Choiseul Magazine n°2 sep à déc 2017
Choiseul Magazine n°2 sep à déc 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep à déc 2017

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : l'organisation de la créativité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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vrait être la sienne dans les processus de sortie de crise. Dans ces deux pays, nous faisons face à une crise dans la crise. La France doit tenter de reprendre la main en proposant une politique d’apaisement des conflits, de mobilisation humanitaire et en facilitant des convergences basées sur des plate-formes de négociations réalistes incluant les acteurs de terrain. Mais cela ne sera possible que si tous les acteurs se mettent autour de la table. Au vu de la situation existante, le mieux est l’ennemi du bien. Vouloir refaire des États comme ils l'étaient avant est impossible. Il est donc indispensable de prendre l’existant comme base. Il faut peut-être relire l’interview de Barack Obama dans The Atlantic ou l'ex-président des États-Unis définissait quelques uns de ses principes d’action pour le Moyen-Orient  : d'abord, les Occidentaux ne peuvent plus gérer par le militaire seul, ensuite, il semble difficile de parvenir à court terme à des arrangements directs durables entre les combattants. Enfin, les puissances régionales sont les seules capables de faire quelque chose avec notre aide, d’où la nécessité de favoriser un investissement de la communauté internationale pour les aider à se concerter et à organiser l’apaisement et la négociation. Le système actuel est bancal et les outils sont défaillants, l’esprit de négociation n’est guère répandu. À terme, il faut peutêtre revenir à de vieilles recettes qui ont fait leurs preuves dans le passé, comme par exemple les conférences multilatérales de type Congrès de Vienne ou paix de Westphalie ou penser à des arrangements de type CSCE/Helsinki. J-F.D  : Quelle serait, enfin, la cohérence à retrouver pour le Golfe ? Les années 1970 ont été l'âge d'or des relations pour la France et le Golfe. La conjonction à partir de 1972 des militaires, des banquiers et des diplomates français a rencontré un succès notable. Ce modèle a marché quinze ans. Mais il a été peu à peu mis à mal par l'hubris des présidents et des politiques changeantes. Aujourd’hui, on constate un mono investissement sur les affaires d’armement. Aucun autre marché n'émerge vraiment sinon, côté Golfe, les investissements hôteliers en France avec des conditions fiscales léonines. Qui plus est, sur le terrain de l'armement, sans compter l’offensive massive des États-Unis de Trump, on trouve désormais de nouveaux compétiteurs très agressifs (la Chine, les Asiatiques et désormais les Marocains). Rétablir une stratégie française pour répondre à un ensemble complexe de données (qui vont du stratégique à l'économique) implique alors, au-delà de l'action de terrain face à nos concurrents, une diplomatie active avec tous les pays en cause, dont l’Iran ; et d'éviter, au premier chef, tout ce qui peut alimenter le conflit chiite/sunnite. J-F.D  : Quels seraient vos maîtres mots en guise de conclusion ? J-C.C  : Aujourd’hui, force est de constater que les lignes de force se sont un peu perdues. La France a été pour le moins désemparée par les révolutions arabes et la réponse qui en a résulté a été l’intervention en Libye qui, si elle n’en faisait pas moins chuter un dictateur, a ouvert un espace majeur de déstabilisation dans cette zone tampon entre le Maghreb et le Proche-Orient d’un côté et l’Afrique subsaharienne de l’autre, faute d’avoir pensé globalement la question. Qui plus est, la situation globale 36 et propre à chaque État s’est considérablement modifiée. La séquence temporelle 2008-2011 a fait voler en éclat tous les anciens repères. La crise économique et financière mondiale a, sur l’espace arabo-méditerranéen, débouché sur la destruction de l’ordre ancien. Les révolutions ou mouvements de transformation arabes se sont succédés, ré-ouvrant pour certains les portes de la guerre et pour beaucoup, l’insécurité et le terrorisme. Ce mouvement, en bien ou en mal, n'est pas près de s'interrompre. À nous de nous engager pour aider le monde arabe à aller vers le meilleur. C’est donc une politique globale qu’il faut remettre en œuvre. Elle passe par un dialogue étroit avec l’ensemble des acteurs concernés par la sécurité de la zone. Ceci inclut la Russie et la Chine et, bien entendu, l’Iran. « Le Maghreb, considéré comme un acquis immuable, est devenu le parent pauvre de la recherche française. Pour conclure, nonobstant les priorités qu’imposent le contexte, les intérêts, les risques propres à toute action, la politique de la France en direction du monde arabe, devrait prendre en considération trois questions  : le développement de la recherche sur le monde arabe, la question du rapport avec les États et la question de l’Islam politique. J-F.D  : Quelle politique de recherche ? Une politique extérieure, une diplomatie peuvent se rétablir même si certains ponts sont parfois difficiles à rebâtir. Il n’en va pas de même avec la recherche. Pendant des dizaines d’années, la France a été avec la Grande-Bretagne, le phare, le fer de lance de la recherche mondiale sur le monde arabe et notamment sur le Maghreb. Or nous nous sommes endormis sur nos lauriers. Les budgets ont été rabotés ; les centres à l’étranger – qui étaient les pièces maîtresses de notre rayonnement – ont été ré-
