Choiseul Magazine n°3 jan à avr 2018
Choiseul Magazine n°3 jan à avr 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de jan à avr 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : retour d'Astana.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Les Africaines  : moteurs du changement Nayé Bathily est responsable des relations parlementaires au sein de la Banque mondiale. Titulaire d’un master d’administration publique de la prestigieuse université d’Harvard, elle milite activement pour la condition féminine et nous dresse une tribune sur la position des femmes africaines. Nayé Bathily est également alumni du Choiseul 100 Africa. Le 15 octobre 2010, l’Union africaine lançait à Nairobi « la décennie des femmes africaines ». Une initiative particulièrement en phase avec son temps  : les médias n’ont de cesse ces dernières années de célébrer l’émergence d’une nouvelle génération de femmes africaines ambitieuses, créatrices et tenaces, qui caracolent en tête des classements des personnalités les plus influentes du continent. Preuve s’il en est que, loin d’être un simple effet d’annonce, cette dynamique d’empowerment des femmes est bel et bien en train de s’imposer à travers le continent. L’Afrique a même quelques leçons à donner au reste du monde. En matière de représentation politique, des pays comme le Rwanda, l’Afrique du Sud et le Sénégal figurent dans le top 10 des pays affichant la plus forte proportion de femmes parlementaires (avec 61,3% de femmes parlementaires, le Rwanda fait même figure de champion). « Au regard de leur profonde implication dans les mutations économiques, sociales et culturelles du continent, il est indéniable que les femmes sont déjà le présent de l’Afrique. La promotion de l’égalité entre hommes et femmes est devenue une priorité des pouvoirs publics africains, non seulement parce qu’il s’agit d’un impératif moral, mais aussi parce que la logique économique les y incite. Le cabinet Roland Berger estime ainsi que les femmes contribuent à environ 6 000 milliards de dollars en PIB du continent, soit le double du PIB allemand – une sous-estimation probable compte tenu du fait que la majorité d’entre elles travaillent dans le secteur informel, ce qui rend difficile de chiffrer avec exactitude leur contribution à la croissance du continent, alors qu’elles sont au cœur de sa transformation économique. La tribune de Nayé Bathily 14 Nayé Bathily lors du Choiseul Africa Summit à Alger, en mai 2017 Des avancées encourageantes La question, loin d’être ignorée par les classes dirigeantes, est même devenue le cheval de bataille de nombreux gouvernements. En témoigne le rapport Doing Business de la Banque mondiale qui ne dénombre pas moins de 18 réformes menées en Afrique subsaharienne visant à améliorer les perspectives économiques des femmes. Malgré ces avancées encourageantes, les normes sociales et le droit coutumier continuent de freiner les ambitions des femmes. Les us et coutumes en termes de droit à la propriété et d’héritage entravent la mise en œuvre effective de l’équité juridique entre les hommes et les femmes. Les normes sociales poussent également nombre d’entre elles à travailler dans des secteurs moins rentables, à consacrer plus de temps et de capitaux à des tâches domestiques et concentrer l’essentiel de leurs efforts au secteur de la santé et l’éducation des enfants. Elles sont encore trop souvent réduites à des emplois aux revenus très faibles. En cause, principalement  : la difficulté de changer les mentalités, y compris la leur. Nombre d’entre elles pensent qu’elles sont condamnées à ne pas
