui ne semble pas inaugurer une nouvelle ère en matière de progrès démocratiques… A.T  : Un point revient dans plusieurs contributions  : la force de l’économie politique locale, que ce soit dans les domaines industriels ou agricoles, comme facteur de résistance aux politiques environnementales nationales. Pensez-vous qu’une grille d’analyse fondée sur les rivalités centre-périphérie est pertinente pour expliquer les gigantesques contradictions des enjeux environnementaux en Chine ? J-P.M  : Absolument. Il y a en effet loin d’une décision prise dans la capitale à 48 sa mise en œuvre scrupuleuse sur la totalité du territoire. La corruption est présente à de nombreux niveaux. Afin de lutter contre ce phénomène, le Parti a par exemple introduit la prise en compte des résultats environnementaux dans la notation des cadres. Comme le rappelle Jean-François Huchet dans son texte, il existe un fossé parfois abyssal entre les lois et leur application, notamment dans la façon dont les gouvernements locaux relaient sur le terrain les décisions prises au niveau central. Un des problèmes de l’économie chinoise est la présence de surcapacités de production dans certains domaines (acier, ciment, verre, aluminium, raffinage du pétrole…) donc d’entreprises qu’il faudrait fermer. Or, celles-ci sont sources d’emplois au niveau local. D’où une contradiction entre l’objectif de stabilité sociale et celui d’amélioration de la qualité de l’environnement. En effet, depuis quelques années, le gouvernement central demande aux gouvernements locaux, d’une part de tenir compte dans leurs décisions de certains impératifs liés au respect de l’environnement, et d’autre part de considérer la « stabilité sociale » et la création d’emplois comme un objectif prioritaire. On comprend alors facilement comment certains lobbies industriels qui cherchent à limiter les fermetures de sites de production se retrouvent en position d’alliés de gouvernements locaux qui souhaitent préserver l’emploi et l’activité économique dans leur région. Exemple d’une des conséquences de ce type d’injonctions contradictoires  : il a fallu en 2014 procéder à une révision à la hausse des chiffres de consommation du charbon de 3,7 à 4,2 milliards de Shanghai recouverte par un nuage de pollution
tonnes. Les incertitudes sur les statistiques provenaient en fait des petites et moyennes entreprises de l’industrie lourde supervisées par les autorités locales et non pas des grandes centrales thermiques à charbon sur lesquelles le gouvernement central peut exercer un contrôle plus direct. A.T  : La sous-estimation massive de centaines de millions de tonnes de charbon dans les émissions des GES chinoises, révélée en 2015, est-elle une illustration de ces contradictions internes entre les différents niveaux de décision en Chine ? J-P.M  : Oui. En 2012, on apprenait que la Chine aurait émis (en 2010) 1,4 milliard de tonnes de CO 2 de plus qu’elle ne le déclarait, c’est-à-dire plus que le volume d’émission du Japon pour cette année-là (1,24 milliard de tonnes). Il convient de souligner que cette différence a été mise en évidence en comparant les données fournies par les départements de statistiques de niveau local et les chiffres affichés au niveau national par le Bureau national des statistiques. Deux conclusions peuvent être tirées. Soit Pékin a voulu minimiser ses émissions dans le cadre des négociations internationales sur le changement climatique, soit les autorités locales ont eu tendance à gonfler les chiffres pour prouver la bonne santé de l’économie dans leurs zones. Bien évidemment, les deux explications ne sont pas exclusives l’une de l’autre ! À la fin de l’année 2015, les statistiques publiées par Pékin (c’est important de le souligner) mettaient en évidence que la consommation chinoise de charbon avait été massivement sous-estimée depuis 2000. Ainsi, pour la seule année 2012, il fallait ajouter à peu près 600 millions de tonnes, chiffre qui correspond à environ 70% de la consommation totale de charbon aux États-Unis. A.T  : La forte croissance économique que la Chine a connue de manière quasi continue depuis 1978 semble désormais se stabiliser. Cette nouvelle