duits, et les chercheurs ont disparu ou se sont redéployés. Pire encore – car le vivier est toujours là –, des dizaines de chercheurs français sont sans poste ou vivotent dans un statut précaire. Concrètement, la recherche française sur le monde arabe doit être reconstruite autour du Quai d’Orsay, animant une structure de concertation associant les principaux ministères concernés, les représentants de la recherche, de l'économie et de la société civile. Cette structure serait chargée de se concerter sur les priorités proposées à la recherche et de dégager les financements nécessaires, sur la base de programmes mis au concours sur ces différentes priorités. Il faudra, bien sûr, mettre de l'argent – mais la recherche, ce n'est pas cher. Cette structure, soutenue par un secrétariat léger, devra s'appuyer sur des centres de compétences nationaux dans toute la France (Paris, Lyon et Aix-en-Provence, entre autres) et sur les revues francophones existantes qui doivent être dynamisées par des partenariats publics-privés. Elle devra aussi accompagner la nécessaire revitalisation du réseau des IFRE, nos remarquables centres de recherche français installés à l’étranger. Cette revitalisation devra passer par la fin de la baisse des 37 budgets affectés aux IFRE depuis plusieurs années. La relance – tout à fait essentielle – de cette revitalisation pourrait prendre la forme d'une européanisation de ces très prestigieuses institutions. Il faudra ensuite « reconquérir » la recherche sur le Maghreb. Petit à petit, ce qui a longtemps été le point fort de la France est en train de se réduire à une peau de chagrin. Autant une compétence forte sur le Moyen- Orient en général s'est développée, autant le Maghreb, considéré comme un acquis immuable, est devenu le parent pauvre de la recherche française. Il faut faire revenir le balancier de l'autre côté. J-F.D  : La France peut-elle seule faire face à ces défis ? Cette nouvelle politique française de recherche doit s’inscrire dans un projet de coopération ambitieux avec l’Allemagne. Non seulement ce pays est présent économiquement et désormais politiquement sur toute la zone arabo-méditerranéenne, mais son réseau d’instituts de recherche et de formation constitué par les grande fondations et les instituts de recherche est présent dans chaque pays. La concertation et la mise en place de politiques conjointes doivent être engagées immédiatement. Un centre de recherche franco-allemand sur les politiques arabes pourrait être envisagé. J-F.D  : Comment renouveler la relation avec les États arabes ? On n’échappera pas à une réflexion sur l’État car on ne pourra plus continuer à soutenir des États corrompus, clientélistes et souvent indifférents à leurs déshérités comme à leur jeunesse. C’est sur ces nouvelles bases que la France devrait réinventer une part de sa coopération vers la transformation de l’État, l’aménagement du territoire et les politiques de la jeunesse. Au-delà de l’État, il faut également accompagner les sociétés dans leur transformation et favoriser dialogue gouvernants-gouvernés. On ne fera pas non plus l’économie d’une réflexion en profondeur sur l’Islam politique tant dans les pays concernés que dans le nôtre. Quel sera l’avenir de l’expérience tunisienne ? Comment se dénoueront les querelles inter-arabes sur le statut des Frères Musulmans ? Quel résultat pour les politiques d’intégration au Maroc et en Algérie de la mouvance islamique ? De la réponse à ces questions qui concernent en premier lieu les sociétés arabes, dépendra l'avenir de ces mouvements. Dans tous les cas de figure, la lucidité s’impose. La lutte contre le terrorisme relève notamment de moyens militaires, mais elle implique aussi d’agir avec d’autres leviers. Nous devons avoir la diplomatie de notre politique antiterroriste, une diplomatie clairement engagée contre le terrorisme, comme cela a été rappelé par le président de la République lors de la dernière conférence des Ambassadeurs. Entretien réalisé par Jean-François Daguzan



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