Merharriet Hailemariam, jeune Éthiopienne qui a changé d’orientation pour devenir électricienne évoluer professionnellement, tout simplement parce que leur environnement familial, culturel et social ne leur a pas inculqué l’idée qu’elles en étaient capables. Selon le rapport de la Banque mondiale, Les Femmes, l’entreprise et le droit, 28 des 41 pays d’Afrique subsaharienne restreignent encore le travail des femmes et empêchent celles-ci d’exercer les mêmes métiers que les hommes. L’entrepreneuriat au féminin Examinant le cas de figure des femmes entrepreneurs en Ouganda, une étude de la Banque mondiale a révélé l’influence considérable des facteurs psychosociaux dans leur décision de travailler dans des secteurs traditionnellement dominés par les hommes tels que la construction. Les femmes qui ont le soutien de leur mari et de leur famille sont plus promptes à travailler dans ces secteurs. Autre fait marquant de cette étude  : de nombreuses femmes n’ont pas le réflexe de s’orienter vers ces secteurs, car elles manquent d’informations sur leur plus forte rentabilité. Merharriet Hailemariam, une jeune Éthiopienne d’Addis-Abeba, diplôme de journalisme en poche, a finalement décidé de changer d’orientation professionnelle quand elle a découvert qu’elle pouvait gagner plus d’argent en tant qu’électricienne. Elle a même convaincu ses deux sœurs et deux amies de la suivre dans cette voie et souhaite à présent obtenir un diplôme en technologie et construction. Trop de femmes souffrent du même biais de perception qui les empêche de réaliser leur plein potentiel, mais la situation évolue. Comme l’illustre si bien le témoignage de Merharriet, investir dans l’éducation des femmes reste le plus sûr moyen d’accélérer la transformation économique de l’Afrique. Pour reprendre un célèbre proverbe africain  : « Quand on éduque un homme, on éduque un être. Quand on éduque une femme, on éduque une nation. » 15 Autres obstacles significatifs  : le manque d’accès à la propriété et aux finances. Faute d’accès aux actifs (terrain ou bien immobilier), condition pour obtenir un prêt commercial, les femmes sont privées d’immenses opportunités. En Éthiopie, le Laboratoire d’innovation sur le genre de la Banque mondiale a étudié l’impact d’une solution alternative qui consiste à prédire la probabilité de remboursement d’un prêt par une entrepreneure à partir d’un test psychométrique évaluant leur comportement. Les femmes qui réussissent ce test peuvent obtenir un prêt et à ce jour le taux de remboursement est de 99,4%. Sachant que les femmes en Afrique subsaharienne se distinguent par l’un des plus forts taux de participation de la population active dans le monde, à hauteur de 61%, miser sur les femmes est un pari gagnant. Mais ces gains, aussi importants soient-ils, masquent des réalités moins glorieuses. Sur les plans de l’éducation et de la santé d’abord  : si en 2015, plus de 75% des filles étaient inscrites à l’école primaire, elles sont bien moins susceptibles que les garçons de bénéficier d’un enseignement secondaire et le mariage précoce reste prévalent. De plus, une femme africaine a une chance sur 31 de mourir suite à des complications dues à la grossesse ou à l’accouchement, contre une chance sur 4 300 dans le monde développé. Ajoutons à cela le taux de violence contre les femmes qui atteint des niveaux alarmants. Moins de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne ont légiféré pour protéger les femmes contre les violences conjugales. Il y a urgence à agir, d’autant plus que la lutte contre ces discriminations – qu’elles soient d’ordre social, économique ou culturel – comporte aussi un fort enjeu économique. Le retour sur investissement n’a d’ailleurs pas tardé à se faire sentir  : la révolution de l’Afrique est déjà en marche, et les femmes sont résolument à l’avant-garde. En 2016, la Banque mondiale et Le Monde organisaient une session des débats du Monde Afrique intitulée « Les femmes, avenir du continent africain ». Au regard de leur profonde implication dans les mutations économiques, sociales et culturelles de l’Afrique, il est indéniable qu’elles sont déjà son présent. Comme le martèle l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, les femmes ne sont pas une espèce à part  : elles n’ont pas besoin qu’on défende leur cause ou qu’on les vénère  : elles ont juste besoin qu’on les traite en êtres humains égaux. POUR ALLER PLUS LOIN LA TRIBUNE CHOISEUL Vous pouvez consulter les rapports cités dans cet article  : Women in Africa, opus 2, Roland Berger Doing Business, la Banque mondiale Les Femmes, l’entreprise et le droit, la Banque mondiale



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