phase de croissance « normalisée », présentée par certains contributeurs de l’ouvrage comme une forme de maturité de l’économie chinoise, est-elle une bonne nouvelle pour l’environnement en Chine, et pour le changement climatique à l’échelle globale ? J-P.M  : À priori oui. Les autorités chinoises semblent conscientes du fait que la stabilisation que vous évoquez constitue une situation appelée à durer, que le pays est en train d’inaugurer une deuxième phase de son processus de développement baptisée « Nouvelle normalité » par le président Xi Jinping. Cette « Nouvelle normalité » est censée se caractériser par un rééquilibrage global se traduisant par une diversification de l’économie, un taux de croissance plus soutenable et une répartition des richesses plus équitable. On peut penser que la Chine va respecter ses engagements pris dans l’Accord de Paris pour des raisons structurelles et conjoncturelles. Parmi les premières je ne citerai que la « tertiarisation » de l’économie chinoise. Il est en effet évident que les activités de « En matière de lutte contre le changement climatique, avant d’être leader au plan international, Pékin doit surtout faire la preuve de ses capacités… à domicile. services, moins polluantes que la production industrielle, tiennent (et vont tenir) une place croissante dans l’économie du pays. D’ores et déjà entre 2007 et 2015, la part des services dans le PIB est passée de 40,4 à 48% tandis que la part de l’industrie baissait de 48,5 à 43%. À cela s’ajoute un facteur plus conjoncturel identifié par exemple par l’économiste Rosealea Yao que je cite dans mon chapitre  : la « correction » intervenue en 2014 dans l’immobilier. On estime en effet que les constructions de logements ont baissé de 3% en 2014 ce qui a eu des répercussions sur les secteurs tels que le pétrole, les matériaux de construction, les mines… toutes activités qui représentent 58% de l’énergie consommée mais seulement 22% de la croissance du PIB. 49 GÉOÉCONOMIE Reste qu’il ne faut pas s’enthousiasmer trop vite. De nombreux défis sociaux demeurent (migrants, emplois peu qualifiés…) qui peuvent nécessiter le maintien d’industries polluantes. Malgré une croissance ralentie (mais tout de même de l’ordre de 6%), les rejets chinois de CO 2 liés à la combustion d’énergies fossiles ont bondi de 17% entre 2010 et 2015 ! A.T  : En matière de politique climatique internationale, de nombreux analystes pensaient que face au désengagement des autorités fédérales américaines, la Chine prendrait un rôle moteur dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Cela n’a pas été le cas à la COP23 à Bonn  : comment l’expliquez-vous ? J-P.M  : Je pense que la Chine ne souhaite pas – elle n’en aurait d’ailleurs pas les moyens – renverser brutalement un ordre mondial et un ensemble d’interdépendances dont elle profite largement depuis de nombreuses années. Ce qu’elle veut, c’est étendre son influence au sein du système mondial comme le prouve par exemple la formulation d’une « solution chinoise » aux problèmes du monde… Cette formule a été utilisée pour la première fois en public lors du 95 e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois en juillet 2017. Dans le discours qu’il a prononcé à cette occasion, Xi Jinping a déclaré que le peuple chinois était « pleinement confiant dans sa capacité à apporter une solution chinoise à la recherche de meilleures institutions sociales par l’humanité ». Si l’expression « solution chinoise » n’a pas été clairement définie, elle en dit néanmoins long et sur la détermination de Pékin à exercer un rôle croissant dans les affaires du monde et sur sa confiance à y parvenir. De toute évidence, en étant manifestement destinée au monde entier – donc également aux anciens pays industrialisés – la « solution chinoise » va bien plus loin que le « consensus de Pékin » qui concernait les pays en développement rétifs aux conditionnalités du (feu) consensus de Washington. À l’évidence, la Chine compte bien utiliser la question climatique pour renforcer une image internationale qui reste dégradée par la nature de son système politique. Contribuer



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